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Atlas Culinaire · Singapour · Asie
Porc braisé à l'assam (tamarin) avec haricots fermentés, piments verts et légumes marinés — plat de résistance Nyonya au profil aigre-salé-piquant absolument distinctif de la table Péranakan de Singapour.
La controverse centrale du Babi Assam oppose deux écoles Nyonya sur un point technique précis : la version avec légumes marinés (kiam chye) versus la version sans. KitchenTigress (kitchentigress.com, recette documentée 2011, recueil du livre 'Cooking for the President' de Wee Eng Hwa, fille de feu Madame Wee — Wee Kim Wee étant le quatrième président de Singapour), qui tient son savoir-faire de Mama Choo (Saw Hai Choo), cuisinière Nyonya légendaire des années 1930-1940, documente une version avec trois types distincts de kiam chye (salé, aigre et frais) brassés ensemble pendant 45 minutes — technique qui crée des couches de texture et d'acidité impossible à obtenir avec le seul tamarin. À l'opposé, la version transmise par la regrettée Mrs. Lee Chin Koon (1907-1980) — mère du Premier Ministre Lee Kuan Yew et première auteure à revendiquer explicitement l'étiquette 'Peranakan' dans un cookbook en 1974 — et restituée par sa petite-fille Shermay Lee dans 'The New Mrs. Lee's Cookbook Vol. 1 : Peranakan Cuisine' (World Scientific, 2019, ISBN 9789811212628), ne fait pas appel aux légumes marinés mais développe la profondeur par un ratio tamarin-taucheo plus élevé. Foodelicacy (foodelicacy.com, 2016), citant la recette de Mrs. Leong Yee Soo publiée dans 'The Best of Singapore Cooking' (Terry Tan & Christopher Tan, Times Editions, ISBN 9789812614797), confirme cette absence de kiam chye dans la tradition singapourienne versus la présence quasi-systématique dans la version pénangite — la ligne de fracture régionale étant réelle et documentée : Penang favorise un ratio assam plus élevé avec influence thaïe (citonnelle, galangal), tandis que Singapour et Malacca accentuent le taucheo (pâte de haricots fermentés) comme vecteur d'umami, sans nécessairement ajouter de légumes marinés.
Eau de coco fraîche (椰子水) servie froide — accord classique Péranakan qui neutralise l'acidité du tamarin et la chaleur des piments sans altérer les arômes de la sauce. Pour les repas festifs Tok Panjang, un Riesling sec d'Alsace (acide, structure minérale) ou un Pinot Gris légèrement moelleux tient parfaitement face au profil aigre-piquant du Babi Assam.
Le Babi Assam figure parmi les 10 plats Péranakans les plus commandés à Singapour selon le Singapore Tourism Board (STB). Le restaurant Guan Hoe Soon (200 Joo Chiat Rd), fondé en 1953 et désigné comme le plus ancien restaurant Péranakan de Singapour, sert régulièrement le Babi Assam lors des banquets Tok Panjang. Le plat figure systématiquement dans les menus des restaurants Péranakans du quartier de Katong-Joo Chiat, classé Heritage Town en 2011 par le Urban Redevelopment Authority (URA). Godmama (restaurant Péranakan de Jewel Changi Airport) propose le Babi Assam dans sa carte principale. La cuisine Péranakan est inscrite à la liste de patrimoine immatériel de Singapour par le National Heritage Board (NHB) depuis 2015.
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Émietter la pâte de tamarin brute (80 g) dans 500 ml d'eau tiède (pas bouillante — 45°C). Malaxer vigoureusement 3 minutes avec les mains ou une cuillère en bois pour dissoudre les fibres. Passer au tamis fin en pressant bien les fibres pour en extraire tout le jus ; jeter les graines et fibres. Réserver l'eau d'assam en deux fractions : 200 ml dans un bol, 300 ml dans un autre. Si on utilise les kiam chye et sng chye, les placer dans deux bols séparés avec de l'eau froide : kiam chye 15 minutes, sng chye 10 minutes ; égoutter et essorer fermement.
Égoutter les piments rouges séchés (après 30 min de trempage). Dans un mortier de taille appropriée ou un blender puissant, piler successivement : piments rouges réhydratés, noix de bougie, échalotes, belacan toasté. L'ordre compte : les ingrédients les plus durs d'abord. Le rempah doit atteindre une pâte très fine, presque lisse — compter 10-15 minutes de pilage au mortier. Au blender, ajouter 2 c.à.s. d'huile pour faciliter le mixage. Un rempah insuffisamment pilé donne une sauce granuleuse et une diffusion incomplète des arômes dans la sauce.
Chauffer l'huile (60 ml) dans un wok ou une casserole à fond épais à feu moyen. Ajouter le rempah d'un coup et commencer immédiatement à remuer — le rempah ne doit jamais coller ni brûler en fond. Réduire aussitôt à feu moyen-doux. Frire en remuant continuellement pendant 8-10 minutes jusqu'à ce que le rempah soit clairement parfumé, passe du rose-gris au brun-orangé foncé, et que l'huile commence à 'remonter' sur les bords de la pâte (signe que la cuisson est complète). Ajouter le taucheo légèrement écrasé et faire revenir encore 3 minutes sur feu doux jusqu'à ce qu'une odeur profonde et soyeuse se dégage.
Ajouter les morceaux de poitrine de porc directement dans le rempah chaud. Remuer pour enrober chaque morceau uniformément. Faire revenir à feu moyen pendant 5 minutes jusqu'à ce que la surface externe du porc soit opaque et légèrement colorée — ne pas chercher à le saisir fortement, l'objectif est l'enrobage du rempah, pas la caramélisation Maillard. Ajouter la sauce soja foncée et le sucre brun ; mélanger.
Verser les 200 ml d'eau d'assam et les pièces d'assam gelugur (si utilisées) dans la casserole. L'eau doit juste couvrir le porc — compléter avec un peu d'eau si nécessaire. Porter à ébullition douce, puis réduire immédiatement à feu doux. Ajouter les kiam chye et sng chye dessalés si on suit la version avec légumes marinés. Couvrir partiellement (laisser 1 cm d'ouverture) et laisser braiser 45 minutes à petits bouillons en remuant toutes les 10-15 minutes et en vérifiant le niveau de liquide.
Après 45 minutes, ajouter les gousses d'ail entières, les piments verts et les piments rouges fendus. Retirer le couvercle. Cuire à feu moyen-doux pendant 15 minutes supplémentaires jusqu'à ce que le porc soit très tendre (il doit se défaire légèrement à la fourchette mais conserver sa forme). Les piments verts doivent rester légèrement croquants et ne pas virer au jaune olive — signe de surcuisson. Goûter et rectifier : sel, sucre, ou un filet d'eau d'assam si trop peu acide.
Augmenter le feu à moyen-vif et laisser réduire la sauce à découvert 8-10 minutes en remuant régulièrement. La sauce doit napper le dos d'une cuillère — ni trop liquide (bouillon), ni trop épaisse (confiture). Les morceaux de porc doivent être enrobés d'une sauce brillante, de couleur ambrée foncée tirant sur le brun-orangé. Retirer les pièces d'assam gelugur avant de servir. Goûter une dernière fois : le Babi Assam authentique est acide en attaque, umami en milieu de bouche, piquant en finale.
Transvaser le Babi Assam dans un plat de service creux. Garnir des piments verts et rouges de cuisson, les disposer sur le dessus pour la présentation. Servir immédiatement avec du riz blanc jasmin ou riz à grain court vapeur (jamais du riz parfumé pandan qui se battrait avec les arômes du plat). La sauce doit être généreuse : le riz est souvent trempé directement dans la sauce acidulée. Accompagner de sambal belacan et de calamansi (citron kalamansi) pour que chaque convive dose son acidité finale.
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