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Atlas Culinaire · Chine · Asie
Le pot en terre cuite de Leshan — brochettes de poulet froid nappées de sauce mala au sésame, signature absolue de la street food de Chengdu
La première controverse fondamentale oppose la version froide historique de Leshan (leshan paixi) à la version chaude contemporaine de Chengdu dite « 热钵钵鸡 » (rè bō bō jī) : dans la version froide originelle, les brochettes trempent dans un pot de sauce à température ambiante ou réfrigérée, ce qui préserve le croquant des légumes et le moelleux du poulet ; la version chaude, popularisée dans les années 2010 à Chengdu par les chaînes commerciales comme 李记 (Lǐ Jì) et 张二娃 (Zhāng Èrwá), fait tremper les brochettes dans un bouillon chaud épicé proche du mala tang — une trahison pour les puristes de Leshan qui rappellent que le nom même «钵钵» désigne le pot en terre FROID, et non un récipient chauffant (source : sichuan.scol.com.cn/ggxw/202212/58778864.html ; Fuchsia Dunlop, Land of Plenty, 2003). La deuxième querelle porte sur la composition des brochettes : la version dite « pure » (纯鸡版) de Ye Chunlan, fondatrice historique en 1985 devant le collège de Jiazhou, ne comportait que du poulet blanc et ses abats — alors que les versions commerciales contemporaines mêlent librement légumes (lotus, pommes de terre, tofu, champignons), tentacules de seiche et même tripes de porc, ce qui fait techniquement basculer le plat vers la catégorie 串串香 (chuànchuàn xiāng), à la grande indignation des traditionalistes de Leshan qui réclament depuis 2018 une indication géographique protégée auprès de l'administration CNIPA (source : meishichina.com, 2021 ; baike.baidu.com/item/钵钵鸡). Troisième friction : la présence ou l'absence de 芝麻酱 (zhīma jiàng, pâte de sésame) dans la sauce — la version Leshan la plus ancienne ne comprenait que huile pimentée rouge (红油) + bouillon de poulet + poivre de Sichuan + ail, sans sésame, alors que la version « crémeuse » actuelle dominante à Chengdu et dans les diasporas chinoises mondiales incorpore systématiquement la pâte de sésame pour un rendu plus riche, assimilant à tort le plat au 口水鸡 (kǒu shuǐ jī, « poulet salive ») qui est un plat distinct (source : cookingbomb.com/blogs/recipes/bo-bo-ji ; Fuchsia Dunlop, Land of Plenty, p. 272).
Bière lager fraîche (Tsingtao, Snow Beer) — la carbonatation et le froid contrebalancent le mala ; thé vert Sichuan (竹叶青 Zhúyèqīng) glacé en alternative sans alcool pour dégraisser le palais entre deux brochettes
9/10 — La 钵钵鸡 est l'un des snacks de rue les plus reconnaissables de Chengdu avec le 担担面 (dàndàn miàn) et le 麻辣烫 (málà tàng) ; sur Dianping (大众点评), les vendeurs emblématiques du quartier Jinli (锦里) et de la rue Jinshang (金沙路) cumulent des milliers d'avis 5 étoiles ; en 1990 la钵钵鸡 a reçu le Prix du Snack de Qualité de la Ville de Chengdu (成都市优质小吃奖) et en 1991 le label Snack Premium du gouvernement municipal ; depuis 2016 le format franchisé s'est propagé à Shanghai, Beijing, Guangzhou et dans les diasporas chinoises de Paris, Londres et New York.
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Mélanger les deux piments moulus, les graines de sésame et le poivre du Sichuan moulu dans un bol en acier inoxydable profond (anticiper les projections). Faire chauffer l'huile de colza à feu vif jusqu'à 200°C (une baguette plongée dans l'huile doit produire immédiatement de petites bulles vives). Faire revenir rapidement les échalotes émincées à 160°C jusqu'à légère coloration dorée, les retirer à l'écumoire. Verser un premier tiers de l'huile très chaude (190-200°C) sur les piments en cercles lents en remuant immédiatement : les capsaïcines et les liposolubles aromatiques s'extraient à haute température et la première versée fixe la couleur rouge vif. Attendre que l'huile descende à 160°C et verser le deuxième tiers : cette température libère les arômes plus délicats des piments Er Jing Tiao. Verser le dernier tiers à 130°C pour les notes les plus fines. Laisser refroidir complètement sans couvrir, puis filmer et laisser reposer une nuit entière à température ambiante.
Rincer le poulet entier à l'eau froide, retirer les restes de plumes et nettoyer la cavité. Placer dans une grande casserole et couvrir d'eau froide (environ 2,5 L). Porter à ébullition à feu vif, écumer soigneusement toutes les impuretés grises qui remontent en surface pendant 5 minutes — cette étape est fondamentale pour un bouillon clair et sans odeur. Ajouter le gingembre écrasé, les tiges de ciboule nouées, les grains de poivre du Sichuan et le vin de Shaoxing. Réduire à feu très doux : le bouillon doit frémir légèrement en surface (85-90°C, jamais en pleine ébullition). Cuire 35-40 min selon la taille du poulet. Piquer la cuisse avec une aiguille : le jus doit sortir clair sans trace rosée. Éteindre le feu, couvrir et laisser le poulet dans le bouillon chaud encore 15 minutes (méthode poaching) — la chair continue de cuire doucement et reste incroyablement juteuse.
Préparer un grand bain d'eau glacée dans un saladier profond (eau + glaçons abondants). Sortir le poulet délicatement du bouillon à l'aide de deux grandes cuillères sans percer la peau. L'immerger immédiatement dans l'eau glacée pendant 10-15 minutes : le choc thermique contracte la peau, la rend brillante, légèrement gélatineuse et ferme — c'est la signature visuelle du bon 白切鸡. Réserver le bouillon de cuisson : le filtrer et laisser refroidir complètement, il servira de base liquide du pot. Sortir le poulet du bain glacé, égoutter et sécher soigneusement avec du papier absorbant. Désosser entièrement et découper en morceaux réguliers de 3×4 cm. Couper les ailes aux articulations. Enfiler sur les brochettes de bambou (2-3 morceaux par brochette selon taille).
Cuire les gésiers dans de l'eau bouillante légèrement salée pendant 15-20 min jusqu'à ce qu'ils soient tendres mais encore résistants — les inciser en croix au couteau pour accélérer la pénétration de la sauce. Cuire les foies séparément 5-6 min à eau frémissante (jamais à pleine ébullition pour éviter une texture granuleuse). Refroidir immédiatement les abats dans l'eau glacée, égoutter et enfiler sur brochettes séparées. Pour les légumes : blanchir la racine de lotus 3 min, les pommes de terre 6-8 min, les champignons 3 min et le tofu 2 min dans de l'eau bouillante non salée. Transférer chaque légume immédiatement dans l'eau glacée au fur et à mesure. Réhydrater les algues séchées 30 min à l'eau froide, couper en carrés. Égoutter et sécher toutes les brochettes.
Délayer la pâte de sésame dans 3 c.à.s. de bouillon de poulet froid en fouettant énergiquement jusqu'à obtenir une crème homogène sans grumeaux (la pâte de sésame pure est épaisse et huileuse — elle doit être hydratée progressivement). Dans un grand bol, mélanger le bouillon de poulet filtré froid, l'huile rouge pimentée reposée, la pâte de sésame délayée, l'ail haché finement, la sauce soja, le vinaigre de riz et le sucre. Goûter et ajuster l'équilibre : piquant (plus d'huile rouge), gras/crémeux (plus de sésame), acide (vinaigre), sucré (sucre), salé (sauce soja + sel). Ajouter le poivre du Sichuan supplémentaire pour intensifier le 麻 (engourdissement). Finir avec l'huile de sésame grillé en filet. La sauce doit être fluide mais nappante — si trop épaisse, ajouter quelques c.à.s. de bouillon froid.
Choisir un pot en terre cuite ou un bol profond d'environ 3 L (le pot en terre cuite traditionnel de Leshan est idéal — il conserve le froid et diffuse les arômes lentement). Verser la sauce préparée dans le fond du pot (environ 500-600 ml au total). Plonger toutes les brochettes verticalement dans la sauce en alternant poulet, légumes et abats. Les brochettes doivent tremper aux trois quarts dans la sauce. Couvrir d'un film alimentaire et réfrigérer au minimum 30 minutes pour que les saveurs pénètrent profondément. Idéalement, laisser 1-2 heures pour une imprégnation optimale — c'est la différence entre une sauce en surface et une sauce en profondeur.
Sortir le pot du réfrigérateur et le laisser revenir 5-10 minutes à température ambiante avant le service — la sauce trop froide perd en fluidité et les arômes du sésame et du poivre sont moins expressifs. Disposer le pot au centre de la table, les convives choisissent leurs brochettes librement et les trempent eux-mêmes dans la sauce — c'est un plat convivial et participatif, emblème de la culture street food de partage de Chengdu (分享 fēnxiǎng). Prévoir une cuillère pour récupérer la sauce au fond du pot et en napper les brochettes. Accompagner de riz blanc vapeur pour contre-balancer le mala intense, ou de tranches de pain mantou grillé (馒头 mántou) pour éponger la sauce.
La sauce restante après consommation des brochettes est un trésor : y plonger des vermicelles de patate douce (红薯粉丝) froids préalablement réhydratés pour un second service express. Les brochettes non consommées se conservent 24 heures au réfrigérateur dans la sauce — les légumes seront encore plus imprégnés. Ne jamais conserver plus de 24h (poulet cuit froid + sauce acide = risque bactérien). En version végétarienne intégrale (吃素 chī sù), remplacer entièrement le poulet par tofu soyeux, champignons enoki, racine de lotus, pommes de terre et pousses de bambou — le bouillon est remplacé par un bouillon dashi ou shiitake maison refroidi ; la sauce sésame-huile rouge reste identique.
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Sourcer ou se taire
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