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Atlas Culinaire · Viêt Nam · Asie
Les vermicelles des pagodes de Huế, bouillon de légumes embaumé au lemongrass et tofu croustillant, pour les jours de lune.
Le débat le plus vif autour du bún chay Huế porte sur le rôle du chao Huế (tofu fermenté local) dans le bouillon : pour les cuisinières traditionnelles de la ville, comme l'explique l'article de Tuổi Trẻ (mars 2026), 'sans chao Huế, on perd la moitié du goût' — c'est l'umami végétal irremplaçable qui distingue la version locale des adaptations extérieures. Face à ce courant, les monastères de Huế (notamment Từ Đàm et Báo Quốc) prônent au contraire une formule strictement monastique ('chay nhà chùa') sans chao, en raison de son caractère fermenté qui passerait pour 'mondain', lui substituant une pâte de crevettes végétalienne (mắm ruốc chay) plus neutre sur le plan spirituel. La narratrice culinaire Vietnam.vn note que, dès le début du XXe siècle, des concubines du roi Thành Thái et des filles de hauts fonctionnaires devenues nonnes ont transféré les techniques de la cuisine de cour ('chay cung đình', dont la tradition remonte à 1807 et au rituel Nam Giao) vers les cuisines des pagodes, créant une hybridation permanente entre raffinement impérial et austérité bouddhique — hybridation au cœur du débat contemporain sur la 'vraie' version du bún chay Huế.
Thé vert vietnamien (trà xanh) ou thé au lotus de Huế, servi chaud ; pour une option légèrement sucrée, jus de sucre de canne frais (nước mía) — accord classique des restaurants chay de Huế. Aucun alcool dans le contexte bouddhique traditionnel.
8/10 — Le bún chay Huế jouit d'une popularité exceptionnelle à Huế, notamment les 1er et 15e jours du calendrier lunaire où toutes les boutiques de bún bò basculent en version végétarienne. La tradition est documentée par l'office du tourisme de Thừa Thiên-Huế (khamphahue.com.vn) et Quà Huế Online, et ce plat est devenu l'une des expériences culinaires phares recommandées aux visiteurs étrangers pour découvrir la philosophie bouddhique de Huế.
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Passez le gingembre et les échalotes pelées directement sur la flamme du gaz (ou sous le grill) jusqu'à noircissement partiel en surface — comptez 3-4 minutes de chaque côté. Cette carbonisation légère libère des composés de Maillard qui ajoutent une dimension fumée et une douceur caramélisée au bouillon, signature des soupes vietnamiennes de centre. Grattez la peau brûlée sous l'eau froide et réservez. Écrasez les tiges de lemongrass avec le plat d'un couteau, nouez-les en fagot.
Dans une grande marmite, réunissez 2,5 L d'eau froide avec le daikon, les carottes, le maïs, l'oignon, l'ananas, le fagot de lemongrass, le gingembre brûlé, les champignons shiitake réhydratés (et leur eau filtrée), l'anis étoilé et la cannelle. Portez à ébullition à feu vif, écumez soigneusement la mousse qui se forme en surface les 10 premières minutes — c'est ce qui garantit un bouillon limpide. Réduisez à feu doux et laissez mijoter 60 minutes à couvert, jusqu'à ce que les légumes aient rendu toute leur douceur.
Retirez tous les légumes solides (daikon et carottes peuvent être gardés en garniture). Chauffez 3 cs d'huile végétale avec 1 cc de graines d'annatto à feu doux 2 minutes jusqu'à couleur orangée, filtrez et réservez cette huile rouge. Dans une louche de bouillon chaud, délayez le chao Huế jusqu'à obtenir une purée lisse — passez au tamis fin avant d'incorporer au bouillon pour éviter les grumeaux. Ajoutez l'huile d'annatto, la sauce soja, le sucre de roche, la poudre d'assaisonnement et le sel. Goûtez : le bouillon doit être doux-savant-épicé, avec un fond umami marqué par le chao ou la pâte de crevettes végétarienne.
Hachez finement la partie blanche du lemongrass au robot jusqu'à obtenir une texture quasi-pâteuse. Faites chauffer l'huile végétale à feu moyen dans une petite casserole, puis faites revenir l'ail et les échalotes 1 minute. Ajoutez le lemongrass haché et faites sauter 3-4 minutes en remuant constamment jusqu'à ce qu'il devienne doré et très aromatique. Incorporez le piment et mélangez 30 secondes hors du feu. La sa tế se conserve au réfrigérateur dans un pot hermétique jusqu'à 2 semaines.
Coupez le tofu ferme en cubes de 3 cm, essuyez bien avec du papier absorbant. Faites frire dans 3 cm d'huile à 180°C jusqu'à croûte dorée et croustillante, 4-5 minutes par fournée — le tofu doit être bien sec avant la friture pour éviter les projections. Blanchissez les pousses de bambou deux fois 10 minutes dans l'eau bouillante salée pour éliminer l'amertume. Réhydratez les champignons oreille-de-bois 20 minutes dans l'eau tiède, puis émincez. Coupez les champignons de paille en deux, faites revenir rapidement à feu vif dans 1 cs de sauce soja.
Faites cuire les vermicelles bún bò épaisses 5-7 minutes dans une grande casserole d'eau bouillante non salée, jusqu'à ce qu'elles soient souples sans être molles — testez en coupant : le centre doit être opaque blanc, sans fil blanc dur. Rincez immédiatement sous l'eau froide pour stopper la cuisson et éviter que les nouilles ne collent. Égouttez soigneusement et réservez à température ambiante, jamais au réfrigérateur (elles durciraient).
Disposez les bún chaudes dans un grand bol creux préchauffé. Arrangez artistiquement par-dessus le tofu frit, les champignons, les pousses de bambou, les feuilles de tofu réhydratées et les tranches de chả chay. Versez le bouillon bien chaud (minimum 85°C) à la louche par-dessus — le choc thermique est essentiel pour que les arômes s'expriment pleinement. Garnissez d'oignons verts émincés, de coriandre et d'un filet d'huile d'annatto. Servez immédiatement avec la sa tế chay, la fleur de bananier, les germes de soja, les herbes fraîches et des quartiers de citron vert à disposition.
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