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Atlas Culinaire · Suisse · Europe
Le pain de l'Avent suisse-alĂ©manique â une fine pĂąte levĂ©e enroulĂ©e autour d'une garniture dense et Ă©picĂ©e de poires sĂ©chĂ©es de montagne, figues, raisins, noix et kirsch
Le Birnbrot â littĂ©ralement « pain de poires » â est l'une des plus anciennes pĂątisseries des Alpes suisses. Ses racines plongent dans la frugalitĂ© des hautes vallĂ©es mĂ©diĂ©vales des Grisons et d'Appenzell, lĂ oĂč l'hiver dure sept mois et oĂč chaque fruit sĂ©chĂ© comptait pour survivre. DĂšs le XIVe siĂšcle, les paysannes du Domleschg â cette vallĂ©e du Rhin entaillĂ©e entre Coire et Thusis, plantĂ©e de poiriers depuis l'Ă©poque romaine â apprirent Ă faire durer leurs rĂ©coltes : les poires d'automne, tranchĂ©es et sĂ©chĂ©es sur des clayettes au-dessus des poĂȘles Ă bois, devenaient une monnaie comestible que l'on enfermait dans une croĂ»te de seigle pour traverser l'hiver. Ce n'Ă©tait pas une douceur : c'Ă©tait un pain de survie.
La bascule vers le plaisir s'opĂšre au dĂ©but du XIXe siĂšcle. Les routes alpines s'ouvrent, les Ă©pices de l'Orient arrivent plus facilement â cannelle de Ceylan, girofle des Moluques, anis de Syrie, coriandre. Les boulangers de Coire et de Glaris absorbent ces saveurs dans leurs farces, les pĂątisseries professionnelles prennent la main sur les cuisines paysannes, et le Birnbrot devient progressivement un cadeau de NoĂ«l, une friandise de l'Avent. C'est Ă cette Ă©poque que les deux grandes Ă©coles se sĂ©parent dĂ©finitivement : les Grisons (BĂŒndner Birnbrot) gardent les tranches de poires sĂ©chĂ©es entiĂšres, rĂ©hydratĂ©es Ă l'eau-de-vie de poire ou Ă l'eau de rose, pour prĂ©server la mĂąche et le parfum sauvage du fruit. Glaris (Glarner Birnbrot) choisit de cuire et mixer les poires en purĂ©e, obtenant une farce plus lisse et plus douce. Toggenburg, entre les deux, mĂ©lange pĂąte de pain complet dans la farce avant d'envelopper le tout dans une croĂ»te de levure.
Dans les Grisons, la farce canonique associe poires des Bergell sĂ©chĂ©es, figues turques, raisins secs de Corinthe, noix fraĂźches concassĂ©es, zestes confits de cĂ©drat, et un soupçon de kirsch ou d'eau-de-vie locale. La croĂ»te est en pĂąte levĂ©e dorĂ©e Ă l'Ćuf, fine et croustillante, contrastant avec la densitĂ© fondante de l'intĂ©rieur. On façonne gĂ©nĂ©ralement un cylindre que l'on incise lĂ©gĂšrement sur le dessus avant d'enfourner Ă four modĂ©rĂ© pendant quarante-cinq minutes. Le rĂ©sultat tranche, dense et parfumĂ©, se garde plusieurs semaines dans un linge propre : c'est exactement ce que demandait l'Avent montagnard, oĂč l'on ouvrait le Birnbrot le soir du 24 dĂ©cembre comme on aurait ouvert un trĂ©sor.
Aujourd'hui classé au Patrimoine culinaire suisse, le Birnbrot est vendu toute l'année dans les boulangeries des Grisons, mais sa pleine vérité reste saisonniÚre. Novembre et décembre, quand les poires séchées de la récolte d'automne sont à leur point, les fours des vallées grisonaises embaument à nouveau de cannelle et de girofle. La grand-mÚre qui l'enfourne ce soir-là est la petite-fille directe des paysannes du Domleschg qui séchaient leurs poires sur des planches de bois. Le geste n'a pas changé, seul le but a changé : de la survie à la célébration.
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La veille, faire tremper les poires séchées toute une nuit dans de l'eau froide (ou un fond de thé) pour les réhydrater et les attendrir. Tremper aussi raisins secs et figues si elles sont trÚs sÚches.
Ăgoutter les poires (rĂ©server un peu d'eau de trempage) et les faire mijoter quelques minutes jusqu'Ă ce qu'elles soient tendres. Les hacher finement avec les figues, au couteau ou au hachoir, jusqu'Ă une pĂąte Ă©paisse.
Mélanger les poires et figues hachées avec les raisins secs, les noix concassées, les écorces confites, le miel et les épices à birnbrot. Ajouter le kirsch EN DERNIER et bien amalgamer. Couvrir et laisser reposer au frais.
Délayer la levure émiettée dans le lait tiÚde avec une pincée de sucre. Mélanger farine, sucre et sel, creuser un puits, y verser le lait à la levure et le beurre fondu tiédi. Pétrir en une pùte souple et lisse.
Couvrir la pùte d'un linge et la laisser lever à température ambiante, à l'abri des courants d'air, jusqu'à ce qu'elle double de volume. Pendant ce temps, sortir la garniture du frais pour qu'elle revienne en température.
Abaisser la pùte en un grand rectangle fin (épaisseur d'un dos de couteau). Façonner la garniture en un long boudin et le déposer au centre. Rabattre la pùte autour pour enfermer entiÚrement la garniture, souder les bords et les extrémités.
Laisser reposer le rouleau 20 Ă 30 min sur la plaque. Badigeonner toute la surface de jaune d'Ćuf dĂ©layĂ© au lait, puis piquer gĂ©nĂ©reusement Ă la fourchette sur le dessus et les cĂŽtĂ©s.
Enfourner dans un four préchauffé à 180-200°C et cuire environ 45 à 50 min, jusqu'à ce que le pain soit bien doré et sonne creux. Couvrir d'un papier cuisson en fin de cuisson s'il colore trop vite.
Servir tranché en fines tranches, nature ou beurré, avec un café, un vin chaud ou un plateau de fromages. Emballé dans une feuille et conservé au frais, le birnbrot se garde environ deux semaines et se bonifie.
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