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Atlas Culinaire · Chili · Amériques
LĂ oĂč la cazuela pose un gros morceau Ă l'os dans un bouillon clair, la carbonada taille tout en dĂ©s d'un centimĂštre â c'est la mĂȘme famille, ce n'est pas le mĂȘme plat
Le premier tient Ă une phrase de BenjamĂn Vicuña Mackenna, l'historien et intendant de Santiago, rapportĂ©e par Eugenio Pereira Salas dans ses Apuntes para la historia de la cocina chilena : la carbonada serait « de origen mendocino », arrivĂ©e par les passes andines depuis Mendoza, et elle figurait parmi les plats prĂ©fĂ©rĂ©s des jours de fĂȘte, aux cĂŽtĂ©s de la carne asada al palo, des guatitas et des caldillos, dans les ramadas et les fondas « donde el pueblo comĂa sus guisos favoritos ».
Pereira Salas en donne au passage la définition canonique : « comida guisada caldosa, que contiene carne de vacuno trazada, papas, cebolla, arroz, zapallo y verduras ».
Le second récit, trÚs répandu dans la presse et les blogs chiliens contemporains, fait naßtre le plat dans les mines de charbon de Lota et tire son nom du carbón : la viande y aurait été hachée menu pour se manger à la cuillÚre au fond de la galerie.
Séduisante, cette étymologie n'est adossée à aucune source d'époque, alors que la filiation andine est, elle, attestée dÚs le XIXe siÚcle.
TroisiĂšme point de friction, purement culinaire celui-lĂ : carbonada ou cazuela ? Le partage ne se fait pas sur les ingrĂ©dients, qui sont presque les mĂȘmes, mais sur la DĂCOUPE et la TEXTURE â dans la carbonada tout est taillĂ© en dĂ©s d'un centimĂštre et liĂ© par le riz, dans la cazuela un gros morceau de viande Ă l'os trĂŽne dans un bouillon clair avec des lĂ©gumes entiers.
Pilar HernĂĄndez ajoute une nuance que les recettes urbaines oublient : la carbonada peut ĂȘtre caldosa ou seca, et elle est traditionnellement, comme le valdiviano et le salpicĂłn, une recette de restes d'asado.
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Coupez la viande, les pommes de terre, le zapallo, les carottes et le poivron en dĂ©s rĂ©guliers d'un centimĂštre de cĂŽtĂ©, sans exception. Cette brunoise n'est pas une coquetterie : elle EST la dĂ©finition de la carbonada, et c'est ce qui la sĂ©pare de la cazuela, oĂč un gros morceau Ă l'os cĂŽtoie des lĂ©gumes entiers. Des dĂ©s inĂ©gaux condamnent le plat, car le zapallo se dĂ©fera en purĂ©e pendant que la carotte restera crue au cĆur.
Le pourquoiDes morceaux de section identique atteignent leur point de cuisson au mĂȘme moment, ce qui Ă©vite d'avoir Ă surcuire les uns pour attendrir les autres.
Faites chauffer l'huile dans une marmite à fond épais et faites-y fondre l'oignon avec l'ail et le poivron jusqu'à transparence, sans coloration brune. Montez alors le feu et ajoutez les dés de viande, en les étalant en une seule couche pour qu'ils saisissent au lieu de bouillir dans leur jus. Remuez peu, laissez chaque face prendre une croûte dorée, puis baissez le feu : cette réaction de surface fournira l'essentiel du goût de fond du bouillon.
Le pourquoiLa réaction de Maillard entre acides aminés et sucres réducteurs, au-delà de cent quarante degrés, engendre les composés bruns et aromatiques qui structurent le bouillon.
Retirez la marmite du feu et attendez une dizaine de secondes que la température retombe. Incorporez alors l'ajà de color, le cumin et l'origan frotté entre les paumes, en remuant vivement pour enrober la viande et déglacer le fond brun. C'est la rÚgle intangible du color chileno, répétée dans toute la cuisine mijotée du pays : le paprika jeté dans une graisse brûlante brûle en quelques secondes et communique une amertume que rien ne rattrape.
Le pourquoiLes caroténoïdes du paprika sont liposolubles et colorent la graisse, mais les sucres qui les accompagnent caramélisent puis carbonisent dÚs cent quarante degrés.
Versez l'eau bouillante ou le bouillon de bĆuf sur la viande, ajoutez le laurier et portez Ă petit frĂ©missement. Laissez cuire vingt-cinq minutes Ă couvert, le temps que la viande commence Ă s'attendrir et que le bouillon prenne le goĂ»t du sofrito. Ăcumez si nĂ©cessaire et salez Ă mi-parcours seulement, en gardant Ă l'esprit que le riz Ă venir absorbera une partie du sel comme il absorbera une partie du liquide.
Le pourquoiUn frémissement autour de quatre-vingt-dix degrés convertit lentement le collagÚne en gélatine sans provoquer la contraction violente des fibres musculaires.
Jetez d'abord les carottes et le zapallo, qui demandent le plus de temps, et laissez reprendre le frémissement pendant cinq minutes. Ajoutez ensuite les pommes de terre et les haricots verts, puis poursuivez la cuisson à découvert pour laisser le bouillon se concentrer un peu. Le zapallo doit se déliter trÚs légÚrement sur les bords : c'est lui qui apporte au bouillon sa douceur et sa couleur d'or, et il ne faut donc surtout pas le sortir intact.
Le pourquoiLes pectines de la courge se solubilisent à la cuisson et épaississent le liquide, tandis que ses caroténoïdes migrent dans la graisse et renforcent la couleur.
Versez le riz en pluie dans le bouillon frémissant et remuez une fois pour qu'il ne s'agglutine pas au fond. Comptez douze à quinze minutes selon la variété, en surveillant de prÚs : le riz absorbe trÚs vite et transforme une carbonada caldosa en carbonada seca en quelques minutes. Ajoutez le maïs et les petits pois dans les cinq derniÚres minutes, et rectifiez le liquide à l'eau bouillante si le plat serre trop.
Le pourquoiL'amidon du riz gélatinise en absorbant jusqu'à trois fois son volume d'eau, et il continue de le faire hors du feu tant que le plat reste chaud.
Coupez le feu et laissez retomber une minute. DĂ©layez le jaune d'Ćuf dans une petite louche de bouillon tiĂšde prĂ©levĂ©e dans la marmite, puis reversez le mĂ©lange en filet en remuant sans arrĂȘt, exactement comme le note Mariana Bravo Walker dans sa Cocina Popular. Versez ensuite le blanc en filet fin sur le bouillon encore chaud pour qu'il floconne, puis jetez le persil et la coriandre ciselĂ©s hors du feu.
Le pourquoiLes protéines du jaune coagulent entre soixante-cinq et soixante-dix degrés et émulsionnent la graisse en suspension, ce qui donne au bouillon un velouté sans crÚme.
Servez sans attendre dans des assiettes creuses trÚs chaudes, en veillant à répartir équitablement viande, zapallo et maïs. La carbonada ne supporte pas l'attente : le riz continue d'absorber et une marmite laissée vingt minutes sur le coin du feu devient un bloc. Posez sur la table une marraqueta ou un pan amasado, un pebre de coriandre pour ceux qui aiment relever, et gardez à l'esprit qu'un reste se rattrape en carbonada seca le lendemain, jamais en carbonada caldosa.
Le pourquoiL'amidon du riz et de la pomme de terre continue de fixer l'eau libre tant que la température reste au-dessus de soixante degrés, ce qui épaissit le plat en continu.
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Sourcer ou se taire
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