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Atlas Culinaire · Hong Kong · Asie
Pâte bao levée au saindoux, farce de char siu laqué liée à la fécule, cuit à la vapeur jusqu'à l'ouverture naturelle en pétales — le roi du chariot de dim sum depuis les années 1950
La question de l'ouverture en fleur (開花 hoi fa) du char siu bao vapeur concentre toutes les passions dans le monde du dim sum. Pour le chef Kenny Chan, dont la recette a fait l'objet d'un article détaillé dans le South China Morning Post en 2021, l'ouverture naturelle en 3 à 4 pétales est la conséquence directe d'une pâte correctement formulée — farine bao à faible teneur en gluten (9-10 % de protéines), levure chimique en complément de la levure naturelle, et fermentation en deux temps : un bao qui ne s'ouvre pas est une pâte trop tenace, trop riche en gluten, ou une vapeur insuffisante. Mais le débat sur l'agent levant divise en deux camps irréconciliables : le camp « levure naturelle seule » (酵母粉), qui considère que la levure chimique (泡打粉 baking powder) est une concession commerciale qui donne une pâte trop blanche, chimique et sans profondeur de goût (position défendue par thehongkongcookery.com, référence native HK) ; et le camp « double levant » (levure + baking powder), que The Woks of Life considère indispensable pour l'ouverture 開花 dans les conditions d'un cuiseur-vapeur domestique. Un troisième débat porte sur le gras de la pâte : saindoux (豬油, lard blanc fondu) contre shortening végétal contre beurre. Le chef Kenny Chan insiste sur le saindoux comme marqueur d'authenticité (SCMP 2021, url : https://www.scmp.com/lifestyle/food-drink/article/3125985/dim-sum-masters-guide-making-perfect-char-siu-bao-home) : il donne une pâte plus soyeuse et un blanc plus mat que le shortening, qui blanchit davantage la pâte mais aplatit les arômes. Enfin, la question du char siu maison ou du commerce est tranchée par The Woks of Life et Made With Lau : un char siu maison correctement lacqué (miel + sauce hoisin + cinq-épices) donne une farce incomparablement meilleure que le char siu acheté, souvent trop sec ou trop sucré industriellement.
Thé au jasmin (茉莉花茶) ou thé pu-erh (普洱) chaud en service yum cha — l'astringence du thé coupe le gras de la farce char siu ; servir 3 pièces par portion dans un bambou à vapeur
Le char siu bao est le symbole du yum cha hongkongais, insécable du rituel des chariots de dim sum qui circulent dans les restaurants dès 6 h du matin. Son ouverture en fleur 開花 est l'un des critères des concours de dim sum du Hong Kong Tourism Board. Tim Ho Wan (天虎雲吞, fondé 2009 par Mak Kwai Pui, étoilé Michelin dès 2010) a fait du char siu bao vapeur son plat signature mondial — la croûte croustillante de leur version cuite au four est devenue une icône, mais leur version vapeur reste la référence pour les puristes du yum cha. La tradition du char siu bao remonte aux cuisines cantonaises de la fin de la dynastie Qing (XIXe siècle), popularisée dans les tea houses de Hong Kong dans les années 1950 avec l'exode de Canton.
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Farce — Préparer la farce char siu — Couper le char siu en petits dés réguliers de 5-8 mm — la mâche en bouche est essentielle, ne pas hacher. Dans une casserole à feu moyen, verser la sauce huître, la sauce soja, le sucre et 80 ml d'eau (ou bouillon). Mélanger et porter à légère ébullition. Ajouter les dés de char siu et mélanger. Préparer la liaison fécule : délayer 1,5 c.à.s. de fécule dans 3 c.à.s. d'eau froide. Verser en filet en remuant jusqu'à épaississement de la sauce — elle doit napper les dés sans être gluante. Hors feu, incorporer l'huile de sesame et l'oignon vert. La farce doit être brillante, liée, avec très peu de sauce liquide. Transférer dans un bol, filmer au contact et réfrigérer au minimum 1 h (idéalement toute une nuit) — la farce froide est impérative pour un façonnage propre.
Pâte — Activer la levure et pétrir la pâte bao — Dans un petit bol, dissoudre le sucre et la levure sèche dans les 150 ml d'eau tiède (30-35 °C — pas plus chaud pour ne pas tuer la levure). Laisser reposer 5 à 8 min jusqu'à ce que la surface soit mousseuse. Dans un grand saladier, tamiser la farine bao et la levure chimique ensemble. Creuser un puits au centre, verser le mélange levure-eau progressivement et commencer à mélanger. Ajouter le saindoux (ou shortening) ramolli en petits morceaux. Pétrir à la main (ou crochet pétrin) 8 à 10 min jusqu'à obtenir une pâte très lisse, souple, légèrement élastique mais non collante — elle doit rebondir au doigt. Ajouter le vinaigre blanc si désiré. Former une boule, couvrir d'un linge humide.
Levée — Première levée — doubler de volume — Couvrir le saladier avec du film alimentaire ou un torchon humide. Laisser lever dans un endroit chaud (25-30 °C) pendant 60 à 90 min, jusqu'à ce que la pâte ait exactement doublé de volume. En été hongkongais (30 °C, 80 % d'humidité), 45 min suffisent. En appartement européen tempéré, placer le saladier dans un four éteint avec un bol d'eau chaude au fond pour créer une étuve. La levée est complète quand un index enfoncé dans la pâte laisse une empreinte qui ne remonte pas.
Façonnage — Diviser et former les baos — Dégazer doucement la pâte en l'appuyant à plat sur le plan de travail légèrement fariné. La diviser en 12 portions égales d'environ 35 g chacune (peser pour régularité). Couvrir les portions non travaillées d'un linge. Pour chaque bao : former une boule lisse, puis l'aplatir en disque d'environ 8-9 cm de diamètre avec la paume (ou un rouleau léger), en laissant le centre légèrement plus épais que les bords — ce différentiel de taille permettra de pincer sans que la pâte soit trop fine sur les bords et craque. Placer 1 c.à.s. comble de farce froide au centre. Rassembler les bords en les plissant et en tournant entre les doigts — 12 à 14 plis serrés, puis pincer et tordre en pointe vers le haut pour sceller. Poser sur un carré de papier sulfurisé, pointe en haut.
Deuxième levée — Repos avant vapeur — le repos est non-négociable — Déposer les baos (sur leur carré de papier) dans le panier vapeur en bambou ou en métal, en les espaçant de 3 cm minimum — ils vont gonfler. Couvrir d'un torchon sec et laisser reposer 15 à 20 min à température ambiante. Ce repos de seconde levée est essentiel : la pâte doit être légèrement gonflée et très moelleuse au toucher avant d'entrer dans la vapeur. Un bao qui n'a pas reposé sera dense et collant après cuisson.
Vapeur — Cuire à la vapeur à feu vif — Porter à ébullition une grande quantité d'eau dans le wok ou la casserole de base. L'eau doit bouillir vigoureusement avant d'y poser le panier. Placer le panier vapeur sur la casserole en s'assurant que l'eau ne touche pas le fond du panier. Couvrir avec le couvercle (envelopper le bord du couvercle avec un torchon pour absorber la condensation et éviter les gouttes sur les baos, qui laisseraient des marques). Cuire à la vapeur à feu vif pendant 15 min. NE PAS OUVRIR pendant ces 15 min — l'ouverture en fleur se produit entre la 8e et la 12e minute, sous l'action conjuguée de la pression vapeur interne et de la levure chimique. Après 15 min, éteindre le feu, attendre 2 min avant d'ouvrir le couvercle en le soulevant doucement sur le côté pour éviter que la condensation ne retombe sur les baos.
Service — Servir en panier bambou — Retirer délicatement les baos de leur carré de papier en tirant depuis le bas (la pâte n'adhère plus après la vapeur). Servir directement dans le panier bambou posé sur la table, à la façon yum cha — 3 pièces par personne, accompagnés d'un pot de thé au jasmin ou pu-erh en service continu. Le char siu bao se mange chaud, dès la sortie du vapeur — la pâte refroidie durcit et perd sa texture nuageuse. Pour un buffet, maintenir dans le cuiseur-vapeur à feu très doux (couvercle entrouvert).
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