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Atlas Culinaire · Chili · Amériques
Trois feuilles de pâte, deux couches de sirop, et un nom qui raconte tout : chung, mot chinois, plus queque — la Chine cantonaise rencontrant la pâtisserie du désert d'Atacama
Au Pérou, on situe son origine à Piura, au milieu du XIXe siècle, et l'on connaît des chumbeques de Lambayeque.
Au Chili, la tradition familiale est datée et documentée : Kaupolín Koo Kau, Cantonais arrivé au début du XXe siècle, s'installe en 1920 dans le Tarapacá, hispanise son nom en Ernesto Koo Flores et, fort de ses connaissances en médecine chinoise, soigne les ouvriers des oficinas salitreras depuis un cabinet à Pozo Almonte, où il épouse la confiseuse Petronila Bustillo Sandoval, fille d'un couple péruvien qui fabriquait des douceurs sur commande.
Au moment où s'amorce l'effondrement du salpêtre, le couple adapte une vieille recette cantonaise d'alfajores avec les produits disponibles au Tarapacá, et définit lui-même le résultat comme une combinaison d'alfajores chinois et de queques chiliens — d'où le nom, chung plus queque.
Leur fille Ernestina Koo Bustillo ouvre un magasin à Iquique en 1952 et fait passer le produit de l'atelier à l'usine.
Deuxième point tranché, celui de la recette : la version péruvienne emploie des JAUNES D'ŒUF et du saindoux et sort d'un orange intense, alors que celle d'Iquique, selon les sources chiliennes, n'utilise pas de jaunes et remplace le saindoux par de l'huile.
Les recueils chiliens contemporains contredisent d'ailleurs ce dernier point en prescrivant trois cent soixante-quinze grammes de saindoux au kilo de farine, ce qui montre que la formule iquiqueña s'est elle-même redivisée entre atelier familial et fabrication industrielle.
Troisième front, celui de la propriété : le nom est aujourd'hui déposé au nom d'Arturo Mejía Koo, petit-fils du couple fondateur, qui a relancé la fabrication vers 1980 avec un seul boulanger et un seul four — ce qui laisse les autres confiseurs du Nord fabriquer le même gâteau sans pouvoir l'appeler ainsi.
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Tamisez la farine avec le bicarbonate et le sel dans un grand saladier, puis incorporez le saindoux froid coupé en morceaux. Travaillez du bout des doigts, ou à l'aide de deux couteaux comme le prescrivent les recueils, jusqu'à obtenir une texture de sable grossier où plus aucun morceau de gras n'est visible. Ce sablage est la seule source de friabilité du chumbeque, qui ne contient aucune levure : une matière grasse mal répartie donne des plaques dures par endroits et friables ailleurs.
Le pourquoiLe gras enrobe les particules de farine et les isole de l'eau, ce qui empêche le développement du gluten et produit une texture courte et cassante.
Ajoutez l'eau froide en trois fois, en ramenant la pâte vers le centre du bout des doigts après chaque ajout. Arrêtez dès que la masse se rassemble et devient homogène : le chumbeque ne se pétrit pas, il s'assemble. Divisez immédiatement en trois pâtons rigoureusement égaux, pesés à la balance, car trois plaques de tailles différentes rendraient l'empilage impossible à presser régulièrement.
Le pourquoiUne hydratation minimale et un travail court maintiennent le réseau de gluten à l'état embryonnaire, ce qui donne une plaque qui casse net au lieu de plier.
Abaissez chaque pâton au rouleau sur un papier cuisson, en visant TROIS MILLIMÈTRES d'épaisseur exactement et un rectangle de mêmes dimensions pour les trois. Piquez généreusement toute la surface à la fourchette, sans quoi la vapeur soulèvera la plaque en cloques irrégulières qui empêcheront ensuite un empilage plat. L'épaisseur est le paramètre critique de la recette : plus épaisse, la plaque n'absorbera pas le sirop, plus fine, elle se désagrégera au montage.
Le pourquoiÀ trois millimètres, la plaque cuit à cœur en vingt minutes et conserve une porosité suffisante pour absorber le sirop par capillarité.
Enfournez les plaques sur des plaques séparées, à cent quatre-vingts degrés, pendant une vingtaine de minutes. Elles doivent être sèches, blondes et fermes, sans jamais brunir : un chumbeque trop coloré prend un goût de biscuit grillé qui écrase les arômes du sirop. Surveillez de près à partir de la quinzième minute, car trois millimètres de pâte passent de blond à brun en moins de deux minutes.
Le pourquoiLa cuisson évapore l'eau de la pâte et crée le réseau poreux qui absorbera le sirop, tandis qu'une coloration excessive développe des composés amers de pyrolyse.
Pendant la cuisson des plaques, réunissez le sucre, l'eau et le jus de limón de Pica filtré dans une casserole à fond épais et portez à ébullition sans remuer. Laissez cuire jusqu'au FILET, c'est-à-dire jusqu'à ce qu'une goutte prélevée entre le pouce et l'index tire un fil de deux à trois centimètres qui casse net. C'est le point exact : en deçà, le sirop ne prendra pas et le chumbeque restera détrempé ; au-delà, il cristallisera et soudera les plaques en un bloc dur.
Le pourquoiL'inversion acide du saccharose en glucose et fructose abaisse la tendance du sirop à recristalliser en refroidissant et lui donne sa souplesse.
Retirez la casserole du feu dès le point atteint et jetez-y aussitôt les feuilles de figuier fraîches et le bâton de cannelle. Couvrez et laissez infuser cinq minutes, pas davantage, puis retirez feuilles et cannelle à la pince. Ce parfum de feuille de figuier est la signature aromatique du chumbeque du Nord, celle que les recettes appellent miel de higo, et il ne supporte ni l'ébullition ni une infusion prolongée qui le rendraient végétal et amer.
Le pourquoiLes lactones et coumarines de la feuille de figuier sont volatiles et se dégradent au-dessus de cent degrés ; l'infusion hors du feu les préserve.
Sortez la première plaque du four et badigeonnez-la immédiatement de sirop chaud à la louche ou au pinceau large, généreusement, en laissant le sirop pénétrer. Posez la deuxième plaque dessus, imbibez-la de même, puis la troisième, en terminant par une couche de sirop en surface. Tout doit être BRÛLANT, plaques comme sirop : à froid, la pâte n'absorbe rien et le sirop reste en surface où il collera aux doigts au lieu de se fondre dans le gâteau.
Le pourquoiUne pâte chaude a ses pores dilatés et le sirop chaud est nettement moins visqueux, ce qui permet la migration capillaire du sucre dans toute l'épaisseur.
Posez un papier cuisson sur la pile, puis une planche et deux à trois kilos de poids, et laissez reposer QUATRE À SIX HEURES à température ambiante. Ce pressage soude les trois couches, égalise l'épaisseur et laisse au sirop le temps de migrer jusqu'au cœur des plaques. Découpez ensuite au couteau bien affûté en rectangles réguliers d'environ cinq centimètres sur trois, en un seul geste par trait, et conservez à l'abri de l'humidité — le chumbeque se garde des semaines sans rien perdre.
Le pourquoiLe pressage prolongé permet l'équilibrage de l'activité de l'eau entre sirop et pâte, ce qui donne la texture ferme et non collante caractéristique du produit fini.
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Sourcer ou se taire
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