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Atlas Culinaire · Suisse · Europe
La soupe d'hiver tessinoise aux tripes longuement mijotées avec haricots borlotti et légumes, parfumée à la sauge et servie sous une neige de Sbrinz rùpé
Dans le dialecte lombard, busecca dĂ©signe la panse, les boyaux â busecch, du vieux germanique butze, les entrailles. Le mot lui-mĂȘme est une dĂ©claration : voici un plat de pauvres, construit sur ce que le riche dĂ©daignait et que le travailleur faisait mijoter des heures. Ă Milan, oĂč la recette est attestĂ©e depuis le Moyen Ăge, le Milanais fier de ses tripes s'appelait lui-mĂȘme buseccone â gros mangeur de panse â avec une ironie qui Ă©tait en rĂ©alitĂ© un titre de noblesse populaire [Divina Milano, 2024].
Le lien entre le Tessin et Milan est gĂ©ographique autant que culinaire. Pendant des siĂšcles, Lugano et Bellinzone gravitaient dans l'orbite lombarde : mĂȘme langue, mĂȘmes marchĂ©s, mĂȘmes cucines. La busecca traversait le Monte Ceneri comme une Ă©vidence. Au Tessin, elle gagne en lĂ©gĂšretĂ© et en parfums : la marjolaine, la sauge, le basilic frais viennent dĂ©poser sur le fond de tripes une couverture aromatique qu'on ne retrouve pas dans la version milanaise plus austĂšre [almanach.ch, 2024]. La version tessinoise est aussi une soupe â plus liquide, plus bouillon, servie avec une croĂ»te de pain frotĂ©e Ă l'ail et du fromage de montagne rĂąpĂ©. La version milanaise tend davantage au ragoĂ»t dense.
Traditionnellement Ă Milan, la busecca Ă©tait le plat du soir de NoĂ«l â la Vigilia, repas maigre selon les rĂšgles catholiques, oĂč la viande rouge Ă©tait proscrite mais les abats tolĂ©rĂ©s. Les familles ouvriĂšres rĂ©servaient leurs tripes depuis des jours, les faisaient blanchir deux fois, les faisaient cuire lentement avec des haricots blancs, du cĂ©leri, de la carotte, de la tomate et du bouillon de bĆuf. Au Tessin, on la retrouve aussi sur les tables de la Saint-Martin, en novembre, quand les caves se remplissent de vin nouveau [notrehistoire.ch].
La patience est la technique. Les tripes doivent cuire Ă couvert, Ă feu trĂšs doux, pendant deux heures au minimum â certaines familles tessinoises parlent de trois heures pour atteindre la tendretĂ© qui se coupe Ă la cuillĂšre sans rĂ©sister [Swissmilk, 2024]. Le secret supplĂ©mentaire est le fromage de montagne tessinois rĂąpĂ©, servi en abondance au moment du service â il fond lentement dans le bouillon chaud et crĂ©e une liaison grasse qui adoucit l'aciditĂ© de la tomate. Un filet d'huile d'olive Ă cru ferme le plat.
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La veille, mettre les haricots borlotti secs à tremper dans un grand volume d'eau froide pendant au moins 12 h. Ce trempage long est indispensable pour qu'ils cuisent uniformément et restent entiers dans la soupe.
Rincer longuement les tripes à l'eau courante froide pour les débarrasser de toute impureté. Les plonger dans 3 l d'eau avec l'oignon piqué du clou de girofle, la branche de céleri et un peu de sel. Porter à frémissement et laisser cuire doucement environ 3 h, jusqu'à ce qu'elles soient tendres.
Ăgoutter les tripes cuites, les rincer Ă l'eau froide puis les dĂ©tailler en fines laniĂšres rĂ©guliĂšres. RĂ©server. Jeter les aromates du bouillon de prĂ©cuisson.
Ăgoutter les haricots trempĂ©s et les cuire dans un grand volume d'eau non salĂ©e jusqu'Ă ce qu'ils soient tendres, 45 min Ă 1 h. Ajouter le chou finement Ă©mincĂ© dans les 5 derniĂšres minutes, puis Ă©goutter le tout.
Dans une grande cocotte, faire fondre le beurre et y faire revenir l'oignon haché et l'ail pressé. Ajouter les dés de lard et laisser suer quelques minutes. Incorporer carottes, poireau, céleri et pommes de terre, et faire revenir doucement pour bien les enrober.
Ajouter les tomates concassées (ou le concentré) et les laniÚres de tripes dans la cocotte. Mélanger et laisser prendre les saveurs quelques minutes à feu moyen, en assaisonnant de sel et de poivre.
Verser le bouillon de viande pour couvrir, porter à ébullition puis baisser le feu. Ajouter les haricots et le chou égouttés et les pommes de terre, et laisser mijoter à couvert 30 à 40 min, jusqu'à ce que tout soit fondant et que la soupe ait épaissi.
En toute fin de cuisson, incorporer une purée de sauge, marjolaine et basilic frais hachés. Chauffer briÚvement sans bouillir pour préserver le parfum des herbes, puis rectifier l'assaisonnement.
Répartir la busecca brûlante dans des assiettes creuses chaudes. Parsemer de persil haché, couvrir d'une généreuse pluie de Sbrinz AOP rùpé et d'un filet d'huile d'olive. Servir avec des tranches de pain rustique grillé.
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