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Atlas Culinaire · Viêt Nam · Asie
La bosse qui porte le poids des montagnes : gâteau de riz gluant noir en forme de gùi, offrande sacrée de la première pleine lune.
La querelle du colorant noir oppose depuis des décennies artisanes Nùng et Tày du nord-est vietnamien : certains villages de Cao Bằng (notamment les femmes Nùng de Nguyên Bình, documentées par le Musée d'ethnologie de Hanoï, Viện Bảo tàng Dân tộc học Việt Nam) revendiquent l'usage exclusif du charbon de bois de núc nác (*Oroxylum indicum*), arbre forestier aux vertus médicinales hépatiques, tandis que les communautés Tày de Bắc Sơn (Lạng Sơn) et de Bắc Hà (Lào Cai) défendent la cendre de xoan muối (*Ailanthus altissima*) comme seule source capable de produire un noir profond et durable. Un troisième camp, représenté par les familles Tày de Văn Bàn (Lào Cai), utilise la cendre de rơm nếp (paille de riz gluant), méthode la plus ancienne selon la chercheuse culturelle Hà Lâm Kỳ citée en 2022 dans Phụ Nữ Việt Nam (https://phunuvietnam.vn/bi-mat-trong-chiec-banh-chung-den-cua-nguoi-tay-o-van-ban-20250127111951236.htm). Cette dispute n'est pas qu'esthétique : le charbon de núc nác contient des glucosides actifs reconnus en médecine traditionnelle vietnamienne pour leurs propriétés dépuratives et hépatiques, conférant au bánh gù une valeur thérapeutique absente des versions à la cendre de xoan muối ou de rơm.
Thé chaud au lotus (trà sen) ou eau de riz grillé (nước gạo rang) — la richesse grasse du porc et l'amertume douce du charbon de núc nác s'équilibrent avec une boisson légère et parfumée. Éviter tout alcool fort qui masque les notes boisées du gluant noir.
6/10 — Spécialité hyper-locale des marchés ethniques de Cao Bằng et Bắc Kạn, vendue principalement les jours de fête (Rằm tháng Giêng, Tết) et dans les marchés de plein air (phiên chợ) des communes Nùng. La production reste artisanale et familiale ; peu de commercialisation hors région. Selon le reportage de Vietnam Airlines Heritage (heritagevietnamairlines.com/huong-banh-vung-cao), la demande touristique a augmenté depuis 2018 mais la production n'a pas suivi, ce qui maintient un caractère confidentiel et saisonnier.
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Noircir le riz au charbon de núc nác — Diluer les 40 g de charbon de núc nác dans 100 ml d'eau tiède en remuant jusqu'à obtenir une encre noire homogène. Verser cette encre dans les 800 ml d'eau de trempage et y plonger le riz gluant pendant 8 à 12 heures minimum — idéalement toute la nuit. Le riz doit absorber la couleur de façon uniforme : chaque grain doit être entièrement noir, sans zones blanches résiduelles, signe d'un trempage insuffisant.
Préparer la purée de mungo — Faire tremper les haricots mungo décortiqués dans de l'eau froide pendant 4 à 6 heures jusqu'à ce qu'ils gonflent. Les égoutter, les placer dans un panier vapeur et cuire à la vapeur forte pendant 20 minutes jusqu'à ce qu'ils soient totalement fondants. Écraser à la fourchette ou au pilon en purée grossière — les artisanes Nùng ne mixent pas finement, préservant une texture légèrement grumeleuse qui contraste avec le riz.
Assaisonner la poitrine de porc noir — Couper la poitrine de porc en bandes de 6 à 7 cm de long et 1 cm d'épaisseur. Mélanger avec le sel, le poivre grillé moulu et la cardamome noire moulue. Laisser mariner au minimum 2 heures à température ambiante — en montagne, les artisanes laissent mariner toute la nuit pour que les épices pénètrent le gras de lard. L'odeur de cardamome grillée doit dominer : c'est le marqueur olfactif du bánh gù Nùng, absent des versions de plaine.
Blanchir les feuilles d'emballage — Plonger les feuilles de bananier (ou de dong) dans une grande marmite d'eau bouillante pendant 2 minutes. Les retirer immédiatement et les essuyer avec un linge propre. Le blanchiment assouplit les feuilles sans les cuire, élimine les bactéries de surface et libère les huiles aromatiques qui parfumeront le riz pendant la cuisson longue. Des feuilles non blanchies se fissureront au moment du goulage, entraînant une perte de la farce.
Former la bosse caractéristique en demi-lune — Égoutter soigneusement le riz noir et l'assaisonner avec 1 cc de sel. Déposer deux feuilles en croix sur le plan de travail. Disposer une couche de riz noir (environ 80 g) en rectangle allongé, recouvrir d'une couche de purée de mungo, placer 2 à 3 bandes de porc mariné, puis refermer avec une seconde couche de riz noir. La clé de la forme gù : serrer les deux extrémités du paquet vers le centre et les remonter légèrement, créant ainsi la bosse naturelle en son milieu. Ce geste, transmis de mère en fille, ne se réalise pas avec un moule — la main seule façonne la cambrure symbolique.
Nouer avec un nombre impair de liens — Lier le bánh gù avec des liens en bambou fendu (lạt giang) ou de la ficelle de cuisine solide. Les artisanes Nùng utilisent toujours un nombre impair de liens (3 ou 5 par pièce) — tradition symbolisant la prospérité et la fécondité, partagée avec les versions Tày de Văn Bàn. Serrer fermement mais sans écraser la bosse : le but est de maintenir la forme demi-lune pendant la longue cuisson. Un noeud trop lâche entraîne des fuites de farce ; un noeud trop serré aplatit le gù.
Placer les bánh gù dans une grande marmite, couvrir entièrement d'eau froide et amener à ébullition. Réduire à feu moyen-doux et maintenir un frémissement régulier pendant 8 à 10 heures, en ajoutant de l'eau chaude (jamais froide) toutes les 2 heures pour maintenir le niveau. La durée longue est non négociable : le charbon de núc nác nécessite une chaleur prolongée pour que ses glucosides actifs se fixent définitivement dans le riz et que la couleur noire reste stable après ouverture. Un feu de bois de cuisine (bếp củi) est traditionnel et préféré car il maintient une chaleur douce et régulière impossible sur un feu de gaz.
Sortir les bánh gù de l'eau et les poser debout (bosse vers le haut) sur une grille pour un égouttage de 30 minutes. Ce repos consolide la texture du riz gluant et évite que les gâteaux ne s'effondrent à l'ouverture. Les bánh gù se consomment à température ambiante coupés avec le lien de bambou (la corde tranche proprement) ou grillés légèrement sur des braises mourantes pendant 5 à 8 minutes pour raviver les arômes de feuilles et de lard fondu. Conservation : 3 à 5 jours à température ambiante de montagne (15-20°C), ou réfrigérés jusqu'à 7 jours.
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Sourcer ou se taire
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