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Atlas Culinaire · Nicaragua · Amériques
La montagne dominicale de Masaya : du porc adobĂ© Ă l'achiote et au vinaigre, frit lentement dans son propre jus jusqu'au velours dorĂ©, dressĂ© sur la yuca fondante et coiffĂ© d'ensalada â le tout servi en «montaña» sur une feuille de chagĂŒite qui parfume tout.
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Coupez le porc en cubes gĂ©nĂ©reux de 4 Ă 5 centimĂštres â ils rĂ©duiront Ă la cuisson. Dans un saladier, dĂ©layez l'achiote dans le vinaigre, ajoutez l'ail Ă©crasĂ©, le cumin, le sel et le poivre, et massez les cubes de cette pĂąte rouge jusqu'Ă ce qu'ils soient uniformĂ©ment teintĂ©s. Couvrez et laissez mariner au frais AU MOINS une heure â les fiches natives en font le minimum syndical, une nuit est un luxe qui paie. La viande sort de la marinade rouge sombre, imprĂ©gnĂ©e d'acide et d'Ă©pices : c'est cet adobo qui donnera au chancho sa « consistance rougeĂątre » et son parfum de fĂȘte.
Pelez la yuca (l'Ă©corce brune ET la sous-couche rosĂ©e), coupez-la en tronçons de 8 centimĂštres, et plongez-la dans une grande casserole d'eau froide salĂ©e. Portez Ă Ă©bullition et laissez cuire 20 Ă 30 minutes : la yuca est prĂȘte quand les tronçons S'OUVRENT EN FLEUR sur leur longueur et qu'une fourchette les traverse sans rĂ©sistance â le critĂšre natif est qu'elle « Ă©clate ». Ăgouttez dĂ©licatement, retirez le fil ligneux central de chaque tronçon, et gardez au chaud sous un torchon. Une yuca parfaite est nacrĂ©e, fondante, lĂ©gĂšrement translucide sur les bords fendus.
Dans une cocotte Ă fond Ă©pais, chauffez trois cuillĂšres d'huile et faites dorer l'oignon hachĂ© jusqu'Ă ce qu'il blondisse. Ajoutez les cubes de porc Ă©gouttĂ©s (rĂ©servez le jus de marinade) et saisissez-les sur toutes leurs faces Ă feu moyen-vif â l'achiote colore vite, remuez constamment pour qu'il ne brĂ»le pas. On ne cherche pas encore le dorĂ© profond, juste Ă sceller la viande et rĂ©veiller l'adobo. L'odeur Ă ce stade est dĂ©jĂ celle du plat : vinaigre chaud, ail, terre d'achiote. Comptez cinq bonnes minutes de saisie.
Versez le jus de marinade rĂ©servĂ©, baissez Ă feu moyen-doux, et COUVREZ. Le porc va rendre son jus et cuire dedans 20 Ă 30 minutes â c'est la phase que les fiches natives dĂ©crivent comme la clĂ© du velours : la vapeur acide attendrit, le collagĂšne fond, la viande confit dans son propre bouillon rouge. Remuez de temps en temps. La viande est prĂȘte pour la phase suivante quand elle est tendre Ă la fourchette et que le jus a rĂ©duit de moitiĂ©. RĂ©sistez Ă l'envie d'ouvrir sans cesse : chaque levĂ©e de couvercle allonge la cuisson.
DĂ©couvrez, montez lĂ©gĂšrement le feu, et laissez le jus s'Ă©vaporer pendant que le porc commence Ă frire dans son propre gras rendu â c'est la phase « frito » qui donne au chancho sa robe. Remuez rĂ©guliĂšrement : les cubes dorent, caramĂ©lisent aux arĂȘtes, et prennent cette « apparence veloutĂ©e » dĂ©crite par les sources, mi-confite mi-frite. Comptez 10 Ă 15 minutes. En toute fin, dĂ©glacez d'un trait de marinade rĂ©servĂ©e (ou de vinaigre) pour dĂ©coller les sucs â ce fond rouge nappera la yuca. Le porc fini est acajou, brillant, tendre dedans et croustillant aux angles.
Pendant le dorage, montez l'ensalada : chou en fines laniĂšres, tomates en dĂ©s, oignon Ă©mincĂ©, vinaigre et sel, pressĂ©s Ă pleines mains. Elle doit ĂȘtre franchement acide â c'est elle qui tranchera le gras confit du porc. Laissez-la mariner au moins quinze minutes en remuant une fois. Certaines maisons de Masaya y ajoutent une pointe de chile congo ou quelques rondelles de piment vinaigrĂ© pour les amateurs : posez-les Ă part, la table dĂ©cide.
Passez rapidement les feuilles de bananier au-dessus d'une flamme pour les assouplir et les lustrer, et posez-en une par assiette (ou une grande au centre pour la tablĂ©e). Dressez en MONTAGNE, dans l'ordre canonique documentĂ© : les tronçons de yuca fondante en socle, les cubes de chancho dorĂ© par-dessus avec leur fond rouge dĂ©glacĂ©, et l'ensalada vinaigrĂ©e au sommet. La feuille parfume discrĂštement la vapeur et transforme le plat en fĂȘte. On mange en creusant la montagne, une bouchĂ©e de chaque Ă©tage Ă la fois â c'est le plat des dimanches de Masaya, des ferias et des grandes tablĂ©es, cousin carnĂ© du vigorĂłn et tout aussi fier.
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Sourcer ou se taire
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