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Atlas Culinaire · Haïti · Nord & Cap-Haïtien
Le riz de fĂȘte haĂŻtien, teintĂ© gris-noir par l'eau de trempage du djondjon, petit champignon sauvage du Nord. Sa couleur d'encre et son parfum de sous-bois en font un plat de cĂ©rĂ©monie.
On le reconnaĂźt avant mĂȘme d'y goĂ»ter : ce riz sombre, presque noir, qui ne ressemble Ă aucun autre. La couleur ne vient pas d'un colorant mais du djondjon, un petit champignon sauvage (du genre *Psathyrella*) qui pousse dans les zones humides et montagneuses du nord d'HaĂŻti et autour de la vallĂ©e de l'Artibonite, ce grenier fertile du pays. On le rĂ©colte aprĂšs les grandes pluies, Ă la fin de l'Ă©tĂ©, puis on le fait sĂ©cher. Son nom mĂȘme raconte l'histoire coloniale de l'Ăźle : « djondjon » viendrait du français *champignon*, crĂ©olisĂ© sur la langue.
Le djondjon véritable est rare et coûteux hors d'Haïti, ce qui a répandu des substituts (champignons asiatiques comme le shiitaké ou la trompette-des-morts, cubes assaisonnés « djon-djon »).
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
Déposez les djondjon séchés dans un bol résistant à la chaleur. Versez l'eau bouillante par-dessus et laissez tremper 20 à 30 minutes.
Le pourquoiL'eau chaude dissout les pigments sombres et les composés aromatiques logés dans le champignon. C'est ce trempage, et non la chair du djondjon, qui portera toute la couleur et le parfum du plat.
Filtrez le liquide à travers une étamine fine ou un filtre à café pour retenir les particules. Réservez précieusement ce liquide noir (environ 700 ml) et gardez les champignons à part.
Le pourquoiLes débris de champignon rendraient le riz sableux et trouble. Le liquide clair et filtré est le véritable ingrédient de coloration et de goût.
Ămincez oignon, Ă©chalote et ail. Effeuillez le thym, ciselez le persil. En version crevettes, dĂ©cortiquez-les en gardant les tĂȘtes et carapaces.
Le pourquoiLes aromates frais construisent la base parfumĂ©e haĂŻtienne (façon Ă©pis) qui soutient le goĂ»t terreux du djondjon. TĂȘtes et carapaces sont une rĂ©serve d'umami Ă ne pas gaspiller.
En version crevettes, faites bouillir 5 minutes les tĂȘtes et carapaces dans 200 ml du liquide djondjon. Filtrez, puis rĂ©unissez avec le reste du liquide.
Le pourquoiLa chaleur extrait le glutamate et les sucs des carapaces, qui se marient au goût du champignon pour un fond marin profond et rond.
Dans une grande casserole, chauffez l'huile. Saisissez les crevettes (ou le poulet, ou les lardons) avec une partie des aromates 3 Ă 5 minutes. Salez, poivrez.
Le pourquoiLa saisie caramélise les sucres et les protéines en surface (réaction de Maillard) et dépose des sucs au fond de la casserole, socle de goût pour le riz.
Ajoutez le reste des aromates (thym, persil, clous de girofle, laurier) puis le riz long grain. Faites revenir 2 Ă 3 minutes en remuant.
Le pourquoiEnrober chaque grain de matiÚre grasse chaude scelle l'amidon en surface : les grains resteront détachés plutÎt que de coller en masse pùteuse.
Versez tout le liquide djondjon (environ 700 ml). Ajoutez les petits pois et les champignons réservés. Posez le piment scotch bonnet ENTIER sur le dessus, sans le percer. Salez et portez à frémissement.
Le pourquoiLe riz cuit par absorption de ce liquide, ce qui le teinte et le parfume Ă cĆur. Le piment entier ne diffuse qu'un arĂŽme fruitĂ© tant que sa peau reste intacte.
Couvrez hermétiquement, baissez le feu au minimum et laissez cuire 25 minutes sans soulever le couvercle.
Le pourquoiLa vapeur emprisonnĂ©e cuit le riz de maniĂšre homogĂšne. Ouvrir la fait s'Ă©chapper, ce qui dĂ©sĂ©quilibre la cuisson et peut laisser le cĆur cru.
Hors du feu, laissez reposer couvert 5 minutes. AĂ©rez dĂ©licatement Ă la fourchette et retirez le piment entier. Le riz doit ĂȘtre gris-noir uniforme, jamais marron.
Le pourquoiLe repos laisse l'humidité se répartir et raffermir les grains. Aérer à la fourchette les sépare sans les écraser.
Dressez le riz en dÎme dans un grand plat de service. Disposez crevettes ou poulet sur le dessus, parsemez de persil. Servez avec des bananes pesées (banann peze) et de l'avocat.
Le pourquoiLe contraste du riz sombre et des garnitures claires met en valeur ce plat de cérémonie, pensé pour les grandes tablées.
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Le riz blanc nature est le socle quotidien de la table haĂŻtienne ; le diri djondjon en est la version de fĂȘte, teintĂ©e et parfumĂ©e par le champignon lĂ oĂč le diri blan reste neutre.
Voir la recette âCousineLa base aromatique de thym, persil, ail, oignon et Ă©chalote qui parfume le diri djondjon relĂšve de la mĂȘme logique que l'Ă©pis, condiment fondateur de la cuisine crĂ©ole haĂŻtienne.
Voir la recette âVarianteC'est le mĂȘme riz noir au djondjon, dans sa version emblĂ©matique du Cap-HaĂŻtien garnie de cribiches (Ă©crevisses d'eau douce). Cette fiche-ci est la version gĂ©nĂ©rale du plat, l'autre en fixe la dĂ©clinaison rĂ©gionale du Nord.
Voir la recette âCousineAutre grand riz composĂ© haĂŻtien cuit par absorption avec ses aromates : le pwa wouj colore et enrichit le riz aux haricots rouges comme le djondjon le fait au champignon.
Voir la recette âDe l'autre cĂŽtĂ© d'Hispaniola, la RĂ©publique dominicaine cultive aussi le riz composĂ© cuit par absorption avec lĂ©gumineuses et aromates ; une parentĂ© insulaire directe, sans le champignon endĂ©mique haĂŻtien.
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