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Atlas Culinaire · Palestine · Asie
Un disque fin et doré, craquant de sésame grillé d'un côté, croquant de pistache concassée de l'autre, sucré à la mélasse de raisin.
Le barazek est unanimement reconnu comme une création damascène : l'orientaliste Reinhart Dozy le décrivait déjà en 1881 comme un pain de blé nappé de dibs ou de beurre et de sésame, et l'historien syrien Zafir al-Qasimi situe précisément son essor dans le quartier d'al-Midan à Damas sous l'Empire ottoman. Le livre Falastin de Sami Tamimi et Tara Wigley, ainsi que l'article Wikipedia consacré au barazek, reconnaissent tous deux cette paternité syrienne tout en documentant sa présence aujourd'hui incontournable sur les étals de la vieille ville de Jérusalem, où il fait partie des desserts identitaires servis pendant le Ramadan. La variante jérusalémite s'est même transformée en une galette large, fine et cuite au four à bois — bien différente du petit biscuit rond damascène — preuve d'une réappropriation locale plutôt que d'un simple import inchangé. Refuser de reconnaître cette origine syrienne pour en faire un plat 'palestinien pur' serait malhonnête ; il est plus juste de parler d'un patrimoine culinaire levantin partagé, au même titre que le halawet el jibn ou le riz bukhari, adopté et réinterprété par les pâtissiers de Jérusalem, Naplouse ou Hébron au fil des échanges commerciaux dans tout le Bilad al-Sham.
Thé à la menthe fraîche ou café arabe (qahwa) épicé à la cardamome, sans alcool — jamais servi seul, toujours en partage.
Le barazek fait partie des desserts identitaires vendus sur les étals de la vieille ville de Jérusalem, en particulier pendant le Ramadan, malgré son origine damascène assumée (Wikipédia, article Barazek).
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Préparation — Activer la levure dans l'eau tiède — Émietter la levure fraîche dans l'eau tiède additionnée d'une pincée de sucre, puis laisser reposer sans y toucher. Ce réveil de la levure prépare la légère pousse qui allégera la pâte sablée-friable du barazek, contrairement à un sablé pur beurre qui resterait dense. On guette la formation d'une mousse crémeuse en surface, signe que les levures sont actives, avec une odeur légèrement fermentée et sucrée. Si rien ne mousse après 10 minutes, la levure est morte et il faut recommencer avec une eau ni trop chaude ni trop froide (35-38°C), sous peine d'obtenir un biscuit compact au lieu du feuilleté sec attendu.
Le pourquoiL'activation de la levure biologique déclenche une fermentation courte qui allège légèrement la texture sans faire lever le biscuit comme un pain.
Préparation — Pétrir la pâte au beurre clarifié — Sabler la farine avec le beurre clarifié (samneh) fondu tiède du bout des doigts jusqu'à obtenir une texture de sable grossier, puis incorporer le sucre, le sel, l'eau de fleur d'oranger et enfin la levure activée. Ce sablage préalable enrobe les grains de farine de matière grasse avant l'ajout du liquide, ce qui limite le développement du gluten et garantit le croustillant friable si caractéristique du barazek plutôt qu'une pâte élastique. La pâte doit rester légèrement collante et grasse au toucher, jamais lisse et élastique comme une pâte à pain ; elle prend une teinte crème pâle et une odeur beurrée de samneh. Pétrir trop longtemps ou ajouter de la farine pour la rendre moins collante développe le gluten et donne un biscuit dur au lieu de sablé cassant — mieux vaut fariner légèrement les mains que le plan de travail.
Le pourquoiLe sablage farine-matière grasse forme une barrière lipidique autour des molécules de gluten, empêchant leur réseau élastique de se former (effet shortening).
Repos — Laisser reposer la pâte au frais — Couvrir la pâte d'un linge humide ou de film alimentaire et la laisser reposer au réfrigérateur pendant 30 à 45 minutes. Ce repos permet au gluten formé pendant le pétrissage de se détendre et au beurre clarifié de re-figer légèrement, ce qui facilite un façonnage propre sans pâte qui colle aux doigts. On sait que la pâte est prête lorsqu'elle est ferme au toucher mais reste malléable, sans être dure comme au sortir du congélateur. Si la pâte reste trop molle après le repos, la cuisine est probablement trop chaude ; prolonger le passage au froid de 10 minutes évite que les biscuits ne s'étalent en une masse plate au four au lieu de garder leur forme ronde et fine.
Le pourquoiLe repos au froid relâche les tensions du réseau de gluten et solidifie la matière grasse, deux effets qui stabilisent la forme du biscuit à la cuisson.
Préparation — Préparer le bain de dibs et sésame — Torréfier à sec le sésame blanc dans une poêle chaude en remuant constamment jusqu'à ce qu'il blondisse légèrement, puis le mélanger hors du feu avec le dibs dilué d'un peu d'eau tiède jusqu'à obtenir une pâte collante homogène. C'est ce dibs qui remplace le sirop de sucre classique de certaines recettes plus récentes : il apporte au sésame une teinte brun ambré et une note légèrement acidulée-fumée typique du barazek le plus authentique, contre un sirop de sucre neutre qui donnerait un biscuit plus pâle et plus sucré-plat. Le mélange doit napper le dos d'une cuillère sans couler, et dégager une odeur de sésame grillé mêlée au parfum fruité du dibs. Si le mélange sésame-dibs est trop liquide, les biscuits absorberont trop d'humidité et perdront leur croustillant en sortant du four ; il faut alors laisser réduire quelques minutes de plus sur feu doux.
Le pourquoiLa torréfaction du sésame développe des composés de Maillard (pyrazines) qui donnent l'arôme grillé caractéristique, tandis que le dibs apporte sucres et pigments qui bruniront encore à la cuisson.
Façonnage — Façonner les boules et presser les pistaches — Prélever des portions de pâte de la taille d'une noix, les rouler en boules bien lisses entre les paumes, puis presser une face de chaque boule dans les pistaches concassées de façon à bien les incruster. Ce geste fixe la garniture qui distinguera visuellement la face pistache de la face sésame, signature esthétique immédiatement reconnaissable du barazek sur les étals damascènes et palestiniens. La boule doit garder sa forme sans se fissurer sur les bords, et les éclats de pistache doivent adhérer fermement sans tomber au moindre contact. Si les pistaches ne collent pas, la pâte est probablement trop sèche ou trop froide ; humidifier légèrement le bout des doigts avant de presser résout le problème sans détremper la pâte.
Le pourquoiLa pression mécanique ancre les éclats de pistache dans la matière grasse encore malléable de la pâte, qui les fige ensuite à la cuisson.
Façonnage — Tremper dans le sésame-dibs et aplatir très fin — Retourner chaque boule côté nu dans le mélange sésame-dibs pour bien l'enrober, puis la déposer sur la plaque et l'aplatir avec la paume ou le fond d'un verre jusqu'à une épaisseur de 3 à 4 millimètres à peine. Cette finesse est non négociable : un barazek trop épais cuit à cœur avant que la surface ne croustille, perdant l'équilibre craquant qui fait sa réputation face à d'autres biscuits levantins plus moelleux comme le ma'amoul. Le disque obtenu doit être régulier, presque translucide sur les bords, avec le sésame bien visible et collé sur toute la surface. Si la pâte se déchire en aplatissant, fariner légèrement le fond du verre ; si elle refuse de s'aplatir, c'est qu'elle a trop refroidi et qu'il faut la laisser quelques minutes à température ambiante.
Le pourquoiUne épaisseur très fine maximise le rapport surface/volume, ce qui permet une cuisson homogène et un croustillant uniforme jusqu'au centre.
Cuisson — Cuire à four modéré jusqu'au doré — Enfourner les disques espacés sur une plaque recouverte de papier cuisson, dans un four préchauffé à 170°C, et surveiller la cuisson qui prend 15 à 20 minutes selon l'épaisseur. La chaleur modérée permet au sésame et au dibs de caraméliser lentement en surface via la réaction de Maillard sans brûler, pendant que le cœur de la pâte sèche et devient friable. Le biscuit est prêt quand le dessous et les bords prennent une teinte brun doré uniforme, et qu'une légère odeur de sésame grillé et de caramel envahit la cuisine ; le centre reste pâle mais ferme au toucher. Un four trop chaud brûle le sésame en surface avant que l'intérieur n'ait fini de sécher, donnant un goût amer ; mieux vaut alors baisser à 160°C et prolonger légèrement la cuisson.
Le pourquoiLa réaction de Maillard entre les sucres du dibs et les protéines du sésame produit la couleur brun doré et les arômes toastés typiques.
Repos — Laisser refroidir complètement sur la plaque — Sortir la plaque du four et laisser les barazek refroidir entièrement dessus, sans les manipuler, pendant au moins 15 minutes avant de les transférer sur une grille. Ce repos est indispensable car le biscuit est encore souple et fragile à la sortie du four : c'est en refroidissant que le sucre et le dibs caramélisés durcissent et donnent le croustillant final recherché. On sait que le biscuit est prêt à être manipulé quand il casse net sous une légère pression du doigt, avec un bruit sec, plutôt que de plier. Vouloir décoller les biscuits trop tôt les brise ou les déforme, car la structure sucrée n'a pas encore figé ; il vaut mieux patienter que forcer.
Le pourquoiLe sucre et le dibs caramélisés passent d'un état visqueux à un état vitreux cassant en refroidissant, ce qui donne la texture craquante.
Dressage — Dresser en boîte métallique pour le partage — Ranger les barazek refroidis en une seule couche dans une boîte métallique hermétique, éventuellement séparés de papier sulfurisé, à la manière des pâtissiers damascènes qui conditionnaient traditionnellement leurs biscuits pour le colportage et les cadeaux de fête. Ce mode de conservation protège le croustillant de l'humidité ambiante, ennemie numéro un de ce biscuit sec, et permet de les offrir tels quels lors des visites ou des fêtes religieuses. Le biscuit se conserve ainsi croustillant plusieurs semaines si la boîte reste bien fermée ; on le sert traditionnellement avec un thé à la menthe ou un café arabe, jamais seul en dehors d'un moment de partage. Si les biscuits ramollissent après quelques jours, un bref passage de 5 minutes dans un four tiède leur redonne leur croquant avant de les servir.
Le pourquoiL'emballage hermétique limite la reprise d'humidité par les sucres hygroscopiques du dibs, qui ramolliraient sinon rapidement le biscuit.
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Sourcer ou se taire
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