Chargement de l’atlas
Atlas Culinaire · Myanmar · Asie
Deux lanières de pâte soudées, gonflées et dorées, croustillantes dehors et creuses dedans, faites pour tremper dans le thé au lait ou le pè byoke tiède.
Le E Kya Kway est un youtiao chinois naturalisé birman, ce qui pose la question de son « authenticité » nationale : les tea-shops de Yangon le servent depuis que la communauté hokkien l'y a implanté à l'époque coloniale (Wikipedia, https://en.wikipedia.org/wiki/Youtiao), et la légende d'origine remonte au traître Qin Hui de la dynastie Song, dont deux baguettes de pâte soudées et frites symbolisaient le corps jeté dans l'huile (Tony Johor Kaki, https://johorkaki.blogspot.com/2020/07/History-Youtiao-You-Cha-Kway.html). Le point le plus tranché reste l'agent levant : la version de tea-shop la plus « croustillante » repose traditionnellement sur le carbonate d'ammonium (bicarbonate d'ammoniaque, dit « ammoniaque du boulanger ») et parfois sur l'alun (sulfate d'aluminium et de potassium), ce dernier étant aujourd'hui contesté pour l'aluminium ; Naomi Duguid et les cuisiniers de la diaspora (MiMi Aye) recommandent de le remplacer par un mélange bicarbonate de soude + levure chimique, au prix d'un gonflement un peu moins spectaculaire.
Un lahpet yay che (thé noir au lait concentré, ratio ~5:1:1) bien sucré, ou un café birman noir : le beignet se trempe et absorbe, c'est le geste même du tea-shop.
9/10 — Quasi tous les tea-shops de Myanmar servent le E Kya Kway au petit-déjeuner ; il se trempe dans le thé, le café ou le pè byoke, se mange avec le riz-bouillie (hsan pyoke) ou en rondelles sur le mohinga (Wikipedia Youtiao, worldwidefoodrecipes).
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
Préparation — Détremper la pâte — Dans un grand saladier, mélanger farine, sel, bicarbonate, levure chimique et sucre, puis verser l'eau tiède en filet en travaillant à la main jusqu'à obtenir une pâte collante et homogène : elle doit rester souple, presque humide, pas ferme. Trop sèche, elle ne s'étirera pas ; ajouter alors une cuillère d'eau. On vise une masse qui se décolle mal des doigts.
Le pourquoiUne hydratation élevée hydrate le gluten et le rend extensible plutôt qu'élastique.
Repos — Reposer et développer le gluten — Huiler la surface de la pâte, couvrir hermétiquement et laisser reposer au frais idéalement toute une nuit (au minimum 3-4 h) : le réseau de gluten se relâche et devient extensible, condition du gonflement. La pâte doit ressortir détendue, lisse et légèrement gonflée ; si elle se rétracte violemment quand on l'étire, prolonger le repos.
Le pourquoiLe repos permet la relaxation des liaisons de gluten (autolyse), clé de l'extensibilité.
Façonnage — Abaisser en rectangle — Sur un plan bien fariné, aplatir doucement la pâte à la main puis au rouleau en un rectangle d'environ 1 cm d'épaisseur, sans dégazer brutalement. Travailler avec des gestes amples pour ne pas déchirer la surface. La bande doit être régulière : une épaisseur inégale donnera des beignets qui gonflent de façon anarchique.
Le pourquoiUne épaisseur uniforme garantit une montée en air homogène à la friture.
Façonnage — Couper et souder les paires — Détailler des lanières de ~2,5 cm de large. Superposer deux lanières et presser une baguette (ou le dos d'un couteau) au centre sur toute la longueur pour les souder sans les séparer : c'est cette soudure qui, à la friture, oblige les deux brins à gonfler l'un contre l'autre en emprisonnant l'air. Appuyer nettement mais sans trancher.
Le pourquoiLa soudure centrale crée la tension qui fait lever les deux brins ensemble, formant le creux caractéristique.
Façonnage — Étirer les bâtonnets — Saisir chaque paire par les deux extrémités et l'étirer délicatement en la faisant osciller pour l'allonger à 20-25 cm sans la déchirer. L'étirement affine la pâte et pré-oriente le gluten pour la montée. Les bâtonnets doivent rester attachés au centre et de largeur régulière.
Le pourquoiL'étirement aligne le gluten dans le sens de la longueur, favorisant l'expansion.
Cuisson — Chauffer le bain d'huile — Porter l'huile à 190-200 °C dans une friteuse ou un wok profond. Tester avec un petit morceau de pâte : il doit remonter aussitôt en grésillant vivement et se colorer en 15-20 s. Une huile trop froide donnera un beignet imbibé et compact ; trop chaude, il dorera avant d'avoir gonflé. Ajuster le feu pour tenir la température.
Le pourquoiLa chaleur vaporise instantanément l'eau de la pâte, gonflant les alvéoles avant que la croûte fige.
Cuisson — Frire en gonflant — Plonger 2-3 paires à la fois et, dès qu'elles remontent, les rouler sans arrêt avec de longues baguettes pour qu'elles gonflent uniformément de tous côtés. En 2-3 minutes elles doublent de volume et dorent. Le son passe d'un bouillonnement violent à un crépitement plus calme quand l'humidité s'échappe. Les sortir dorées et légères.
Le pourquoiLe retournement constant assure une expansion et une coloration homogènes (réaction de Maillard).
Service — Égoutter et servir — Déposer les E Kya Kway sur une grille ou du papier absorbant pour évacuer l'excès d'huile, puis servir aussitôt, tièdes et croustillants : ils sont à leur apogée dans l'heure. Les présenter avec un bol de thé au lait, un café noir ou du pè byoke tiède à tremper ; on peut aussi les découper en rondelles pour garnir un mohinga.
Le pourquoiL'égouttage à chaud empêche la ré-absorption d'huile en refroidissant.
Marquez-la cuisinée : elle entre dans votre journal, vous rapporte des points d'explorateur.
Sourcer ou se taire
Aucun commentaire pour l'instant. Sois le premier à cuisiner cette recette.
Vous l'avez testée ? Notez-la et partagez votre version : vous aidez l'Atlas à grandir.