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Atlas Culinaire · Uruguay · Amériques
Boisson de braise et de murga : caña blanca flambée sur cáscaras de limón, servie brûlante aux tablados du Carnaval de Montevideo
La caña quemada est la boisson de braise et de murga : de la caña blanche flambée sur des zestes de citron et du sucre, allongée d'eau chaude et servie brûlante aux tablados du Carnaval de Montevideo. On la prépare en grand pour les groupes, on la flambe en spectacle, on la boit fumante contre le froid des nuits de carnaval. Le flambage caramélise légèrement le sucre et adoucit l'alcool. Sa réussite tient à un flambage maîtrisé, une extinction au bon moment, et un allongement à l'eau chaude qui l'équilibre sans l'éteindre.
Licor ou aguardiente ? La dénomination fait débat dans la filière.
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Préparation — Préparer les zestes et le sucre — Prélever les cáscaras de limón en lanières régulières de 5 cm en évitant la pith blanche, qui communiquerait une amertume indésirable et masquerait les arômes. Frotter délicatement les zestes entre les doigts pendant 30 secondes pour briser les cellules et libérer les huiles essentielles qui parfumeront toute la boisson. Disposer les zestes et le sucre au fond du recipiente de barro ou de l'olla de hierro — le repère visuel est un fond recouvert d'une fine couche blanche de sucre avec les rubans jaunes posés dessus.
Le pourquoiDes zestes de citron sans partie blanche et du sucre reçoivent la caña : ils parfument et caramélisent au flambage.
Chauffage — Chauffer la caña sur les zestes et le sucre — Verser la caña blanca ou quemada directement sur les zestes et le sucre dans le récipient, puis placer le tout sur feu très doux pendant 2-3 minutes — le but est de dissoudre partiellement le sucre et de tiédir la caña jusqu'à 50-55°C, pas de la faire bouillir. À cette température la caña degage ses arômes de caramel et de canne, qui se mêlent aux huiles des zestes dans une vapeur légèrement dorée. Remuer délicatement avec une cuillère en bois à longue manche pour aider la dissolution du sucre — le repère sensoriel est l'apparition d'un arôme doux et sucré de caramel clair.
Le pourquoiLa caña versée sur les zestes et le sucre, réchauffée, s'apprête à s'enflammer et à extraire les arômes.
Flambage — Flamber la caña sur les cáscaras — Retirer le récipient du feu ou baisser à la puissance minimale. À l'aide d'une louche à longue manche, prélever 2 cuillères de caña chaude, incliner la louche vers une flamme d'allumette tenue à distance de sécurité de 20 cm et approcher progressivement jusqu'à ce que la vapeur s'enflamme — une flamme bleue pâle apparaît, signe que l'alcool brûle. Verser en filet la caña enflammée depuis la louche vers le récipient en prenant soin que la flamme se propage à la surface : si la caña est à la bonne température (autour de 50°C), toute la surface s'embrasera en quelques secondes avec une flamme bleue-orangée caractéristique. Laisser flamber 30 à 60 secondes en remuant lentement.
Le pourquoiLe flambage brûle une partie de l'alcool et caramélise le sucre : c'est le geste-spectacle et l'adoucissement.
Extinction — Éteindre la flamme et contrôler la cuisson — Poser un couvercle ou une planche en bois sur le récipient pour étouffer la flamme dès que la couleur passe du bleu-orangé au bleu pur et instable — signe que la quantité d'alcool restant est optimale pour le goût. Ne pas laisser flamber plus de 90 secondes car la boisson perdrait trop d'alcool et ses arômes caramélisés. Après extinction, vérifier la couleur du liquide : il doit être d'un ambre doré légèrement foncé par rapport à la caña d'origine — c'est le signe que le sucre a commencé à caraméliser sur les parois.
Le pourquoiOn étouffe la flamme au bon moment, sous un couvercle, pour garder du corps et de la chaleur.
Allongement — Ajouter l'eau chaude et équilibrer — Verser l'eau chaude à 80-85°C en mince filet sur le mélange flambeado pour l'allonger et obtenir une boisson équilibrée — l'eau ne doit pas être à 100°C pour ne pas provoquer une projection ni faire éclater un recipiente de barro froid. Remuer doucement : le liquide doit prendre une couleur ambrée translucide avec de petites bulles de sucre en suspension. Goûter et ajuster : si trop âpre, ajouter une pincée de sucre ; si trop sucré, un trait de jus de citron. Le repère sensoriel final est une chaleur douce en bouche avec des notes de caramel, agrume et alcool fruité sans agressivité.
Le pourquoiL'eau chaude versée en filet allonge et équilibre la caña flambée sans la refroidir.
Service — Filtrer et servir brûlant — Passer la boisson à travers une petite passoire fine pour retirer les zestes et les éventuels clous de girofle, puis verser immédiatement dans des tasses ou verres résistants à la chaleur — les tasses en terre cuite maintiennent la chaleur bien mieux que le verre. Servir sans délai : la caña quemada se déguste à 65-70°C, quand les arômes volatils sont encore présents en bouche et que la chaleur réchauffe les mains en tenant la tasse. La boisson doit être légèrement sirupeuse en bouche grâce au sucre partiellement caramélisé — pas aqueuse, pas trop concentrée.
Le pourquoiFiltrée des zestes, la caña quemada se sert fumante, contre le froid des nuits de tablado.
Variante festive — Version tablado pour grand groupe (doser par litre) — Pour les réunions de murga ou les tablados de barrio, multiplier les proportions par 5 (600ml caña pour 10 personnes) dans une olla de hierro posée sur un réchaud de camping. Le flambage collectif dans un grand récipient est plus spectaculaire car les flammes bleues s'élèvent à 15-20 cm — maintenir tous les spectateurs à au moins un mètre. Après flambage, allonger avec 1 litre d'eau chaude et distribuer avec une louche. La tradition veut que ce soit le candombero ou le murguista le plus ancien du groupe qui dirige le flambage en prononçant quelques mots d'hommage aux ancestres africains et aux immigrants galiciens qui ont apporté cet usage du feu dans la boisson.
Le pourquoiPour les murgas et grands groupes, on multiplie les doses par litre : la caña quemada est une boisson de foule.
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Grappamiel et caña quemada sont les deux boissons chaudes d'hiver des tablados et des bodegas uruguayennes : l'une à la grappa et au miel, l'autre à la caña flambée sur zestes de citron.
Voir la recette →VarianteCaña con limón et caña quemada partent de la même eau-de-vie nationale : l'une froide et pétillante des canchas d'été, l'autre flambée et brûlante des tablados d'hiver.
Voir la recette →Le grog et le vin chaud d'hiver appartiennent à la même famille des boissons alcoolisées chaudes, épicées et sucrées, bues contre le froid — cousins européens de la caña quemada des tablados.
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