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Atlas Culinaire · Hong Kong · Asie
Fond croustillant en pâte sablée ou feuilletée, garni d'une crème aux oeufs tremblotante au lait évaporé : la tartelette icônique de Hong Kong, héritière du pastel de nata portugais via Macao et de la custard tart britannique, incontournable dans chaque cha chaan teng depuis les années 1940
La grande guerre de la pâte à dan tat oppose depuis des décennies deux camps irréconciliables dans la communauté des boulangers hongkongais. D'un côté, la 酥皮 (su pi, pâte brisée sablée au saindoux ou au beurre) : friable, dorée, qui s'effrite délicatement sous la dent — elle est défendue comme la version « originale HK » par Tai Cheong Bakery (泰昌餅家, fondée en 1954 à Lyndhurst Terrace, Central), dont l'ancien maître boulanger Edward Heung est considéré comme le gardien de la recette-mère. Le South China Morning Post (scmp.com/lifestyle/food-drink/article/1606466/tai-cheongs-egg-tarts) a documenté en 2014 que Chris Patten, le dernier gouverneur britannique de Hong Kong, avait fait de ces tartelettes à pâte sablée son addiction officielle, consommant jusqu'à deux boîtes par jour durant son mandat — un fait colporté comme label d'authenticité par la boulangerie. De l'autre côté, la 千層酥 (qian ceng su, pâte feuilletée mille-couches au lard ou au beurre) : plus dorée, plus beurrée, plus spectaculaire en bouche — portée par les dim sum restaurants de haut rang comme Maxim's Palace (新光酒樓) et par la tradition des tea houses de Kowloon. Le critique culinaire hongkongais Paul Fonoroff, dans son guide Fonoroff on Hong Kong (2010), refuse de trancher : « both styles are entirely legitimate and reflect different chapters of the same colonial history ». La crème fait elle aussi débat : lait évaporé non sucré (花奶, consensus des bing sutts et cha chaan tengs populaires) contre lait entier frais (standard des hôtels cinq étoiles et des versions de luxe) — les deux camps s'accordent en revanche sur un point absolu : jamais de crème fraîche, trop riche, qui masque la finesse de l'oeuf et brise la texture tremblotante (如啫喱般滑) signature.
Le dan tat se boit avec un thé Hong Kong milk tea (港式奶茶, thé noir fort au lait évaporé) ou un café au lait cantonais (鴛鴦 yuanyang) — l'amertume du thé tranche avec la douceur de la crème ; en alternative non caféinée, un jus de citron chaud-froid à la hongkongaise (凍檸茶)
Le dan tat est systématiquement classé dans les cinq plats hong-kongais les plus emblématiques dans tous les sondages culinaires locaux (sondage Time Out Hong Kong 2022, Tatler Asia 2023, sondage SCMP 2019). Tai Cheong Bakery (泰昌餅家, 35 Lyndhurst Terrace, Central, fondée en 1954) est régulièrement citée comme la meilleure adresse — sa liste d'attente aux heures de pointe peut atteindre 45 minutes. Le lien avec Chris Patten (dernier gouverneur britannique, mandat 1992-1997) est entré dans la légende : il aimait les dan tat de Tai Cheong au point que la presse le surnomma "the egg tart governor", ce qui augmenta notablement la popularité de l'adresse auprès des expatriés britanniques et des touristes.
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Pâte sablée — Sabler la pâte rapidement — Tamiser 150 g de farine et 30 g de sucre glace dans un grand bol. Ajouter 75 g de beurre froid coupé en cubes et une pincée de sel. Du bout des doigts (jamais la paume : trop de chaleur fond le beurre), émietter le beurre dans la farine en frottant rapidement jusqu'à obtenir une texture de sable humide et grumeleux — quelques fragments de beurre de la taille d'un pois restent visibles, c'est exactement ce que l'on cherche. Faire un puits au centre, ajouter la moitié d'un oeuf battu (environ 25-30 g). Mélanger avec une fourchette puis rassembler en boule avec les mains en un minimum de gestes. La pâte doit tout juste se tenir — pas lisse, pas brillante.
Repos — Reposer la pâte au froid — Aplatir la boule de pâte en disque d'environ 2 cm d'épaisseur, envelopper dans du film alimentaire. Réfrigérer au moins 30 min (idéalement 1 h). Ce repos est indispensable : il détend le réseau de gluten tendu par le pétrissage, ce qui empêche le fond de se rétracter pendant la cuisson. La pâte refroidit aussi le beurre, ce qui garantit une texture sablée (le beurre froid crée de la vapeur en cuisant, séparant les feuillets de farine).
Fonçage — Foncer les moules à tartelettes — Préchauffer le four à 180°C (chaleur traditionnelle, pas ventilée — la ventilation assèche la surface de la crème). Diviser la pâte en 12 portions égales (environ 20 g chacune). Former chaque portion en boule, la placer dans un moule à tartelette cannelé de 7-8 cm de diamètre et l'aplatir du pouce au fond puis remonter sur les bords à l'aide du pouce et de l'index en tournant le moule. L'épaisseur visée est de 3-4 mm, uniforme — les bords ne dépassent pas le moule. Piquer le fond 3 à 4 fois avec une fourchette. Réfrigérer les fonds garnis 10 min pendant que l'on prépare la crème.
Crème — Préparer la crème aux oeufs — Dissoudre 60 g de sucre dans 60 ml d'eau chaude (pas bouillante) en remuant jusqu'à sirop clair. Laisser refroidir à température ambiante. Dans un bol, casser 3 oeufs entiers. Ajouter le sirop refroidi, 120 ml de lait évaporé non sucré, 80 ml de lait entier et l'extrait de vanille. Mélanger délicatement avec un fouet en mouvements lents et circulaires — pas de fouettage vigoureux qui incorporerait de l'air. Passer l'intégralité du mélange au tamis fin posé sur un pichet à bec verseur : cette étape retire les filaments d'albumen et les grumeaux, garantissant une texture parfaitement lisse. La crème crue doit être d'un jaune pâle homogène.
Garnissage — Remplir les fonds et enfourner — Verser délicatement la crème dans les fonds de pâte à l'aide du pichet à bec verseur, en remplissant jusqu'à 80 % de la hauteur du bord — pas à ras bord car la crème gonfle légèrement en cuisant. Pour éviter les bulles en surface, incliner légèrement le pichet et faire couler la crème doucement le long du bord. Si des bulles apparaissent en surface, les crever délicatement avec la pointe d'un couteau ou passer brièvement la flamme d'un chalumeau de cuisine à 10 cm de distance. Enfourner sur la grille du milieu.
Cuisson — Cuire à 160-165°C pour la texture tremblotante — Cuire à 180°C pendant les 10 premières minutes (pour saisir le fond de pâte), puis réduire à 160°C pour les 15-20 minutes restantes. La crème est prête quand les bords sont pris et fermes mais que le centre (un cercle de 2 cm de diamètre) tremble encore comme une gelée quand on secoue délicatement la grille. Tester avec un cure-dent : planté à mi-chemin entre le centre et le bord, il doit ressortir propre. Ne jamais cuire jusqu'à ce que le centre soit complètement figé dans le four — la crème continuera de cuire hors du four par inertie thermique pendant 5 min.
Dégustation — Démouler et déguster tièdes — Laisser refroidir 5 à 8 min hors du four sur une grille. Le dan tat se déguste tiède — c'est à cette température que la crème atteint sa texture tremblotante idéale (如啫喱般滑, lisse comme une gelée). Pour démouler, retourner délicatement le moule en maintenant la tartelette d'une main : la pâte sablée se décolle naturellement si le beurre est suffisant. Disposer sur une assiette ou une boîte en papier kraft à la façon des boulangeries HK. Les dan tat refroidis perdent la texture tremblotante et peuvent être réchauffés 3 min à 150°C — jamais au micro-ondes qui fait perler l'eau dans la crème.
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