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Atlas Culinaire · Chine · Asie
Le 粿 des auspices : un navet blanc râpé, à peine lié de farine de riz, cuit à la vapeur en bloc nacré, puis poêlé en carrés dorés — croustillant dehors, fondant dedans, parfumé aux crevettes séchées. Pilier du yum cha Chaozhou et du hawker singapourien, il s'offre au Nouvel An (萝卜 = 彩头, « bonne fortune »).
Le Cai Tou Kueh concentre des débats autour de son identité, de sa formule et de la manière de le finir. PREMIÈRE CONTROVERSE — DEUX TRADITIONS, UN NOM : Wikipedia (Chai tow kway, consulté 2026) et le site communautaire ieatishootipost.sg (Leslie Tay, 2015) distinguent nettement la version Chaozhou-Teochew (菜头粿, 潮州), très riche en navet blanc et pauvre en farine — le navet doit « exprimer » son eau dans la pâte —, et la version cantonaise de Hong Kong (蘿蔔糕, Lo Bak Go), plus dense, incorporant saucisse chinoise (臘腸), champignons séchés, crevettes et parfois jambon de Jinhua (金華火腿). Les Teochew défendent que leur version laisse la saveur du navet primer ; les puristes cantonais répondent que sans garnitures le gâteau manque de corps. La ligne de fracture reflète deux modèles économiques : la 粿 Chaozhou est une cuisine paysanne frugale, le Lo Bak Go est un plat de maison de thé (茶楼) élaboré. DEUXIÈME CONTROVERSE — BLANC OU NOIR (la guerre des sauces) : la version singapourienne du Chai Tow Kway, popularisée dans les hawker centres depuis les années 1960, se décline en deux camps stricts — la version « blanche » (白) : carrés de gâteau poêlés avec oeufs, ail et oignons verts, assaisonnée de sauce de poisson légère sans couleur ; et la version « noire » (黑) où la sauce soja noire (黑酱油) est ajoutée en fin de cuisson, caramélisée au wok, donnant une couleur sombre et un goût sucré-fumé. Leslie Tay (ieatishootipost.sg 2015) note qu'aucun des deux camps ne concède la supériorité à l'autre. TROISIÈME CONTROVERSE — POÊLÉ EN CARRÉS OU EN TRANCHES : la découpe traditionnelle Chaozhou est en blocs épais (carrés d'environ 4-5 cm), qui croustillent sur deux faces larges en gardant un cœur moelleux ; la version dim sum cantonaise est découpée en tranches fines rectangulaires et poêlée jusqu'à dorure totale, plus croquante mais moins contrastée. Les hawkers singapouriens ont adopté les cubes, devenus le standard régional ; certains tenants de la tradition Teochew critiquent la coupe en tranches comme une adaptation commerciale qui dénature la texture. Sources : Wikipedia EN (Chai tow kway, 2026) ; ieatishootipost.sg (Leslie Tay 2015) ; xiachufang.com recettes 106083877 et 106011707 ; mykitchen101en.com (recette complète 2024).
Thé oolong Chaozhou (潮州单丛, Dan Cong) servi très chaud dans de petites tasses — le tannin fruité et légèrement grillé du Dan Cong coupe le gras de la friture et souligne la douceur du navet. Aussi : thé au chrysanthème (菊花茶) léger pour rafraîchir. Dans le contexte hawker singapourien : café kopi-O ou thé teh tarik servi avec la assiette. À éviter : boissons sucrées froides qui masquent la saveur délicate du navet et des crevettes séchées. En dim sum : pot de pu'er (普洱) pour le dégraissage, code classique du yum cha (饮茶).
8/10 — Pilier du dim sum Chaozhou et du hawker singapourien (Chai Tow Kway), consommé du petit-déjeuner au souper tardif. Très fort en période de Nouvel An (symbole 彩头 = bonne fortune). Popularité quasi universelle en Asie du Sud-Est teochew (Singapour, Malaisie Penang, Thaïlande).
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Éplucher 800 g de navet blanc et le râper grossièrement à la râpe à gros trous dans un grand saladier. Ne pas utiliser de râpe fine qui réduirait le navet en bouillie — la texture filamenteuse est caractéristique du 菜头粿 Chaozhou. Récupérer tout le jus rendu par le navet râpé dans le saladier ; ce jus est précieux pour la liaison et la saveur, il ne doit pas être jeté. Peser la quantité de jus récupéré pour ajuster l'ajout d'eau à l'étape suivante.
Rincer 40 g de crevettes séchées à l'eau froide pour éliminer les impuretés de surface. Les tremper dans de l'eau tiède pendant 10 minutes jusqu'à ce qu'elles soient légèrement ramollies — ne pas tremper trop longtemps pour ne pas perdre leur umami. Les égoutter, conserver 2 c.à.s. d'eau de trempage pour l'ajouter à la pâte. Hacher grossièrement les crevettes en morceaux de 3-4 mm — elles doivent rester reconnaissables dans le gâteau, pas réduites en poudre.
Dans un grand saladier, verser 200 g de farine de riz ordinaire (粘米粉). Ajouter 300 ml de liquide total (jus de navet + eau froide + eau de trempage des crevettes) et fouetter jusqu'à obtenir un mélange lisse sans grumeaux. Incorporer le navet râpé avec tout son jus, les crevettes séchées hachées, 6 g de sel, 8 g de sucre, 2 g de poivre blanc et 10 ml d'huile de sésame. Mélanger énergiquement pour que la farine s'incorpore uniformément autour des filaments de navet. La pâte doit être fluide mais riche en navet, comme une bouillie épaisse et granuleuse — non une pâte dense.
Huiler généreusement un moule carré de 20 cm (ou moule rectangulaire équivalent) avec de l'huile neutre, puis tapisser le fond d'un carré de papier sulfurisé huilé pour faciliter le démoulage. Verser la pâte dans le moule en lissant la surface avec une spatule mouillée — la couche doit faire environ 3-4 cm d'épaisseur. Porter une grande casserole d'eau à ébullition vive. Déposer le moule dans le panier-vapeur (ou sur la grille de la casserole), couvrir hermétiquement et cuire à vapeur vive pendant 60 à 75 minutes. Le gâteau est cuit quand un cure-dent planté au centre ressort propre et que la surface est mate et non collante au toucher.
Sortir le moule du vapeur et laisser refroidir à température ambiante pendant au moins 1 heure — le gâteau chaud est très fragile et se brise si on tente de le démouler trop tôt. Une fois tiède, couvrir d'un film alimentaire et réfrigérer au moins 4 heures, idéalement toute la nuit. Le froid permet à l'amidon de rétrogradation de se solidifier complètement : le gâteau devient ferme, facile à découper proprement et tient bien lors de la poêle.
Sortir le moule du réfrigérateur. Passer délicatement un couteau le long des bords pour décoller le gâteau, puis le renverser sur une planche à découper. Retirer le papier sulfurisé. Avec un couteau légèrement huilé ou un couteau en plastique (moins adhésif), découper le gâteau en 16 carrés de taille égale (4×4 rangées). La lame huileée évite que le gâteau colle et fait des tranches nettes. Les carrés peuvent être utilisés immédiatement ou conservés au réfrigérateur dans un récipient fermé, séparés par des feuilles de papier sulfurisé, jusqu'à 3 jours.
Chauffer une poêle ou wok antiadhésif à feu moyen. Ajouter 2-3 c.à.s. d'huile neutre. Quand l'huile est chaude (un carré posé doit grésiller immédiatement), déposer les carrés de gâteau en une seule couche sans les serrer. Laisser cuire sans toucher pendant 3-4 minutes jusqu'à ce que la face inférieure soit dorée et croustillante. Retourner délicatement avec une spatule large et faire dorer la deuxième face encore 3-4 minutes. L'objectif est une croûte croustillante et dorée sur les deux faces avec un centre chaud et moelleux.
version hawker singapourienne — Pour la version singapourienne classique (Chai Tow Kway blanc ou noir) : une fois les carrés dorés sur les deux faces, pousser-les en tas sur un côté de la poêle. Battre 2 œufs, verser dans la poêle vide et brouiller grossièrement avant de mélanger avec les carrés de gâteau pour les enrober d'œuf. Ajouter une c.à.s. de sauce soja claire (version blanche) ou de sauce soja noire (version noire, 黑酱油) et mélanger vivement 1 minute au wok. Parsemer de ciboule ciselée. Servir immédiatement sur assiette chaude.
Dresser les carrés de Cai Tou Kueh chauds sur une assiette ou dans un bol de service. Accompagner d'une petite coupelle de sauce chili sucrée (辣椒酱) ou de sambal belachan pour les amateurs de piquant — c'est la garniture hawker singapourienne universelle. En dim sum Chaozhou, le gâteau est servi nature, sans sauce, pour que le goût du navet et des crevettes prime. Prévoir 4-6 carrés par convive en portion de dim sum, ou 6-8 carrés en plat hawker.
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