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Atlas Culinaire · Libye · Afrique
Street food du petit matin à Benghazi : le vendeur verse un bouillon brûlant de pois chiches à l'harissa sur du pain khobz rassis émietté dans le bol, puis chaque convive ajuste sa portion de câpres brins, de citron confit haché, de cumin torréfié et d'un oeuf poché qui se coule dans le bouillon — robuste, minimaliste et bouleversant.
LABLABI TUNISIEN VS LABLABI LIBYEN — QUI REVENDIQUE LE BOL ? — La tension est réelle : le lablabi est revendiqué comme plat national tunisien par les gastronomes de Tunis, et le chercheur Clifford Wright documente explicitement (cliffordawright.com, en référençant Paula Wolfert, conversations 1993 et 1997) son origine dans les quartiers populaires de Tunis et Bizerte. Pourtant, à Benghazi — ville tournée vers la mer et dont la culture culinaire est fortement influencée par la Tunisie et l'Italie depuis l'ère ottomane — le lablabi s'est imposé comme casse-croûte de rue depuis au moins le XIXe siècle. Le site libyen al-Wasat publie la recette comme « plat du matin libyen » sans qualifier l'emprunt tunisien. DEUXIÈME DÉBAT — L'HARISSA : les Tunisiens puristes (blogueuse Ma5ma5, TikTok @ma5ma5arabic, 2023) dénoncent les versions de Benghazi où l'harissa est intensifiée avec des piments séchés locaux (felfel) et où l'on ajoute du cumin en poudre directement dans le bouillon en plus de l'harissa — ce qui n'existe pas dans la version tunisienne canonique. TROISIÈME POLÉMIQUE — CÂPRES OU OLIVES ? : à Benghazi, les câpres du piémont jebel Akhdar sont le garniture emblématique, tandis que les Tunisiens de Sfax préfèrent les olives ou les deux ensemble. Le blog Baking Hermann (allemand, 2023) et le site 196flavors (2023) confirment que les câpres sont « la signature briny-tangy » mais ne mentionnent pas leur usage libyen spécifique.
Verre de thé à la menthe sucré servi bouillant (atay) ou eau citronnée légèrement sucrée. Pas d'alcool — pays musulman.
8/10 à Benghazi comme casse-croûte du matin dans les souks et marchés couverts — moins documenté que la sharba libyenne mais cité par plusieurs sources arabes comme plat de rue matinal typique de Cyrénaïque. Popularité saisonnière légèrement plus forte en hiver quand le bouillon chaud réchauffe.
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Trempage et mise en place — Tremper les pois chiches — 12 h à l'avance — La veille au soir, couvre les pois chiches secs de 3 fois leur volume d'eau froide avec 1 c.à.c. de bicarbonate de soude. Le lendemain matin, ils auront doublé de volume et leur peau sera légèrement décollée — signe d'un bon trempage. Égoutte et rince abondamment sous l'eau froide. Le bicarbonate réduit le phytate et accélère la cuisson de 20 à 25 %. Pendant ce temps, casse ton khobz de la veille en morceaux de 3-4 cm et laisse-les sécher à l'air libre sur un torchon — le pain doit être ferme, pas mou.
Cuisson des pois chiches — Cuire les pois chiches avec l'ail — bouillon précieux — Place les pois chiches égouttés dans une grande casserole. Couvre de 1,5 litre d'eau froide. Ajoute les 4 gousses d'ail entières non pelées — elles vont se ramollir et parfumer le bouillon sans agresser. Porte à ébullition franche, enlève l'écume blanche qui monte (surtout dans les 5 premières minutes), puis baisse à feu moyen-doux. Laisse mijoter à couvert 60 à 70 minutes jusqu'à ce qu'un pois chiche s'écrase facilement entre deux doigts. Le bouillon doit être légèrement trouble et parfumé — garde-le précieusement, c'est lui qui fera le lablabi.
Torréfaction du cumin — Torréfier et moudre le cumin — l'arôme signature Benghazi — Pendant que les pois chiches cuisent, verse 2 c.à.s. de cumin en grains dans une petite poêle sèche sur feu moyen. Remue en continu pendant 60 à 90 secondes jusqu'à ce qu'une fumée fine et parfumée se dégage et que les grains virent légèrement plus foncés. Verse immédiatement dans un mortier — attends 30 secondes qu'ils refroidissent, puis pile grossièrement. Tu veux une poudre irrégulière, pas fine comme une épice commerciale — les fragments libèrent progressivement leur arôme dans le bouillon.
Montage du bouillon — Incorporer l'harissa et le cumin dans le bouillon — Quand les pois chiches sont cuits, récupère les gousses d'ail avec une écumoire. Pèle-les, écrase-les en purée fine avec le dos d'une fourchette et remets cette purée d'ail dans le bouillon. Ajoute la harissa et l'huile d'olive directement dans la casserole de pois chiches. Mélange bien. Ajoute les deux tiers du cumin torréfié moulu, le poivre noir, et maintenant seulement le sel marin. Goûte — le bouillon doit être chaud, épicé, légèrement aillé. Maintiens à très léger frémissement.
Pochage des oeufs — Pocher les oeufs dans le bouillon de pois chiches — Maintiens le bouillon à frémissement (pas à ébullition franche — les bulles casseraient le blanc). Crée un léger tourbillon avec une cuillère. Casse chaque oeuf dans une petite tasse d'abord, puis fais-le glisser délicatement dans le bouillon. Poache 3 minutes pour un jaune coulant et un blanc coagulé. Sors chaque oeuf avec une écumoire et pose-le sur une assiette — un oeuf par bol servi.
Assemblage du bol — Monter le bol à la manière de Benghazi — Dans chaque bol profond, place d'abord les morceaux de khobz rassis — ils doivent couvrir le fond. Verse une généreuse louche de bouillon aux pois chiches sur le pain et laisse 30 secondes : le pain boit le bouillon et se ramollit tout en gardant de la mâche. Ajoute une deuxième louche avec des pois chiches bien répartis. Pose délicatement l'oeuf poché au centre. Parsème de câpres rincées, de citron confit haché finement, et de persil plat frais. L'odeur doit être chaude, acide, légèrement fumée de cumin.
Garnitures libres et finition — Service à la table avec garnitures individuelles — Pose au centre de la table : la coupelle de harissa pour ceux qui veulent plus de chaleur, le reste du cumin torréfié moulu, un bol de câpres supplémentaires, des quartiers de citron frais, et la carafe d'huile d'olive. Verse un dernier filet d'huile d'olive sur chaque bol juste avant de servir — il forme un voile brillant sur le bouillon. Chaque convive ajuste son bol à sa main : c'est la philosophie du lablabi, plat à personnaliser.
Manger immédiatement — Déguster chaud — le pain ne supporte pas l'attente — Le lablabi se mange IMMÉDIATEMENT une fois assemblé. Dès que le pain boit le bouillon au-delà de 2-3 minutes, il perd sa texture et devient une bouillie. L'oeuf poché doit être rompu avec la cuillère pour que le jaune coulant se mêle au bouillon épicé — ce mélange jaune-harissa-cumin dans le bouillon ambré est le moment sensoriel central du plat. Une cuillerée doit contenir simultanément du pain imbibé, un pois chiche, un fragment de citron confit et un câpre.
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