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Atlas Culinaire · Haïti · Amériques
La banane pesée d'Haïti : le plantain vert deux fois frit, croustillant et parfumé au dlo sèl
Bannann peze, littéralement « banane pressée », emprunte son nom au français banane pesée : le plantain vert est frit une première fois, aplati encore chaud, puis frit une seconde fois jusqu'à ce que la croûte devienne ambrée et cloquée. C'est l'un des piliers du fritay, ces stands de friture qui parfument les rues de Port-au-Prince, du Cap-Haïtien et de Jacmel, où la marchande travaille dans une grande marmite posée sur un réchaud à charbon.
Le bannann peze partage exactement la même technique que les tostones et les patacones du reste de la Caraïbe et de l'Amérique latine : un plantain vert frit, aplati, puis refrit.
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Préparation — Sélection et épluchage des plantains — Choisissez 4 plantains dont la peau est entièrement verte, sans aucune trace de jaune aux extrémités : c'est à ce stade d'amidon maximal que la double friture donne un croustillant irréprochable. Incisez la peau en longueur sur les arêtes extérieures (3 incisions longitudinales) sans entailler la chair, puis décollez la peau d'un geste ferme — si elle résiste, passez les plantains entiers sous l'eau courante froide 30 secondes pour assouplir la peau. Coupez en tronçons biseautés d'environ 4 cm (coupe en diagonale à 45°) : la surface biseautée augmente la zone de contact avec l'huile et favorise la croûte à la deuxième friture.
Le pourquoiUn plantain entièrement vert est encore gorgé d'amidon et quasi dépourvu de sucres libres ; c'est cet amidon qui gélatinise à la première friture et durcit en croûte à la seconde. Un plantain qui jaunit a déjà converti une part de son amidon en sucres, qui caramélisent trop vite, brûlent et laissent une chair pâteuse impossible à rendre croustillante. La coupe en biseau augmente la surface exposée à l'huile.
Préparation — Préparation du Dlo Sèl (bain aromatique) — Dans un bol large (assez pour y plonger plusieurs plantains à plat), mélangez 250 ml d'eau tiède (40-50°C), 1 cuillère à soupe de sel casher, 2 gousses d'ail écrasées au mortier et 1 cuillère à soupe de jus de citron vert frais ou de vinaigre blanc distillé. Écrasez l'ail au mortier plutôt que de le hacher : les allicines libérées par l'écrasement infusent le bain en 5 minutes de façon plus profonde qu'un ail haché. Préparez ce bain avant de commencer la première friture pour que l'ail ait le temps de parfumer l'eau.
Le pourquoiLe dlo sèl est la signature haïtienne : c'est lui qui assaisonne le cœur du plantain, là où le sel de surface n'atteint jamais. L'ail écrasé libère ses composés aromatiques (l'allicine se forme quand les cellules sont broyées, pas simplement coupées), et l'eau tiède les diffuse plus vite qu'une eau froide. L'acide du citron ou du vinaigre resserre la surface au contact de l'huile brûlante.
Première friture — Première friture — dorage doux (cuisson incomplète volontaire) — Versez l'huile dans une sauteuse haute ou une friteuse et portez à 175°C (350°F) — vérifiez avec un thermomètre de cuisson ou en y plongeant l'extrémité d'un tronçon de plantain : l'huile doit frémir légèrement autour sans projections violentes. Faites frire les tronçons en petites quantités (6 à 8 à la fois maximum) sans les superposer, 3 à 4 minutes par côté, jusqu'à ce qu'ils soient dorés en surface mais encore pâles à cœur et cèdent facilement sous une fourchette. Retirez-les et déposez-les sur papier absorbant. Cette première friture ne doit pas terminer la cuisson : le centre doit rester moelleux pour supporter l'aplatissement.
Le pourquoiCette première cuisson n'a qu'un but : attendrir le cœur pour qu'il s'aplatisse sans se briser. À 175 °C, la chaleur pénètre lentement et cuit l'intérieur avant que l'extérieur ne durcisse. Une huile trop chaude figerait la croûte sur un cœur encore cru et cassant.
Aplatissement — Aplatissement — la pression qui définit le peze — Pendant que les tronçons sont encore chauds et malléables (ne pas attendre qu'ils refroidissent), posez chaque tronçon debout sur une planche et aplatissez-le à environ 6-8 mm d'épaisseur avec une tostonera (presse à plantain traditionnelle en bois) ou, à défaut, le fond plat et lourd d'un verre, d'une tasse ou d'une petite casserole. L'objectif est un disque régulier d'épaisseur uniforme : un plantain aplati irrégulièrement cuira de façon disparate à la deuxième friture. Si le plantain se fissure en s'aplatissant, il était trop cuit en première friture — réduire le temps d'une minute au prochain lot.
Le pourquoiC'est l'étape qui donne son nom au plat (peze = pressé). Le plantain doit être aplati chaud, tant que ses fibres sont assouplies par la cuisson : en refroidissant, la chair se raffermit et se déchire sous la pression. Un disque d'épaisseur uniforme cuit ensuite de façon homogène.
Bain aromatique — Trempage express dans le Dlo Sèl — Plongez chaque disque aplati dans le Dlo Sèl pendant 10 à 15 secondes maximum — pas plus, au risque de ramollir la structure. Le plantain encore chaud absorbe les arômes ail-sel-acide comme une éponge : on entend le léger chuchotement de la croûte au contact du liquide tiède. Sortez les disques avec une pince ou une écumoire et laissez l'excès d'eau s'égoutter 5 à 10 secondes avant de les replonger dans l'huile — une trop grande quantité d'eau dans l'huile chaude provoque des projections dangereuses.
Le pourquoiEncore chaud et poreux, le disque absorbe le bain salé et aillé en quelques secondes, comme une éponge tiède. Ce court trempage assaisonne la mie et dépose l'humidité qui, en s'évaporant à la friture suivante, crée la surface cloquée. Trop long, il gorge le plantain d'eau et détruit sa structure.
Deuxième friture — Deuxième friture — la croûte définitive — Portez l'huile à 190°C (375°F) — légèrement plus chaud qu'en première friture pour un dorage rapide et une croûte cloquée caractéristique. Faites frire les disques égouttés 2 à 3 minutes par côté jusqu'à obtenir une couleur dorée profonde, presque ambrée, avec une surface légèrement boursouflée. Ne pas toucher pendant la première minute : les disques collent momentanément avant de se décoller naturellement quand la croûte est formée. Retirez-les avec l'écumoire et déposez immédiatement sur papier absorbant.
Le pourquoiUne huile plus chaude (190 °C) saisit vite la surface humide et la fait boursoufler : l'eau du dlo sèl se vaporise en micro-bulles qui figent en relief. C'est ce choc thermique qui transforme le disque tendre en écaille croustillante et alvéolée.
Finition et service — Sel immédiat et service avec pikliz — Saupoudrez de sel fin immédiatement à la sortie de l'huile, quand la croûte est encore humide de chaleur et que le sel accroche parfaitement. Servez dans les 3 à 5 minutes qui suivent la deuxième friture : le bannann peze perd son croustillant rapidement en refroidissant. Disposez sur un plateau avec un bol généreux de pikliz haïtien (chou, carottes, piment scotch bonnet entier, vinaigre) : la fraîcheur acidulée et pimentée du pikliz coupe le gras de la friture et constitue l'accord obligatoire de la cuisine de rue haïtienne.
Le pourquoiLe sel n'accroche qu'à chaud, quand la croûte est encore luisante d'huile ; déposé plus tard, il glisse. Et le croustillant du bannann peze est fugace : la vapeur interne réhumidifie la croûte en refroidissant. Le pikliz, acide et pimenté, tranche le gras de la friture.
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Compagnon inséparable au sein du fritay haïtien : le bannann peze accompagne presque toujours le griot (porc mariné puis frit), formant avec le pikliz la triade griot–bannann–pikliz de la cuisine de rue.
Voir la recette →CousineAccompagnement classique et quasi systématique du tassot dans l'assiette fritay ; le croustillant de la banane pesée répond à la croûte du bœuf.
Voir la recette →CousineLes bannann peze sont l'accompagnement obligé du pwason fri : mêmes tables, même friture, servis systématiquement autour du poisson.
Voir la recette →CousineLe frère opposé : même fruit, préparation inverse. Le peze part du plantain vert, se frit, s'écrase et se refrit pour une chair ferme et salée ; le bannann dous part du plantain très mûr, sans écrasage ni saumure, pour un fondant sucré caramélisé. À ne jamais confondre.
Voir la recette →CousineLa banane pesée (ou bouillie) est l'accompagnement canonique de la morue en sauce ; elle équilibre le sel et éponge la sauce, formant l'assiette complète.
Voir la recette →CousineLe mariage le plus emblématique de la table haïtienne : les plantains frits aplatis se trempent presque toujours dans la Sòs Ti-Malice, contraste roi entre le croustillant neutre et la sauce vive et piquante.
Voir la recette →CousineAutre pilier de la cuisine haïtienne bâti sur la même banane plantain verte, ici aplatie et frite en tostones salés au lieu d'être mixée en bouillie douce : même matière première, destin culinaire opposé.
Voir la recette →Cousin portoricain issu du même plantain vert frit, mais pilé au mortier avec ail et lardons (chicharrón) en une purée compacte au lieu d'être aplati en disque : même matière première, finalité différente.
Pas encore dans l'AtlasNom donné au même plantain vert pressé et frit en Colombie, au Panama, en Équateur et au Venezuela (patacón pisao). Geste identique, servi le plus souvent avec sauces et hogao plutôt qu'avec du pikliz.
Pas encore dans l'AtlasMême technique de plantain vert deux fois frit et aplati, répandue à Cuba, Porto Rico et en République dominicaine. La différence haïtienne tient au trempage dans le dlo sèl entre les deux fritures, absent des tostones classiques.
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