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Atlas Culinaire · Nicaragua · Pacifique nicaraguayen
Le grand plat dominical du Pacifique nicaraguayen : du bĆuf longuement marinĂ© Ă l'orange amĂšre, posĂ© sur un lit de yuca et de plantains vert et mĂ»r, le tout Ă©tuvĂ© des heures dans des feuilles de bananier qui parfument la vapeur.
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La rĂ©ussite du baho commence 12 Ă 24 heures Ă l'avance. Coupez le bĆuf en gros morceaux et dĂ©posez-les dans un grand saladier non mĂ©tallique. Versez le jus de naranja agria, ajoutez l'ail hachĂ©, la moitiĂ© de l'oignon, l'achiote dĂ©layĂ©, le cumin, le sel et le poivre, puis massez bien la viande pour que la marinade pĂ©nĂštre partout : l'aciditĂ© de l'orange amĂšre va commencer Ă attendrir les fibres et Ă les imprĂ©gner de saveur et de couleur rouge. Couvrez et placez au rĂ©frigĂ©rateur 12 heures minimum, idĂ©alement une nuit entiĂšre â plus la macĂ©ration est longue, plus le baho sera profond et tendre. Retournez la viande une ou deux fois si vous y pensez. Le lendemain, la viande aura pris une teinte orangĂ©e et dĂ©gagera un parfum acidulĂ© et aillĂ© : c'est le signe qu'elle est prĂȘte. Ne jetez surtout pas le jus de marinade, il assaisonnera les couches.
Pendant que vous prĂ©parez les lĂ©gumes, sortez la viande du frigo pour qu'elle revienne en tempĂ©rature. Ăpluchez la yuca : entaillez sa peau brune Ă©paisse dans la longueur, dĂ©collez l'Ă©corce et la couche rosĂ©e dessous, puis coupez la chair blanche en gros tronçons de 8 Ă 10 cm. Ăpluchez les plantains VERTS en incisant la peau sur la longueur (elle adhĂšre, aidez-vous d'un couteau) et coupez chaque plantain en trois. Faites de mĂȘme avec les plantains MĂRS, mais gardez-les Ă part dans un bol sĂ©parĂ© : ils sont fragiles et sucrĂ©s, ils iront tout en haut de la marmite. RepĂšre important : le plantain vert est dur et farineux, le plantain mĂ»r est tendre et jaune-noir tachetĂ© ; ne les mĂ©langez pas, leur place dans la marmite n'est pas la mĂȘme. RĂ©servez chaque catĂ©gorie sĂ©parĂ©ment.
Passez les feuilles de bananier quelques secondes au-dessus de la flamme du gaz, face puis pile : la chaleur les assouplit instantanĂ©ment, fait virer leur vert au vert foncĂ© brillant et libĂšre un parfum vĂ©gĂ©tal â sans ce flambage, elles cassent au pliage. Au fond d'une grande marmite haute (idĂ©alement une tamalera), installez une grille, un panier vapeur, ou Ă dĂ©faut un lit de tiges de plantain ou de feuilles roulĂ©es pour surĂ©lever les aliments. Versez l'eau SOUS cette grille : elle ne doit jamais monter jusqu'aux ingrĂ©dients, son seul rĂŽle est de gĂ©nĂ©rer la vapeur. Tapissez ensuite la grille et les parois de plusieurs feuilles de bananier gĂ©nĂ©reusement dĂ©bordantes, de façon Ă pouvoir les rabattre par-dessus Ă la fin pour enfermer toute la vapeur. C'est ce cocon de feuilles qui fait le parfum signature du baho.
L'ordre est la rĂšgle d'or du baho, ne l'inversez jamais. PremiĂšre couche, au plus prĂšs de la chaleur : la yuca et les plantains VERTS, les ingrĂ©dients les plus longs Ă cuire, rĂ©partis sur le lit de feuilles. DeuxiĂšme couche : la viande marinĂ©e, disposĂ©e sur les tubercules avec tout son jus de marinade, entrecoupĂ©e de l'oignon restant, des laniĂšres de chiltoma et des quartiers de tomate qui vont fondre et arroser le tout. TroisiĂšme et derniĂšre couche, tout en haut : les plantains MĂRS, posĂ©s dĂ©licatement â sucrĂ©s et fragiles, ils cuiraient en bouillie s'ils Ă©taient au fond, mais au sommet ils confisent doucement dans la vapeur parfumĂ©e. Arrosez d'un reste de jus de marinade. Cette stratification fait que chaque ingrĂ©dient cuit Ă sa juste vitesse et que les sucs descendent en parfumant les couches du dessous.
Rabattez les feuilles de bananier dĂ©bordantes par-dessus pour emprisonner le tout, posez Ă©ventuellement une assiette rĂ©sistante dessus pour bien fermer, puis couvrez la marmite de son couvercle le plus hermĂ©tiquement possible. Lancez sur feu vif jusqu'Ă ce que la vapeur s'installe (l'eau du fond doit bouillonner), puis baissez Ă feu moyen-doux pour une Ă©tuvĂ©e rĂ©guliĂšre. Et maintenant, la discipline : NE PAS OUVRIR. Comptez 3 Ă 4 heures selon la taille des morceaux ; on peut, vers la 3e heure, vĂ©rifier UNE seule fois rapidement qu'il reste de l'eau au fond (rajouter de l'eau bouillante sur le cĂŽtĂ© si besoin, jamais sur les ingrĂ©dients), puis refermer aussitĂŽt. Chaque ouverture inutile fait chuter la tempĂ©rature et rallonge la cuisson. Le baho est prĂȘt quand la yuca est fondante, les plantains tendres et la viande si moelleuse qu'elle s'effiloche Ă la fourchette. Si la viande rĂ©siste encore, prolongez : le collagĂšne n'a pas fini de fondre.
Pendant que le baho cuit, prĂ©parez l'ensalada de repollo qui l'accompagne obligatoirement. RĂąpez finement le chou, Ă©mincez un demi-oignon et quelques dĂ©s de tomate, mettez le tout dans un saladier non mĂ©tallique. Assaisonnez de vinaigre blanc, d'un filet de jus de citron vert, de sel et, si vous aimez, d'un peu de piment. MĂ©langez et laissez reposer au frais au moins 30 minutes : le chou va lĂ©gĂšrement s'attendrir et s'imprĂ©gner du vinaigre tout en gardant son croquant. Ce curtido frais et acide est l'exact contrepoint du baho riche et fondant â sa vivacitĂ© nettoie le palais entre les bouchĂ©es. GoĂ»tez avant de servir : il doit ĂȘtre franchement acidulĂ©, presque mordant, c'est ce qui Ă©quilibre l'assiette.
Une fois la cuisson terminĂ©e, coupez le feu et laissez le baho reposer dix minutes couvert : les jus se redistribuent et tout se raffermit juste ce qu'il faut. Ouvrez alors la marmite â le nuage de vapeur parfumĂ©e au bananier et Ă l'orange amĂšre qui s'en Ă©chappe est la rĂ©compense. Servez gĂ©nĂ©reusement dans de grandes assiettes ou directement sur des feuilles de bananier : un morceau de viande effilochĂ©e, un tronçon de yuca fondante, un morceau de chaque plantain, le tout arrosĂ© des sucs du fond. Couronnez d'une bonne pince de curtido vinaigrĂ©. Au Nicaragua, le baho est LE plat du dĂ©jeuner dominical familial, partagĂ© en grande tablĂ©e, qu'on prĂ©pare souvent la veille et qu'on cuit le matin mĂȘme. C'est un plat de patience et de partage, jamais un repas pressĂ©.
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Sourcer ou se taire
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