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Atlas Culinaire · Suisse · Europe
Le pain d'épices brun d'Appenzell, miel et épices orientales, fourré d'une masse d'amandes et estampé en bas-relief de l'ours appenzellois sur son moule de bois sculpté
Dans le canton d'Appenzell, au creux des collines brodĂ©es de fermes peintes et de pĂąturages que les cloches Ă vaches ponctuent jusqu'au soir, il existe un gĂąteau qui tient du talisman autant que de la confiserie. L'Appenzeller Biber â son nom dĂ©rive du vieux mot alĂ©manique « Bibenzelten », dĂ©signant un gĂąteau Ă©picĂ© au miel â est une mĂ©daille de pĂąte brune et parfumĂ©e, lourde comme une promesse, gravĂ©e des motifs du pays : l'ours hĂ©raldique dressĂ© sur ses pattes, les scĂšnes de vie alpestre, le cortĂšge de la Landsgemeinde sous ciel d'octobre.
L'histoire de ce gùteau court depuis le XVIe siÚcle. DÚs 1550, des documents attestent à Bùle et à Zurich la présence de « Bibenzelten » fourré de noix dans les boutiques des boulangers. Mais c'est à Appenzell que le Biber trouve son ùme définitive : la garniture de noix cÚde la place à une masse d'amandes torréfiées, liée de miel et d'un mystÚre d'épices dont nul artisan ne livrera jamais la liste complÚte. Les premiÚres recettes de Biberli à la pùte d'amandes apparaissent dans des livres de cuisine saint-gallois vers 1800, témoignant d'une évolution lente, patiente, farouchement locale.
Au village de Weissbad, au pied du massif de l'Alpstein, la maison Bischofberger façonne le BĂ€rli-Biber depuis quatre gĂ©nĂ©rations. La marque « BĂ€rli-Biber » fut dĂ©posĂ©e en 1957 au registre des marques helvĂ©tiques, mais la recette, elle, est bien antĂ©rieure. Les frĂšres Bischofberger gardent le silence sur leur mĂ©lange d'Ă©pices avec la mĂȘme discrĂ©tion que les maĂźtres fromagers de la rĂ©gion protĂšgent leur saumure secrĂšte â deux silences frĂšres, deux trĂ©sors parallĂšles nĂ©s du mĂȘme plateau.
La forme de l'ours n'est pas un caprice dĂ©coratif. L'ours est l'animal du blason d'Appenzell Rhodes-IntĂ©rieures, gardien hĂ©raldique de cette microscopique dĂ©mocratie directe oĂč les citoyens votent encore Ă main levĂ©e sous le ciel ouvert. Mordre dans un Biber en forme d'ours, c'est mordre dans l'identitĂ© mĂȘme du canton. Les motifs sont frappĂ©s Ă l'aide de moules en bois sculptĂ©s, dont certains remontent au XVIIIe siĂšcle et constituent Ă eux seuls de petits chefs-d'Ćuvre d'art populaire appenzellois.
La pĂąte elle-mĂȘme est une alchimie humble : farine, miel de montagne, sucre, et ce mĂ©lange d'Ă©pices que chaque confiseur compose selon sa conscience â cannelle de Ceylan, anis, clou de girofle, muscade, cardamome, et peut-ĂȘtre autre chose encore que l'on ne dit pas. La garniture intĂ©rieure, dense et moelleuse, oscille entre la pĂąte d'amandes pure et un massepain lĂ©gĂšrement humectĂ©, parfois relevĂ© d'un soupçon d'abricot confit â innovation que les puristes jugent avec sĂ©vĂ©ritĂ©. Le gĂąteau se mange frais, encore lĂ©gĂšrement Ă©lastique sous la dent, ou vieilli de quelques jours, quand la pĂąte et la garniture ont fondu l'une dans l'autre en une complicitĂ© parfaite.
Chaque automne, au marchĂ© d'Appenzell, les stands de Biber s'alignent sous les arcades des maisons peintes de fresques naĂŻves. Les touristes repartent avec leurs boĂźtes ornĂ©es d'ours dansants ; les anciens du village, eux, savent reconnaĂźtre le Biber de tel ou tel atelier au seul parfum qui s'Ă©chappe de l'emballage. C'est la dĂ©finition mĂȘme d'une spĂ©cialitĂ© rĂ©gionale vivante : non pas un label figĂ©, mais un dialogue continu entre la tradition et la main de celui qui pĂ©trit.
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Dans une casserole, faire tiĂ©dir doucement le miel, le sucre et le lait sans bouillir, jusqu'Ă ce que le sucre fonde. Hors du feu, incorporer l'Ćuf, le jaune, le sucre vanillĂ© et le mĂ©lange d'Ă©pices. Bien fouetter pour une base lisse et parfumĂ©e.
Mélanger la farine de seigle avec le bicarbonate, puis l'ajouter à la masse au miel tiédie. Pétrir briÚvement jusqu'à une pùte lisse et un peu collante. Former un pavé, filmer et laisser reposer 30 minutes à température ambiante.
MĂ©langer les amandes en poudre avec le miel, le sucre glace, le blanc d'Ćuf, l'arĂŽme d'amande amĂšre et les Ă©corces confites hachĂ©es. Travailler jusqu'Ă une masse souple type massepain, mallĂ©able mais non coulante.
Abaisser la pùte sur 5 mm d'épaisseur et la couper en bandes de 7 cm de large. Rouler la masse d'amandes en boudins de l'épaisseur d'un doigt, les poser au centre des bandes aprÚs les avoir badigeonnées d'eau.
Replier la pĂąte sur le fourrage et bien souder. Fariner le moule de bois (Holzmodel), y presser l'abaisse Ă deux mains pour imprimer le motif en relief â l'ours appenzellois, une scĂšne de costume. DĂ©mouler dĂ©licatement.
DĂ©couper le boudin estampĂ© en piĂšces â grands rectangles pour des Biber, ou triangles d'environ 3,5 cm de cĂŽtĂ© pour des Biberli individuels. DĂ©poser sur une plaque garnie de papier cuisson, motif vers le haut.
Badigeonner de lait pour la dorure. Enfourner à mi-hauteur dans un four préchauffé à 180 °C et cuire 16 à 18 minutes, jusqu'à ce que les Biber soient bruns et fermes sur les bords mais encore moelleux au centre.
à la sortie du four, badigeonner aussitÎt les Biber chauds de crÚme pour leur donner brillant et moelleux. Laisser refroidir sur une grille. Le moelleux se développe aprÚs un ou deux jours en boßte hermétique.
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