Chargement de l’atlas
Atlas Culinaire · Chili · Amériques
La seule charcuterie chilienne qui ne s'embosse pas dans un boyau mais dans la couenne entière du cochon, et que la marinade au ají de color teint d'un orange profond jusqu'au cœur
Eugenio Pereira Salas, dans ses Apuntes para la historia de la cocina chilena (Universitaria, 1977, p.
87), décrit l'arrollado de l'époque portalienne comme « la carne cocida de chancho, hecha trozos, revuelta con huevo y envuelta en malaya o cuero de chancho » : une viande DÉJÀ CUITE, hachée puis liée à l'œuf, autrement dit une terrine de récupération de la matanza.
L'arrollado huaso d'aujourd'hui a rompu avec cette formule — la viande y entre CRUE, en longues lanières marinées vingt-quatre heures, et c'est le pochage lent qui la cuit à l'intérieur de sa propre couenne.
L'inventaire Patrimonio Alimentario de Chile publié par la FUCOA (Ministère de l'Agriculture) reprend mot pour mot la citation de Pereira Salas et acte le glissement de vocabulaire qui a suivi : « hoy en día se les conoce como arrollado de malaya o arrollado de chancho ; algunos usan el término de arrollado huaso ».
Deuxième front, technique et daté : le chef Juan Pablo Mellado, dans Emol du 12 juillet 2013, refuse la pulpe maigre au profit du lomo de cogote pour son persillé, exige une couenne de guata et non de pierna parce qu'elle est sensiblement plus fine, écarte le gras de panse au profit du gras de rognonnade qui fond au lieu de rester caoutchouteux, et met en garde contre l'excès de cumin qui écrase tout le reste.
Troisième front, identitaire : Álvaro Peralta Sáinz, dans La Tercera du 7 septembre 2018, soutient que la préparation réellement criolla du Chili n'est ni l'empanada ni l'anticucho mais l'arrollado huaso, mangé toute l'année et par tous les milieux, et qui « no se encuentra más allá de nuestras fronteras ».
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
Demandez au boucher un morceau de lomo de cogote — l'échine, ce collier bien persillé que le chef Juan Pablo Mellado désigne comme la seule coupe juste — et refusez la pulpe maigre, qui donnerait un rouleau sec et filandreux. Réclamez dans la foulée une couenne prélevée sur la guata, c'est-à-dire le ventre : elle est sensiblement plus fine que celle de la cuisse et se laissera enrouler sans se fendre. Complétez par cent cinquante grammes de gras de rognonnade, un gras mou qui fond pendant le pochage au lieu de rester en blocs caoutchouteux comme le fait le gras de panse.
Le pourquoiLe collier de porc porte un réseau de gras intramusculaire et de collagène qui, en cuisson douce et longue, se transforme en gélatine et lie la tranche de l'intérieur.
Détaillez l'échine et la poitrine en lanières longues d'environ vingt centimètres et larges d'un centimètre et demi, en suivant le sens des fibres. La règle est stricte : des lanières, jamais des dés, car ce sont elles qui dessineront le marbré régulier de la tranche une fois le rouleau refroidi. Coupez le gras de rognonnade de la même façon et mêlez-le à la maigre, en veillant à ce que gras et maigre alternent à peu près régulièrement dans le tas.
Le pourquoiDes fibres orientées dans le même axe que le rouleau tiennent la tranche à la découpe ; des dés créent autant de plans de rupture et la tranche s'effondre.
Écrasez l'ail au mortier avec le sel fin jusqu'à obtenir une pâte, puis mêlez-y le vinaigre, l'ají de color, la pâte d'ají rouge, le cumin, l'origan frotté entre les paumes et le poivre. Versez cet adobo sur les lanières et massez-les à pleines mains pendant trois bonnes minutes, jusqu'à ce que chaque morceau soit teinté d'orange sur toutes ses faces. Couvrez au contact et laissez au réfrigérateur vingt-quatre heures, en retournant le tas une fois à mi-parcours.
Le pourquoiL'acide acétique du vinaigre dénature les protéines de surface et ouvre les fibres, ce qui laisse les aromates pénétrer bien au-delà du premier millimètre.
Grattez la couenne au dos d'un couteau ferme pour retirer les dernières soies et l'excès de gras collé sur la face interne, sans jamais entamer la peau elle-même. Parez-la ensuite au couteau en un rectangle net d'environ trente centimètres sur vingt-cinq, en éliminant les bords irréguliers qui empêcheraient un roulage serré. Plongez-la enfin une heure au réfrigérateur dans de l'eau froide additionnée de gros sel et d'un trait de vinaigre, ce qui la dégorge et l'assouplit.
Le pourquoiLe bain salé et acidulé hydrate le collagène de la peau et abaisse sa rigidité, ce qui autorise un enroulement serré sans microfissures.
Étalez la couenne à plat sur le plan de travail, face interne vers le haut, et badigeonnez-la de la cuillerée d'adobo réservée. Disposez les lanières égouttées sur toute la longueur du rectangle, en couches croisées et régulières, sans jamais approcher à moins de trois centimètres des bords. Roulez ensuite dans le sens de la longueur en serrant fermement à chaque tour, comme on roule un tapis, de manière à chasser tout l'air emprisonné entre les couches.
Le pourquoiLes poches d'air emprisonnées se dilatent au pochage, déforment le rouleau et créent des cavités que la gélatine ne comblera pas.
Ficelez d'abord les deux extrémités du rouleau par plusieurs tours croisés bien serrés, car ce sont elles qui cèdent en premier. Remontez ensuite le long du rouleau en posant un tour de ficelle tous les deux centimètres, en gardant une tension constante et régulière d'un bout à l'autre. Terminez par deux passages dans la longueur, d'un bout à l'autre du cylindre, qui verrouillent l'ensemble et empêchent le rouleau de se dérouler pendant les deux heures de pochage.
Le pourquoiLa pression uniforme de la bride compense le retrait de la couenne à la chaleur et maintient les lanières en contact, condition de la soudure gélatineuse.
Plongez le rouleau dans une grande marmite d'eau déjà bouillante et franchement salée, avec l'oignon, les carottes et le laurier. Ramenez aussitôt le feu au minimum pour tenir un frémissement à peine perceptible, autour de quatre-vingt-dix degrés, et laissez cuire deux heures pleines. Écumez de temps à autre et vérifiez que le rouleau reste immergé, en le lestant au besoin d'une assiette retournée pour qu'aucune partie n'affleure et ne sèche à l'air.
Le pourquoiÀ quatre-vingt-dix degrés le collagène se transforme lentement en gélatine sans que les fibres musculaires ne se contractent brutalement et n'expulsent leur eau.
Coupez le feu et laissez le rouleau refroidir complètement DANS son bouillon de cuisson, idéalement une nuit entière au froid : c'est le geste qui décide de tout. En refroidissant, la gélatine libérée par la couenne prend en masse, soude les lanières entre elles et rend la tranche possible ; un arrollado sorti chaud se défait au couteau. Retirez ensuite la ficelle, essuyez la couenne et détaillez des tranches d'un centimètre, servies tièdes ou à température ambiante avec des papas cocidas et un pebre bien piquant.
Le pourquoiLa gélatine issue du collagène gélifie sous quinze degrés environ ; c'est elle, et non la cuisson, qui donne à la tranche sa cohésion.
Marquez-la cuisinée : elle entre dans votre journal, vous rapporte des points d'explorateur.
Sourcer ou se taire
Aucun commentaire pour l'instant. Sois le premier à cuisiner cette recette.
Vous l'avez testée ? Notez-la et partagez votre version : vous aidez l'Atlas à grandir.