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Atlas Culinaire · Suisse · Basel & Nord-Ouest
La soupe brune à la farine longuement brûlée au beurre, mangée à 4h du matin au Morgenstreich qui ouvre le Carnaval de Bâle
Il est quatre heures du matin. Les lumières de Bâle s'éteignent d'un seul coup — toutes en même temps, comme si la ville retenait son souffle. Puis, dans le silence absolument noir, les premiers tambours commencent à battre. C'est le Morgenstreich, l'ouverture du Carnaval de Bâle, inscrit au patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO depuis 2017, et parmi les traditions les plus étranges et les plus envoûtantes d'Europe. Dans les rues envahies de lanternes gigantesques portées par des milliers de silhouettes masquées, une odeur monte des chaudrons en fonte posés sur les feux de rue : l'odeur âcre et rassurante de la farine torréfiée. C'est la Mehlsuppe, la soupe à la farine, plat sacramentel du Carnaval bâlois.
Les archéologues ont retrouvé des traces de cette préparation à Augusta Raurica, la cité romaine fondée il y a deux mille ans à quelques kilomètres de Bâle, ce qui en ferait l'un des mets les plus anciennement attestés de la cuisine suisse. La farine — ressource précieuse en période d'hiver — était torréfiée à sec dans un chaudron de fonte, sans matière grasse, remuée sans relâche pendant vingt à trente minutes jusqu'à ce qu'elle vire au brun doré profond. C'est cette torréfaction patiente qui lui donne son goût si particulier, à la fois amer et réconfortant, entre le café et la noisette grillée.
Une légende bâloise raconte l'origine de la couleur brune : une cuisinière trop bavarde aurait oublié sa farine sur le feu et, trop économe pour la jeter, aurait poursuivi la recette en faisant mine de rien. Le résultat, jugé délicieux par les convives, aurait immortalisé l'accident. À Bâle, on disait autrefois qu'une jeune fille ne pouvait prétendre au mariage avant de savoir préparer la Mehlsuppe à la perfection — test de compétence domestique et de caractère tout à la fois. Aujourd'hui encore, mangée dans la rue à l'aube, les mains réchauffées contre le bol de faïence, entourée du fracas des tambours et des clochettes, elle est bien davantage qu'une soupe : elle est le rite de passage dans la folie organisée du Carnaval.
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Éplucher et émincer très finement l'oignon. Préparer le bouillon et le maintenir bien chaud dans une casserole à côté : il sera ajouté progressivement et ne doit jamais être versé froid sur la farine torréfiée.
Faire fondre le beurre dans une grande casserole à fond épais, retirer du feu et y mélanger la farine. Remettre sur feu doux et torréfier la farine sans relâche, en remuant à la spatule, 20 à 30 minutes jusqu'à une couleur brun caramel et un arôme de noisette grillée.
Ajouter l'oignon émincé dans le roux brun et le faire suer 2 à 3 minutes en remuant, jusqu'à ce qu'il devienne translucide et parfume la farine torréfiée.
Verser environ 5 dl de bouillon chaud sur le roux en fouettant énergiquement pour dissoudre tous les grumeaux. Porter à ébullition en remuant, puis ajouter encore 1 litre de bouillon et saler légèrement.
Baisser le feu et laisser mijoter doucement environ 1 heure, en remuant de temps en temps et en ajoutant le reste du bouillon au fur et à mesure que la soupe épaissit. Elle doit devenir brune, onctueuse et nappante.
Rectifier le sel, parfumer de muscade fraîchement râpée (ou d'un peu de cumin) et, selon l'école, ajouter le vin rouge — 4 cuillères en assaisonnement ou un trait plus généreux pour une version bâloise plus rustique. Passer au chinois si l'on veut une soupe très lisse, puis redonner un bouillon.
Mettre le lait et le Gruyère râpé au fond de la soupière (ou des bols), puis verser la soupe bouillante dessus en remuant pour faire fondre et lier le fromage. Servir aussitôt, brûlant.
Servir très chaude, idéalement avec une Zwiebelwähe (tarte à l'oignon) ou une Käsewähe (tarte au fromage). À Bâle, c'est l'écuelle que l'on engloutit dans les caves et restaurants à 4h du matin, juste après le Morgenstreich qui ouvre le Carnaval, lumières éteintes.
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