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Atlas Culinaire · Ghana · Afrique
Le souchet (tigernut, « ofio » en akan) transformé en lait puis réduit jusqu'à épaissir en une masse dense qu'on démoule et tranche comme un gâteau, souvenir sucré des trottoirs d'Accra.
À Accra, les vendeuses de rue et les blogueuses culinaires ne s'accordent pas sur ce qu'est vraiment l'atadwe : pour Fran Osseo-Asare, autrice du Ghana Cookbook et du blog BetumiBlog, c'est avant tout un « milkye », un lait de souchet qu'on boit tiède ou frais, jamais vraiment une pâtisserie qu'on découpe au couteau (betumiblog.blogspot.com/2009/11/recipe-26-tested-silky-tigernut-pudding.html). D'autres cuisinières, comme celle du blog Restaurant Critic NG, poussent la réduction plus loin et le dressent en couches avec des biscuits émiettés et des fruits, façon verrine dense qu'on mange à la cuillère mais qui tient debout (restaurantcriticng.wordpress.com/2020/05/28/recipe-atadwe-a-ghanaian-dessert/). Le nom « gâteau » que lui donnent certains vendeurs de Kumasi vient de cette version prise au froid, démoulée et tranchée en parts, plus rare et plus technique que le simple verre de lait de souchet qu'on trouve à chaque coin de rue. La discipline est donc honnête ici : ce n'est pas un gâteau au sens occidental cuit au four, mais un pudding de souchet réduit et raffermi jusqu'à pouvoir se couper, une déclinaison assumée et minoritaire de l'atadwe classique.
Un thé au gingembre bien chaud ou un jus d'ananas frais tranchent avec la texture crémeuse et le goût caramel-amande du souchet.
6/10 — l'atadwe reste un classique du petit commerce de rue à Accra et dans les grandes villes du Sud (vendeuses ambulantes avec glacière), mais sa version démoulée et tranchée en « gâteau » est une déclinaison plus rare et plus technique que le lait de souchet classique bu au gobelet ; beaucoup de Ghanéens connaissent le nom sans en avoir goûté cette variante précise.
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Préparation — Trier et faire tremper le souchet et le riz — Étalez les tigernuts sur un plateau et écartez ceux qui sont ratatinés, noircis ou percés, car ils donnent un lait amer et sableux une fois broyés. Rincez-les à grande eau puis mettez-les à tremper dans un saladier couvert, séparément du riz lui aussi rincé et trempé, pendant six à huit heures ou toute une nuit. Ce trempage réhydrate la chair fibreuse du tuber et attendrit le grain de riz, deux conditions indispensables pour obtenir un broyage fin plutôt qu'une bouillie de fibres. Si vous manquez de temps, un minimum de quatre heures dans une eau tiède accélère un peu le processus sans jamais égaler le résultat d'un trempage complet.
Le pourquoiLe tigernut est un tubercule fibreux et dur à l'état sec ; sans réhydratation, le mixeur ne libère pas son lait mais hache seulement des fibres.
Mixage — Broyer le souchet et le riz égouttés en lait — Égouttez et rincez une dernière fois les deux ingrédients puis versez-les dans un mixeur puissant avec environ un tiers de l'eau prévue. Mixez longuement, en raclant les bords à la spatule, jusqu'à obtenir une pâte fine et mousseuse qui ne granule plus sous les doigts. La texture recherchée ressemble à une pâte d'amande très liquide, sans morceaux résiduels de peau de souchet. Un mixeur trop faible obligera à mixer par plus petites quantités et plus longtemps, quitte à ajouter un peu d'eau supplémentaire pour libérer la lame.
Le pourquoiPlus le broyage est fin, plus l'extraction suivante libère d'amidon et de matière grasse, donc plus le pudding sera onctueux.
Filtrage — Extraire une première fois le lait de souchet — Versez la pâte obtenue dans une étamine ou un linge fin posé sur une passoire au-dessus d'un grand bol, puis rassemblez les bords et pressez fermement pour extraire un maximum de liquide crémeux. C'est ce lait blanchâtre, légèrement parfumé d'amande et de caramel, qui deviendra le pudding après cuisson. Pressez par torsions successives plutôt que d'un seul coup, ce qui évite de faire éclater le tissu et libère davantage de liquide à chaque tour. Réservez la pulpe encore humide dans la passoire, elle contient encore une bonne part du lait.
Le pourquoiUne seule extraction laisserait environ un tiers du lait piégé dans la pulpe, ce qui appauvrirait le pudding final.
Filtrage — Refaire une seconde extraction pour épuiser la pulpe — Remettez la pulpe pressée dans le mixeur avec le reste de l'eau prévue, mixez à nouveau brièvement puis filtrez une seconde fois de la même façon. Cette double extraction, systématiquement recommandée par les cuisinières ghanéennes, permet de récupérer le lait encore piégé dans les fibres et d'obtenir un volume de pudding correct pour huit portions. Mélangez les deux laits obtenus dans une même casserole à fond épais avant de passer à la cuisson. La pulpe qui reste, désormais presque sèche, peut être jetée ou réservée pour enrichir un porridge ou une pâte à pain.
Le pourquoiLe souchet est un ingrédient coûteux et fibreux ; sauter cette étape divise presque par deux le rendement en lait.
Cuisson — Épaissir le lait en remuant toujours dans le même sens — Versez le lait de souchet réuni dans une casserole à fond épais avec le sel, placez sur feu moyen-doux et remuez sans interruption avec une cuillère en bois ou une spatule, toujours dans le même sens de rotation. C'est le geste le plus surveillé de toute la recette : les cuisinières ghanéennes insistent unanimement sur ce point, car changer de sens en cours de cuisson brise la liaison amidon-eau qui est en train de se former et fait retomber le mélange en une soupe granuleuse impossible à rattraper. Au bout de quelques minutes, le lait commence à napper la cuillère et à prendre une teinte plus opaque. Ne le laissez jamais bouillir franchement, sous peine d'attacher au fond et de brûler le fond caramélisé.
Le pourquoiLe souchet libère un amidon délicat qui gélifie progressivement ; une agitation cohérente organise les chaînes d'amidon en un réseau lisse.
Assaisonnement — Sucrer, épicer et enrichir au lait concentré — Hors du feu ou à feu très doux, incorporez le sucre, la muscade, la vanille et le lait concentré sucré en remuant toujours dans le même sens que précédemment. Goûtez et ajustez le sucre : le souchet a naturellement un goût de caramel léger, donc certaines cuisinières restent volontairement sobres en sucre pour ne pas l'écraser. Le lait concentré apporte un fondant supplémentaire et une teinte plus ivoire, très recherchée pour la présentation en gâteau. Remettez sur feu doux une minute ou deux pour bien dissoudre le sucre, sans jamais laisser reprendre l'ébullition.
Le pourquoiLe sucre ajouté trop tôt dans la cuisson ralentit la gélatinisation de l'amidon ; l'incorporer en fin de parcours garantit une texture homogène.
Moulage — Verser dans un moule et laisser prendre au froid — Versez le pudding chaud dans un moule à cake légèrement huilé ou dans des ramequins individuels, en tassant bien pour chasser les bulles d'air qui créeraient des trous une fois démoulé. Laissez tiédir à température ambiante une trentaine de minutes avant de couvrir et de placer au réfrigérateur au moins quatre heures, idéalement toute une nuit. C'est ce repos au froid qui transforme le pudding coulant en une masse assez ferme pour être tranchée comme un gâteau, conformément à la version « gâteau de souchet » recherchée ici. Un pudding sorti trop tôt du froid se tiendra mal et s'effondrera à la découpe.
Le pourquoiLe froid resserre le réseau d'amidon formé à la cuisson et solidifie suffisamment la masse pour qu'elle tienne en tranches.
Finition — Démouler, trancher et garnir de biscuits émiettés — Passez la lame d'un couteau fin le long des parois du moule, retournez sur un plat de service et démoulez d'un geste ferme et continu. Tranchez en parts épaisses avec un couteau passé sous l'eau chaude entre chaque coupe, pour des tranches nettes qui ne s'effritent pas. Parsemez généreusement de biscuits émiettés et de dés de fruits frais juste avant de servir, comme le font certaines cuisinières d'Accra pour apporter du croquant à ce dessert par ailleurs très lisse. Servez frais, en dessert ou en goûter, éventuellement avec un filet de lait concentré supplémentaire.
Le pourquoiLe contraste croquant-fondant est ce qui distingue la version « gâteau » de l'atadwe du simple verre de lait de souchet.
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