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Atlas Culinaire · Jamaïque · Amériques
Le cerasee tea jamaïcain : feuilles et vrilles de la liane de melon amer (Momordica charantia), fraîches ou séchées, bouillies en une tisane d'une amertume franche, à peine adoucie au miel. Remède de brousse réputé purifier le sang et « nettoyer le système », bu en cure courte, jamais en boisson quotidienne.
Le long des clôtures et des haies de toute la Jamaïque court une liane obstinée aux petites feuilles découpées et aux fruits orange bosselés : le cerasee, cousin sauvage du melon amer, Momordica charantia pour les botanistes. La plante est venue d'Afrique et d'Asie dans le sillage de la traite atlantique, puis s'est ensauvagée d'île en île ; en Jamaïque, elle est devenue la pierre angulaire de la bush medicine, cette pharmacopée de brousse transmise de grand-mère en petit-enfant. Ici, on ne mange pas le fruit : on cueille les feuilles et les vrilles, ou on achète les sachets de feuilles séchées vendus dans tous les marchés, et on les fait bouillir en une tisane vert-brun d'une amertume mémorable. Tout enfant jamaïcain se souvient du « wash out », cette cure de nettoyage imposée au changement de saison ou après les fêtes, tasse fumante tendue d'une main qui ne tolérait aucun refus. Car l'amertume, ici, n'est pas un défaut à corriger : « if it bitter, it good fi yuh », dit l'île entière. On sucre à peine, au miel, parfois avec un trait de citron vert, et on boit chaud, le matin à jeun. Ce n'est pas une gourmandise : c'est un rite, et il se mérite.
Le cerasee tea est un remède avant d'être une boisson, et la tradition qui l'entoure fait débat sur plusieurs points.
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Si vous utilisez des feuilles et vrilles fraîches, rincez-les soigneusement à l'eau claire. Si elles sont séchées, mesurez simplement une petite poignée. Écrasez éventuellement un petit morceau de gingembre du plat du couteau.
Le pourquoiLe cerasee pousse en liane sauvage le long des clôtures et des haies : les feuilles fraîches portent poussière et petits insectes qu'un bon rinçage élimine. Le gingembre écrasé, lui, libère mieux ses huiles et arrondira l'amertume.
Portez l'eau à ébullition, ajoutez le cerasee (et le gingembre le cas échéant), puis laissez bouillir à petits bouillons 5 à 10 minutes.
Le pourquoiContrairement aux thés délicats, les feuilles coriaces du cerasee demandent une vraie ébullition pour livrer leurs composés amers : c'est la méthode des bush teas jamaïcains, on fait bouillir, on n'infuse pas seulement.
Coupez le feu et laissez reposer quelques minutes à couvert. Plus le repos se prolonge, plus la tisane sera concentrée et amère.
Le pourquoiHors du feu, l'extraction continue en douceur : c'est le moment où l'on règle la force de la tisane sans lui ajouter d'âpreté de cuisson.
Passez la tisane à travers une passoire fine pour retenir feuilles, vrilles et gingembre. Ne servez que le liquide.
Le pourquoiDes feuilles laissées dans le pot continueraient d'infuser et rendraient la fin du service beaucoup plus amère que le début.
Sucrez modérément au miel, ajoutez éventuellement un trait de citron vert et buvez chaud, traditionnellement le matin à jeun pendant la cure. Conservez le reste au frais pour les jours suivants.
Le pourquoiLa tradition veut qu'on tolère l'amertume plutôt que de la masquer : « if it bitter, it good fi yuh », dit-on sur l'île. Le miel adoucit juste assez pour rendre la cure tenable sans la trahir.
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Parenté de registre plus que de recette : la Jamaïque cultive une famille de breuvages-toniques auxquels on prête des vertus sur le corps, du bouillon de chèvre des grandes occasions à la tisane amère de la cure. Deux visages du « boire pour se refaire » jamaïcain.
Voir la recette →L'autre grande décoction de la bush medicine jamaïcaine : la noix de kola râpée et bouillie, réputée « antidote » universel. Même geste (on fait bouillir, on ne fait pas qu'infuser), même registre de remède du matin, même transmission par les grands-mères.
Pas encore dans l'AtlasLa même liane sauvage et la même tisane amère se boivent aux Bahamas et dans une bonne partie de la Caraïbe anglophone, avec les mêmes usages de purification : c'est le même remède sous un autre drapeau.
Pas encore dans l'AtlasMême plante, Momordica charantia, à l'autre bout du monde : en Inde, c'est le fruit (karela) qu'on presse en jus amer aux vertus réputées proches, quand la Jamaïque ne boit que les feuilles et les vrilles.
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