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Atlas Culinaire · Malaisie · Asie
Le dhal aux lĂ©gumes qui ne quitte jamais le nasi minyak d'un kenduri malais â ni purĂ©e ni soupe, mais un bouillon Ă©pais oĂč chaque lĂ©gume tient encore sa forme.
Le dalca malaisien a pourtant rompu avec son modĂšle sur quatre points parfaitement mesurables.
Premier point, la lĂ©gumineuse : Ajinomoto (Malaysia) Berhad, dans sa recette officielle de Vegetables Dalcha, prescrit 400 g de pois d'Angole â pigeon pea, toor dal, le kacang dal des Ă©piceries malaisiennes â trempĂ©s une nuit entiĂšre, et non le chana dal du Deccan.
DeuxiÚme point, les légumes : la courge bouteille hyderabadie a disparu au profit d'un quintette malaisien pomme de terre, carotte, aubergine, haricot long et gombo, que l'on retrouve à l'identique chez Rasa.my, la verticale culinaire du groupe Media Prima, et chez la blogueuse malaise Azie Kitchen.
TroisiĂšme point, le lait de coco, absent du dalcha indien et devenu norme en Malaisie â Rasa.my fait entrer huit tasses de santan clair et trois de santan Ă©pais dans une seule marmite â sauf qu'Azie Kitchen tranche Ă l'inverse dans son dalca tulang en Ă©crivant noir sur blanc que « santan adalah opsyenal », n'en met aucun, et assume une sauce plus foncĂ©e et plus franche.
QuatriĂšme point, la viande : Ajinomoto et Babe.com.my publient un dalca entiĂšrement vĂ©gĂ©tal, quand Aim Aris et Ahmad Salim le construisent sur 400 g de bĆuf Ă©mincĂ© dans Penang Local (Smith Street Books, 2021), recette relayĂ©e par le diffuseur public australien SBS.
Reste le tamarin, colonne vertĂ©brale acide du dalcha d'origine, conservĂ© par Penang Local et Azie Kitchen mais purement supprimĂ© par Ajinomoto â et c'est le seul de ces Ă©carts qui coĂ»te vraiment au plat, parce qu'une lentille et un lait de coco sans acide donnent une bouillie plate que ni le sel ni le piment ne rattrapent.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
Rincez le pois d'Angole Ă l'eau froide jusqu'Ă ce que l'eau sorte claire, puis couvrez-le largement d'eau et laissez-le gonfler toute une nuit, comme le prescrit la recette officielle d'Ajinomoto Malaysia. Le lendemain, Ă©gouttez, remettez dans une casserole avec 1,2 litre d'eau fraĂźche et le curcuma, sans une pincĂ©e de sel, et laissez frĂ©mir Ă dĂ©couvert en Ă©cumant la mousse grise des dix premiĂšres minutes. Vous cherchez le point exact oĂč un grain Ă©crasĂ© entre le pouce et l'index cĂšde sans rĂ©sistance mais oĂč la majoritĂ© des grains gardent encore leur forme de lentille bombĂ©e â comptez trente Ă trente-cinq minutes aprĂšs trempage, contre plus d'une heure sans. L'odeur passe du vĂ©gĂ©tal cru Ă quelque chose de rond et de lĂ©gĂšrement noisette, et l'eau de cuisson devient jaune opaque. Si vous avez dĂ©passĂ© le point et que tout s'est effondrĂ©, ne jetez rien : cette purĂ©e fera une liaison parfaite, il vous suffira de compenser en rĂ©servant quelques lĂ©gumes bien fermes.
Le pourquoiLe trempage rĂ©hydrate les cellules et amorce la solubilisation des pectines de la paroi, ce qui divise par deux le temps de gĂ©latinisation de l'amidon interne. Le sel et l'acide, Ă l'inverse, stabilisent ces pectines et bloquent le ramollissement â d'oĂč leur interdiction Ă ce stade.
Coupez tous les lĂ©gumes en morceaux volontairement gros â pommes de terre en quartiers, carottes en tronçons biseautĂ©s de trois centimĂštres, aubergines en gros bĂątons de quatre centimĂštres avec la peau, haricots longs en segments de cinq centimĂštres, gombos entiers ou coupĂ©s en deux â et rangez-les en trois coupelles distinctes selon leur temps de cuisson. Cette sĂ©paration est le vrai secret d'un dalca rĂ©ussi : un dalca de kenduri se reconnaĂźt Ă ce que chaque lĂ©gume est encore identifiable dans l'assiette, alors qu'une cuisson en une seule fournĂ©e transforme tout en purĂ©e uniforme. Broyez sĂ©parĂ©ment Ă©chalotes, ail et gingembre en pĂąte grossiĂšre, avec une cuillerĂ©e d'eau tout au plus. DĂ©layez enfin la poudre de curry dans quatre cuillerĂ©es d'eau froide pour obtenir une pĂąte souple : c'est ce que font Azie Kitchen comme Ajinomoto, et c'est la seule façon de l'empĂȘcher de brĂ»ler dans l'huile. Si vous ĂȘtes pressĂ©, sachez que couper petit ne fera pas gagner de temps mais coĂ»tera la texture, qui est tout l'intĂ©rĂȘt du plat.
Le pourquoiChaque légume a une pectine et une teneur en eau différentes, donc un point de cuisson différent. Les séparer permet de synchroniser les arrivées et d'obtenir un point de cuisson unique au moment du service.
Chauffez l'huile dans une grande cocotte Ă fond Ă©pais et jetez-y les graines de moutarde noire seules, puis couvrez Ă demi d'un couvercle car elles vont sauter dans tous les sens. Attendez de les entendre crĂ©piter comme du pop-corn miniature, une quinzaine de secondes, puis ajoutez d'un coup les feuilles de curry â qui vont grĂ©siller violemment et embaumer â la cannelle, l'anis Ă©toilĂ©, la cardamome fendue et les clous de girofle. C'est le tempering sud-indien, hĂ©ritĂ© des cuisiniers tamouls musulmans, et c'est lui qui donne au dalca son parfum reconnaissable entre tous dĂšs qu'on entre dans une Ă©choppe mamak. Vous cherchez une huile devenue brune et odorante, des feuilles de curry translucides et craquantes, et surtout aucune graine noircie. Si la moutarde brunit trop vite, retirez la cocotte du feu quelques secondes plutĂŽt que de baisser la flamme, l'inertie du fond Ă©pais suffira.
Le pourquoiLes graines de moutarde contiennent de la sinigrine, qui ne se transforme en isothiocyanate aromatique qu'aprÚs rupture de la graine sous l'effet de la chaleur. Tant qu'elles n'ont pas éclaté, elles n'apportent qu'une amertume crue.
Versez la pùte d'échalote, d'ail et de gingembre dans l'huile parfumée et faites-la revenir à feu moyen en remuant sans relùche jusqu'à ce qu'elle perde son cru et prenne une couleur beige doré, puis incorporez la pùte de curry délayée. Poursuivez huit à dix minutes : c'est long, c'est fastidieux, c'est pourtant l'étape qui décide de tout, parce qu'une poudre de curry insuffisamment cuite laisse dans le plat un goût de placard à épices que rien n'efface ensuite. Le bruit change progressivement, du glouglou humide au grésillement sec, et vous verrez apparaßtre ce que les Malaisiens appellent pecah minyak, une pellicule d'huile rouge orangé qui se sépare visiblement de la pùte et remonte sur les bords. L'odeur, elle, passe du poussiéreux au torréfié franchement appétissant. Si la pùte accroche et menace de noircir, deux cuillerées d'eau et un coup de spatule pour décoller les sucs vous remettent en selle sans perdre une miette de goût.
Le pourquoiLa cuisson prolongée dans le corps gras extrait les composés aromatiques liposolubles des épices moulues et déclenche des réactions de Maillard entre les sucres et les acides aminés des alliacées, ce qui construit la profondeur du curry.
Versez l'eau de cuisson jaune du dal dans la cocotte, environ 700 ml, grattez le fond pour dissoudre tous les sucs collĂ©s, puis ajoutez les pommes de terre et les carottes et portez Ă petit bouillon. Ces deux lĂ©gumes-lĂ ont besoin de bien plus de temps que les autres, et les Malaisiens disent explicitement de mettre d'abord ceux qui sont durs â « masukkan sayuran yang keras dulu » â puis les tendres. Laissez cuire douze minutes Ă couvert, jusqu'Ă ce que la pointe d'un couteau entre dans une pomme de terre avec une lĂ©gĂšre rĂ©sistance au cĆur, sans que le morceau se fende. Le bouillon prend Ă ce moment-lĂ une belle teinte ocre et commence Ă sentir la pomme de terre cuite au curry, trĂšs caractĂ©ristique. Si vos pommes de terre se dĂ©litent dĂ©jĂ , sortez-les Ă l'Ă©cumoire et remettez-les seulement Ă la toute fin, avec la tomate.
Le pourquoiLa cuisson des légumes racines exige la dissolution thermique des pectines de la lamelle moyenne, qui ne s'opÚre qu'au-dessus de 80 °C et prend d'autant plus de temps que le morceau est gros et que le milieu est acide.
Ajoutez les tronçons d'aubergine avec leur peau, les haricots longs puis les gombos, et enfoncez-les doucement dans le bouillon sans remuer brutalement. L'aubergine boit Ă©normĂ©ment de liquide et gonfle, les haricots longs virent au vert olive en quelques minutes, et les gombos, s'ils sont laissĂ©s entiers, ne libĂ©reront pas leur mucilage. Huit minutes suffisent largement : l'aubergine doit ĂȘtre fondante sous la dent mais garder ses arĂȘtes visibles, les haricots doivent claquer lĂ©gĂšrement. Vous verrez la surface du bouillon s'Ă©paissir naturellement Ă mesure que l'amidon des lĂ©gumes se diffuse. Si vous avez dĂ» remuer et que les aubergines commencent Ă s'ouvrir, arrĂȘtez le brassage et contentez-vous d'incliner la cocotte pour rĂ©partir le liquide.
Le pourquoiLe gombo enferme un mucilage polysaccharidique dans ses loges ; tant que la gousse n'est pas tranchée, l'eau de cuisson ne l'extrait pas et le bouillon reste limpide.
Versez le dal Ă©gouttĂ© dans la cocotte, puis le lait de coco Ă©pais, et ramenez au frĂ©missement â au frĂ©missement seulement, jamais Ă gros bouillons. Remuez trĂšs doucement en soulevant par le fond, en huit, pour rĂ©partir sans casser les lĂ©gumes. C'est ici que se joue la texture recherchĂ©e, celle qui n'est ni une purĂ©e de dhal ni une soupe claire : le dalca doit napper le dos d'une louche et couler en un ruban Ă©pais, tout en laissant chaque lĂ©gume nettement sĂ©parĂ©. Vous saurez que vous y ĂȘtes quand la surface prend un aspect satinĂ© et que le liquide, versĂ© d'une louche, retombe en filet continu et non en gouttes. Si c'est trop Ă©pais, allongez avec le reste d'eau de cuisson du dal ; si c'est trop liquide, Ă©crasez une louche de dal contre la paroi et rĂ©incorporez, cela liera sans farine ni fĂ©cule.
Le pourquoiLe lait de coco est une émulsion d'huile dans l'eau stabilisée par des protéines ; au-delà de l'ébullition franche, ces protéines coagulent et l'émulsion se rompt, libérant l'huile en surface. L'amidon libéré par le dal, lui, épaissit par gélatinisation.
Filtrez le tamarin dĂ©layĂ© pour en retirer fibres et pĂ©pins, versez-le dans la cocotte avec les quartiers de tomate, le sel et la pointe de sucre de palme, et laissez cuire cinq minutes tout au plus. GoĂ»tez sĂ©rieusement Ă cet instant : vous devez percevoir, dans cet ordre, le rond du coco, le torrĂ©fiĂ© du curry, puis une pointe acide qui relĂšve la fin de bouche et vous donne envie de la cuillerĂ©e suivante. Si l'acide manque, ajoutez le tamarin par demi-cuillerĂ©es et regoĂ»tez Ă chaque fois, jamais d'un coup, car il est impossible de revenir en arriĂšre. Coupez ensuite le feu et laissez reposer un quart d'heure Ă couvert : le dalca s'Ă©paissit encore, les Ă©pices se fondent, et il est franchement meilleur rĂ©chauffĂ© le lendemain â c'est pourquoi les traiteurs de kenduri le prĂ©parent la veille. Servez avec du nasi minyak, du nasi briyani ou du riz blanc, du roti canai ou du roti jala.
Le pourquoiL'acidité du tamarin, apportée par les acides tartrique et citrique, abaisse le pH et rehausse la perception des composés aromatiques volatils tout en coupant la sensation grasse du lait de coco sur la langue.
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Sourcer ou se taire
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