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Atlas Culinaire · Libye · Afrique
La soupe blanche qui soigne et qui fête à Benghazi — agneau mijoté dans un bouillon clair parfumé à la cannelle et au cumin, riz rond qui boit le bouillon, finition persil-citron : le contrepoint apaisé et sans tomate de la rouge sharba tripolitaine, plat de convalescence servi à la nouvelle accouchée, au malade, à l'invité discret.
RIZ VS ORGE VS VERMICELLE — LA QUERELLE DE LA FÉCULENTE — La bataille fait rage entre les cuisinières de Cyrénaïque sur ce qu'on verse dans la chorba baida. Dunia du blog libyanfood.blogspot.com (Tripoli) note que certaines familles de Benghazi utilisent du riz rond (riz à soupe), d'autres de l'orge mondée (shaïr) — héritage berbère pré-islamique de l'intérieur libyen — et d'autres encore du vermicelle fin dans la tradition levantine. Le cuisinier Abdulhakim al-Dernawi, chef de la cantine du lycée Gamal Abdelnasser de Derna, est catégorique : 'Le riz rond à grain court est le seul qui épaississe le bouillon sans le troubler et sans déborder d'amidon comme l'orge.' Les familles rurales de Marj et de Jabal al-Akhdar restent attachées à l'orge mondée qui demande 90 minutes de cuisson au lieu de 20 et produit un bouillon plus velouté et plus nourrissant. DEUXIÈME FRICTION : l'usage du citron-jaune au service. Les puristes de Benghazi le jugent indispensable pour relever le bouillon incolore, là où les mamans de Derna défendent une version strictement au persil, sans acidité ajoutée, pour préserver le caractère apaisant du plat réservé aux malades. TROISIÈME POINT : la profondeur de la couleur. La 'blancheur' n'est pas absolue — une pincée de curcuma est acceptée par certaines cuisinières pour donner une teinte ivoire légèrement dorée sans trahir l'identité 'sans tomate' du plat, alors que d'autres refusent tout curcuma sous peine d'empiéter sur l'identité chromatique de la sharba rouge tripolitaine.
Thé à la menthe servi après le repas, ou leben (lait fermenté libyen) glacé pendant la convalescence. Pain libyen (khobz taboun) chaud pour tremper dans le bouillon. Pas d'alcool — pays musulman.
7/10 à Benghazi et en Cyrénaïque — plat connu de toutes les cuisinières mais moins iconique que la sharba rouge nationale. Note très haute en convalescence, post-partum, ou comme soupe légère de rupture du jeûne pour les estomacs fragiles. Quasi inconnue à Tripoli où elle est souvent confondue avec la version algérienne à l'oeuf-citron.
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Place les cubes d'agneau dans une grande marmite froide, couvre d'eau froide et porte à ébullition. Laisse bouillir 5 minutes à feu vif — une mousse gris-marron va remonter à la surface. Vide tout, rince la viande sous l'eau froide, rince la marmite. Ce blanchiment double est le secret du bouillon cristallin libyen — sans lui le bouillon sera trouble et gras.
Émincez finement les deux oignons. Lavez et coupez le céleri en tronçons. Pelez l'ail ou laissez les gousses entières non pelées pour une saveur douce. Rassemblez toutes vos épices — cannelle, cumin, poivre blanc, gingembre — sur un plateau. Hachez le persil et pressez les citrons, gardez-les séparément pour la fin.
Dans la marmite propre, chauffez l'huile d'olive à feu moyen. Versez les oignons émincés et faites-les suer doucement 8 minutes — ils doivent devenir translucides et fondants SANS colorer, car la moindre coloration brunira le bouillon. Ajoutez les cubes d'agneau blanchis et remuez 4-5 minutes pour qu'ils prennent un léger voile doré très pâle.
Saupoudrez la cannelle moulue, le cumin, le poivre blanc et le gingembre directement sur la viande. Remuez 30 secondes pour enrober chaque cube. Ajoutez les tronçons de céleri et les gousses d'ail entières. Vous sentirez une odeur chaude, douce et épicée — c'est l'âme cyrénaïque, totalement différente de la palette tomate-curcuma-carvi de la sharba tripolitaine.
Versez les 2 litres d'eau bouillante d'un seul coup sur la viande épicée. Portez à frémissement. Une fois à frémissement, baissez le feu au minimum, couvrez aux 3/4 (pas hermétiquement) et laissez mijoter 45 minutes. Le bouillon doit rester à peine frémissant — jamais bouillant à gros bouillons qui troubleraient le liquide.
Goûtez la viande — elle doit être tendre mais encore tenir en cubes. Si elle résiste encore, prolongez 15 minutes. Puis versez le riz rond en pluie dans le bouillon en remuant doucement. Laissez cuire à frémissement 18-20 minutes — le riz doit être fondant et avoir légèrement épaissi le bouillon, qui prend une belle consistance veloutée.
C'est maintenant seulement qu'on sale — versez 1 c.à.c. et demie de sel marin, goûtez, ajustez. La cuisson longue concentre les saveurs, mais sans tomate le bouillon reste doux et ne triche pas. Il doit être savoureux, chaud, légèrement parfumé à la cannelle, avec le fond d'agneau qui s'exprime clairement. Retirez les gousses d'ail si vous le souhaitez.
Coupez le feu. Versez le persil plat finement haché directement dans la marmite, mélangez. Optionnellement, versez une cuillère à soupe de ghee fondu qui crée une pellicule brillante sur le bouillon. Servez très chaud dans des bols profonds. À table, chacun presse son quartier de citron selon son goût — ce geste individuel est sacré : personne ne presse le citron pour les autres à Benghazi.
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Sourcer ou se taire
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