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Atlas Culinaire · Cambodge · Asie
Le congee des pêcheurs du Tonlé Sap — riz fondant, chair feuilletée de poisson-tête-de-serpent, bouillon parfumé à la citronnelle et au galanga, couronné d'herbes fraîches croquantes.
La principale controverse autour du Bobor Sach Trey oppose une vision « bobor kreung » aromatisée — soutenue par le chef Joannès Rivière (Cuisine Wat Damnak, Siem Reap, premier restaurant cambodgien classé dans la liste Asia's 50 Best en 2015) qui défend l'usage d'une pâte kroeung légère au galanga, citronnelle et feuilles de combava pour exhausser le bouillon de cuisson (source : http://chefsandwich.blogspot.com/2012/02/importance-of-freshwater-fish-to.html) — à une vision « bobor saw trey » minimaliste, populaire dans les villages du Lac, où seuls le poisson, le riz brisé, le gingembre et la sauce poisson suffisent, sans pâte. Par ailleurs, la querelle sur la variété de poisson est vive : les pêcheurs du Tonlé Sap revendiquent le trey riel (carpe des boues, Henicorhynchus siamensis), poisson identitaire de la saison sèche décembre-mars utilisé aussi pour le prahok, tandis que les cuisiniers urbains privilégient le trey snak (poisson-tête-de-serpent, Channa striata) ou le trey andeng (silure) pour leur chair ferme qui ne s'émiette pas à la cuisson longue. Enfin, le prahok en option — fermented fish paste considérée comme 'l'âme de la cuisine khmère' selon Kao Sochivi, fonctionnaire du ministère cambodgien de l'Agriculture — est défendu par les partisans de la version campagnarde mais rejeté dans la version citadine qui juge son odeur incompatible avec un petit-déjeuner de restaurant.
Thé de jasmin chaud ou eau citronnée ; la tradition bouddhiste et le contexte petit-déjeuner excluent l'alcool — accord alcool null.
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Verser 2 litres d'eau dans une grande casserole. Ajouter la citronnelle écrasée, les tranches de galanga et de gingembre, les feuilles de combava froissées, les gousses d'ail écrasées avec leur peau, et 1 cuillère à café de sel. Porter à ébullition à feu vif, puis réduire immédiatement à feu doux-moyen et laisser infuser 10 minutes à couvert. Le bouillon doit embaumer la citronnelle et le combava sans être trop concentré. Goûter : le galanga doit dominer légèrement, donnant un fond terreux et épicé qui servira d'ossature au bobor.
Rincer le riz brisé sous l'eau froide jusqu'à ce que l'eau soit claire (3-4 rinçages). Retirer la citronnelle, le galanga et le gingembre du bouillon avec une écumoire, en laissant l'ail et les feuilles de combava. Ajouter le riz rincé directement dans le bouillon aromatique encore chaud. Porter à frémissement, puis réduire à feu très doux. Remuer toutes les 10 minutes pour éviter que le riz ne colle au fond. Laisser cuire 40 à 45 minutes : le riz doit se décomposer partiellement et la consistance atteindre celle d'une bouillie onctueuse mais fluide. Si trop épais, ajouter de l'eau chaude par louches de 100 ml.
Pendant la cuisson du riz, détailler les filets de poisson en tronçons de 4-5 cm. Vérifier l'absence d'arêtes en passant le doigt à contre-courant sur chaque filet. Arroser avec 1 cuillère à soupe de sauce poisson et le poivre de Kampot moulu. Mélanger délicatement et laisser reposer 10-15 minutes à température ambiante. Cette pré-assaisonnement léger permet à la chair de rester ferme à la cuisson et d'absorber les arômes sans masquer la douceur naturelle du poisson de rivière.
Quand le riz a atteint la consistance onctueuse souhaitée (après 40-45 min), plonger les tronçons de poisson directement dans le bobor frémissant. Mélanger très délicatement pour ne pas casser les morceaux. Laisser frémir à feu doux 8 à 12 minutes : le poisson est cuit quand il passe du translucide au blanc nacré et se défait en feuillets au contact d'une fourchette. Ajuster l'assaisonnement avec la seconde cuillère à soupe de sauce poisson — goûter avant d'ajouter, le bouillon aura déjà concentré les saveurs.
Pendant les dernières minutes de cuisson du poisson, préparer les garnitures. Faire frire l'ail émincé dans une petite casserole avec 3 cuillères à soupe d'huile neutre, à feu moyen, en remuant constamment jusqu'à coloration dorée pâle (attention : l'ail brunit vite). Égoutter sur du papier absorbant — il continue de cuire hors de l'huile par inertie. Ébouillanter les germes de soja 30 secondes dans de l'eau bouillante salée, égoutter et refroidir sous l'eau froide. Ciseler finement les oignons verts, cueillir les feuilles de coriandre, froisser légèrement l'herbe de rizière entre les doigts pour libérer son parfum.
Verser le bobor bien chaud dans des bols profonds en remplissant aux trois quarts. Déposer quelques morceaux de poisson en évidence, côté feuilleté visible. Ajouter une petite poignée de germes de soja ébouillantés, quelques rondelles d'oignon vert, des feuilles de coriandre entières, et l'herbe de rizière froissée. Parsemer d'ail frit et d'échalotes frites. Placer un quartier de citron vert sur le bord du bol. Servir immédiatement avec la sauce poisson, le piment tranché et le poivre de Kampot à disposition pour assaisonnement personnel à table.
Pour la version campagnarde authentique du Tonlé Sap, proposer une petite soucoupe de prahok (pâte de poisson fermentée) dilué dans un peu d'eau et mélangé à du piment et du citron vert. Ce condiment pungent est l'âme de la table rurale cambodgienne, selon les pêcheurs du lac. En contexte urbain ou de restaurant, remplacer par une cuillère de tuk trey phem (sauce poisson sucrée-pimentée). Ces deux variantes illustrent la fracture ville-campagne dans la manière de consommer le bobor sach trey.
astuce pêcheurs — Dans les familles de pêcheurs du Tonlé Sap, la version la plus économique et la plus savoureuse consiste à faire dorer les arêtes et la tête du poisson à sec dans une poêle 3-4 minutes avant de les plonger dans l'eau froide de départ. Ce bouillon d'arêtes maison — filtré avant l'ajout du riz — donne une profondeur umami que nulle tablette de bouillon n'égale. C'est la touche terrain qui distingue le bobor de rue du bobor de cuisine domestique dans les villages lacustres de Siem Reap, Pursat et Battambang.
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Sourcer ou se taire
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