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Atlas Culinaire · Haïti · Amériques
Demi-langouste mijotée dans la sauce créole haïtienne — parfum d'épis, tomate et piman bouk
La langouste dans la sòs kreyòl est un plat des côtes haïtiennes, celui des jours de fête et des tables de bord de mer. La langouste épineuse des Caraïbes (Panulirus argus, celle qui n'a pas de grosses pinces) se pêche le long du littoral, et quand elle arrive en cuisine, on la traite comme on traite les meilleurs poissons du pays : d'abord frottée d'épis, ce mélange vert d'ail, de thym, de persil, d'oignons verts et de piman bouk qui est le socle aromatique de presque tout ce qui mijote en Haïti, puis mariée à une sauce créole rouge, franche, montée sur oignon, tomate et concentré.
Petite querelle de cuisine, honnête : faut-il monter la sauce au concentré de tomate seul ou y ajouter de la tomate fraîche coupée en dés ? Les partisans du concentré seul le trouvent plus stable en cuisson et plus profond ; ceux de la tomate fraîche disent qu'elle apporte une rondeur et un fruité que le concentré n'égale pas.
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Préparez l'épis, idéalement la veille. Au mortier ou au blender, écrasez l'ail avec le sel jusqu'en pâte fine, puis incorporez le persil, le thym, les oignons verts, l'échalote, le poivron vert, les clous de girofle et le piman bouk (avec ou sans graines selon l'intensité voulue). Ajoutez le jus de citron vert, le vinaigre blanc et l'huile d'olive, puis mixez jusqu'à une pâte vert foncé légèrement granuleuse. Réservez au frais. Rincez les langoustes à l'eau froide citronnée, fendez-les en deux dans la longueur au couteau lourd ou à la cisaille, retirez la veine intestinale sombre et le sac granuleux derrière la tête, puis épongez les demi-langoustes.
Le pourquoiL'épis est le fond aromatique de la cuisine haïtienne : le préparer à l'avance laisse l'ail, le thym et le girofle infuser l'huile et l'acide, si bien que la marinade agit plus vite et plus profondément le lendemain.
Badigeonnez généreusement chaque demi-langouste de 3 à 4 cuillères à soupe d'épis, en insistant sur la chair exposée et en faisant pénétrer la marinade entre la carapace et la chair. Disposez-les chair vers le haut dans un plat, filmez et réfrigérez au minimum 1 heure, idéalement 3 à 4 heures. Ne dépassez pas une nuit. Gardez 2 à 3 cuillères à soupe d'épis de côté pour la sauce.
Le pourquoiLe sel et l'acide de l'épis assaisonnent la chair en profondeur et lui donnent le parfum caractéristique du plat ; mais le citron vert cuit lentement les protéines, donc une marinade trop longue finit par ramollir et défaire la chair.
Dans une grande sauteuse à fond épais, chauffez l'huile à feu moyen-vif. Faites revenir l'oignon émincé 3 à 4 minutes jusqu'à ce qu'il devienne translucide. Ajoutez l'épis réservé et faites-le revenir 2 à 3 minutes en remuant sans cesse pour que ses arômes crus deviennent des arômes cuits. Incorporez le concentré de tomate et poursuivez 2 minutes à feu moyen-vif : il doit foncer et accrocher légèrement au fond.
Le pourquoiFaire frire l'épis puis le concentré à sec transforme leur acidité crue en profondeur : les sucres du concentré caramélisent et développent des notes umami qui portent toute la sauce.
Ajoutez les tomates fraîches en dés et mélangez au concentré. Cuisez 4 à 5 minutes en les écrasant au dos de la cuillère pour qu'elles rendent leur jus. Versez l'eau chaude ou le bouillon de poisson, puis ajoutez les rondelles d'oignon restantes, le poivron rouge, quelques brins de thym, la feuille de laurier, les clous de girofle et le piman bouk entier, SANS l'ouvrir. Portez à petite ébullition, baissez à feu moyen-doux et laissez mijoter à couvert 10 minutes.
Le pourquoiLaisser le piman bouk entier libère son parfum fruité et floral dans la sauce sans déverser tout son piquant : la peau intacte diffuse l'arôme mais retient la capsaïcine des graines et des membranes.
Sortez les langoustes du froid 15 minutes avant. Dans une poêle, chauffez un filet d'huile à feu vif et posez les demi-langoustes carapace vers le bas 3 minutes, jusqu'à ce que la carapace vire au rouge vif. Retournez et saisissez la chair 1 minute, juste pour la blanchir en surface. Transférez aussitôt dans la sauce frémissante, chair vers le haut, couvrez et laissez mijoter à feu doux 12 à 15 minutes.
Le pourquoiLa langouste épineuse a une chair fine qui se cuit vite ; on la saisit pour fixer couleur et parfum, puis on la finit doucement dans la sauce, à l'inverse du lambi qu'on attendrit longuement.
Retirez délicatement les langoustes et déposez-les sur un plat chaud. Dans la sauce, ôtez le piman bouk entier, la feuille de laurier, les brins de thym et les clous de girofle. Goûtez, rectifiez en sel et poivre. Si la sauce est trop liquide, faites-la réduire 2 à 3 minutes à feu vif à découvert. Ajoutez le jus de citron vert hors du feu, en toute dernière minute, puis nappez aussitôt les langoustes.
Le pourquoiLe citron vert ajouté à froid garde son éclat acidulé ; cuit dans la sauce, l'acide s'affadit et peut tourner à l'amer, perdant le contraste qui fait vibrer le plat.
Disposez une demi-langouste par assiette, carapace visible pour l'effet. Nappez généreusement de sauce créole. Accompagnez d'un lit de riz blanc long grain ou de diri djondjon pour un repas de fête, de bananes plantain frites ou pesées, et d'une cuillerée de pikliz sur le côté pour l'acidité. Ajoutez des quartiers de citron vert et, si vous aimez saucer, du pain grillé.
Le pourquoiLe plat est riche et rouge ; le riz absorbe la sauce, la plantain apporte le moelleux sucré et la pikliz le tranchant acide-piquant qui remet l'appétit en marche à chaque bouchée.
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C'est exactement la sauce qui nappe ce plat : la sòs kreyòl haïtienne, oignon, tomate, concentré et épis. Ici on y mijote la langouste au lieu d'un autre protagoniste.
Voir la recette →CousineCrustacé haïtien mijoté dans une sauce rouge relevée au piman : la langouste ak sòs kreyòl est le cousin plus noble du crabe en sauce piquante.
Voir la recette →CousineL'épis est le socle aromatique du plat : c'est lui qui marine la langouste et parfume la sauce. Toute recette qui commence par l'épis est parente de celle-ci.
Voir la recette →CousineMême famille exactement : un fruit de mer (le poulpe) mijoté dans une sauce créole tomatée montée sur épis. La langouste et le chatrou suivent la même grammaire côtière.
Voir la recette →CousineAutre grand fruit de mer des côtes haïtiennes (le lambi, conque). Cousinage direct, avec une différence de cuisson revendiquée : le lambi s'attendrit longuement, la langouste se cuit vite et court.
Voir la recette →Même crustacé, même idée de sauce créole aux Antilles françaises, mais la version antillaise privilégie souvent le gril et un court-bouillon, là où Haïti mijote la demi-langouste dans la sauce montée à l'épis.
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