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Atlas Culinaire · Suisse · Europe
La tresse dorée du dimanche matin suisse — mie filante au beurre et au lait, croûte brillante à l'œuf, emblème né à Berne il y a près de six siècles
Berne, 1470. Dans les archives municipales de la capitale fédérale apparaît pour la première fois le mot Züpfe — une tresse de pain au beurre réservée aux jours de fête. L'historien du pain Max Währen a établi que la confection de ces pains tressés en Suisse remonte à 1430 au moins, époque à laquelle ils servaient de cadeaux de Noël et de Nouvel An. Le choix de la tresse n'est pas anodin : le beurre, les œufs, la farine blanche et le lait frais étaient des ingrédients précieux, inaccessibles en semaine, et la forme tressée signalait visuellement cette richesse — on ne tressait pas du pain ordinaire [Patrimoine culinaire suisse, patrimoineculinaire.ch].
L'origine de la forme tressée porte en elle une légende funèbre qui traverse les siècles. Selon une coutume mentionnée dans le Bulletin professionnel Richemont de 1951, dans l'Antiquité les veuves étaient parfois enterrées avec leur mari défunt. Cette pratique céda la place à un sacrifice plus doux : une mèche de cheveux tressée, déposée dans la tombe. Puis, progressivement, la natte humaine fut remplacée par une tresse de pain — même forme, même geste, même sens du lien éternel. Le Zopf serait ainsi né du deuil sublimé en boulangerie [Histoire et Historiettes, histoire-et-historiettes.ch ; Bricelet & Baklava, briceletbaklava.ch].
Mais Berne n'entendait pas laisser la tresse à la portée de tous ni à toutes les occasions. Jusqu'en 1629, la confection du Zopf était strictement réservée à la Saint-Thomas — le 21 décembre — et au jour de l'An. Ce n'est qu'à cette date que les boulangers bernois obtinrent le droit de produire et vendre la tresse tout au long de l'année. Une libéralisation qui permit au Zopf de quitter le cercle restreint des jours sacrés pour devenir peu à peu le pain du dimanche, le pain de l'entre-deux — ni semaine ni vraie fête, mais ce moment suspendu de la fin de semaine où l'on se retrouve à table sans urgence [Schweizer Brot, schweizerbrot.ch].
La recette canonique du Zopf — celle que défendent encore les boulangers bernois — est d'une austérité délibérée : farine blanche, beurre en quantité généreuse, lait frais, levure fraîche, sel, une pointe de sucre, et un jaune d'œuf pour le dorage. Pas d'œufs dans la pâte, ce qui distingue nettement le Zopf de la brioche française. La mie doit être filante, dorée, légèrement feuilletée par les couches de beurre, et la croûte suffisamment résistante pour supporter d'être déchirée à la main — car on ne coupe pas le Zopf avec un couteau, on le rompt [Pain Suisse, painsuisse.ch].
Aujourd'hui, la tresse est inscrite au Patrimoine culinaire suisse parmi les 404 produits emblématiques du pays, reconnue sous ses trois noms — Zopf en alémanique, Tresse en romand, Treccia en tessinois — comme si la Confédération avait voulu rappeler que ce pain, né à Berne, appartient désormais à tous.
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Émietter la levure fraîche dans le lait tiède (35-40°C) coupé de l'eau tiède et laisser reposer 5-10 min jusqu'à ce qu'une mousse apparaisse. Le lait ne doit pas dépasser 40°C sous peine de tuer la levure.
Mettre la farine et le sel dans un grand bol, creuser un puits, y déposer le beurre ramolli en parcelles puis verser le lait à la levure (et le sucre). Pétrir énergiquement 10 min, à la main ou au crochet, jusqu'à une pâte souple, lisse et élastique qui se décolle du bol.
Couvrir le bol d'un linge humide et laisser pousser à température ambiante, à l'abri des courants d'air, jusqu'à ce que la pâte double de volume. À la coupe, elle doit montrer de belles bulles d'air.
Dégazer la pâte, la diviser en deux pâtons égaux et rouler chacun en un long boudin d'environ 60 cm, légèrement plus épais au centre et effilé aux extrémités. Pour la tresse classique à quatre brins, diviser plutôt en quatre boudins.
Croiser les deux boudins en X au centre. Tresser en passant alternativement le brin de droite puis de gauche par-dessus, jusqu'au bout, puis répéter de l'autre côté. Pincer et rentrer les extrémités sous la tresse pour un fini net.
Déposer la tresse sur une plaque chemisée de papier cuisson. Dorer une première fois au jaune d'œuf battu avec un peu de lait, puis laisser pousser 15 à 30 min. Un passage de 15 min au frais avant cuisson facilite la deuxième dorure.
Préchauffer le four à 200°C (chaleur haut-bas). Dorer la tresse une seconde fois au jaune d'œuf juste avant d'enfourner. Cuire dans la moitié basse du four 45 à 60 min selon la taille, jusqu'à une croûte bien dorée et brillante.
Laisser tiédir la tresse sur une grille avant de la trancher. Servir au petit-déjeuner du dimanche, encore tiède, avec beurre, miel et confiture. La mie filante doit se déchirer en lambeaux moelleux.
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