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Atlas Culinaire · Guyane française · Amériques
La feijoada brĂ©silienne traversant l'Oyapock : haricots noirs, porc braisĂ© et viande boucanĂ©e guyanaise, servis avec du couac au lieu de la farofa â le plat qui raconte la frontiĂšre poreuse entre AmapĂĄ et Guyane française depuis le carbet jusqu'Ă la place de Saint-Georges
La feijoada de Saint-Georges cristallise un dĂ©bat non tranchĂ© sur son identitĂ© culinaire : s'agit-il d'une recette brĂ©silienne importĂ©e, ou d'une crĂ©ation guyanaise autonome ? Selon Wikipedia Cuisine guyanaise, la cuisine brĂ©silienne a "popularisĂ© la feijoada en Guyane française" â ce qui la positionne comme un emprunt culturel. Mais plusieurs sources de terrain (voyagesailleurs.canalblog.com, alacroiseedeschemins.fr) dĂ©crivent comment les habitants de Saint-Georges et les piroguiers de l'Oyapock servaient la feijoada avec du couac (farine de manioc locale) bien avant l'inauguration du pont en mars 2017, substituant la farofa brĂ©silienne par le couac amĂ©rindien disponible au marchĂ© local â substitution documentĂ©e par gastronomie-outremer.over-blog.com qui signale explicitement que "le couac peut ĂȘtre consommĂ© grillĂ© en matiĂšre grasse comme accompagnement (plat appelĂ© Farofa au BrĂ©sil)". La deuxiĂšme controverse porte sur l'incorporation de viandes boucanĂ©es guyanaises (acoupa, poulet boucanĂ©) aux cĂŽtĂ©s des charcuteries brĂ©siliennes (saucisse calabresa, carne seca) : les familles brĂ©siliennes installĂ©es Ă Saint-Georges intĂšgrent le boucanĂ© de riviĂšre comme viande de remplacement ou d'enrichissement, crĂ©ant un plat hybride que ni le BrĂ©sil ni la Guyane ne revendiquerait pleinement. Le SĂ©nat français (rapport l15-552 sur l'accord transfrontalier France-BrĂ©sil relatif aux "produits de subsistance" entre Saint-Georges et Oiapoque) documente les Ă©changes alimentaires quotidiens, confirmant que les frontiĂšres du plat sont aussi poreuses que celles de l'Oyapock.
CaĂŻpirinha (cachaça, citron vert, sucre pilĂ©) pour un accord franco-brĂ©silien festif â boisson documentĂ©e Ă Saint-Georges par alacroiseedeschemins.fr. Jus de maracuja (fruit de la passion) non sucrĂ© pour une version sans alcool fidĂšle aux pratiques de table de la communautĂ© brĂ©silienne du quartier. BiĂšre Brahma ou Antarctica (importĂ©es d'Oiapoque) lors des repas familiaux du dimanche.
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La veille au soir, placer les haricots noirs dans un grand saladier et couvrir de 2 litres d'eau froide. Dans un second rĂ©cipient, placer la carne seca (si utilisĂ©e) dans 1 litre d'eau froide. Laisser tremper au minimum 12 heures (idĂ©alement 16 Ă 18 heures) en changeant l'eau des viandes au moins deux fois. Les haricots absorbent l'eau et gonflent â ils doivent presque doubler de volume. L'eau de trempage des haricots noircit lĂ©gĂšrement : c'est normal et attendu (pigments anthocyaniques solubles). Cette Ă©tape est non nĂ©gociable : des haricots non trempĂ©s n'atteignent jamais la texture fondante caractĂ©ristique de la feijoada, mĂȘme aprĂšs 3 heures de cuisson.
Ăgoutter et rincer les haricots. Ăgoutter et tamponner la carne seca. Couper les travers de porc en morceaux de 5 cm, les saucisses en rondelles Ă©paisses de 2 cm. Si le poulet boucanĂ© ou l'acoupa boucanĂ© guyanais est trĂšs salĂ©, le dessaler 30 minutes dans l'eau tiĂšde avant de l'effilocher grossiĂšrement. Dans un grand faitout (minimum 6 litres) ou une cocotte en fonte, faire chauffer l'huile Ă feu vif. Saisir les travers de porc et le lard en plusieurs fois (sans surcharger) jusqu'Ă coloration dorĂ©e â 5 Ă 7 minutes par fournĂ©e. Cette Ă©tape de dorure gĂ©nĂšre les composĂ©s de Maillard qui donneront leur profondeur au bouillon : ne pas sauter ce bronzage des viandes.
Dans le faitout (sans vider la graisse de cuisson des viandes), rĂ©duire le feu Ă moyen. Ajouter l'oignon Ă©mincĂ© et faire revenir 6 Ă 8 minutes jusqu'Ă ce qu'il soit translucide et lĂ©gĂšrement dorĂ©. Ajouter l'ail hachĂ© et remuer constamment pendant 2 minutes jusqu'Ă ce qu'il libĂšre son arĂŽme sans brĂ»ler. DĂ©glacer avec une louche d'eau si des sucs accrochent au fond : ces sucs caramĂ©lisĂ©s sont riches en goĂ»t et ne doivent pas ĂȘtre perdus. La base aromatique est prĂȘte quand l'ensemble sent profondĂ©ment le sofrito brĂ©silien â oignon fondu, ail toastĂ©.
Remettre toutes les viandes dorĂ©es dans le faitout (travers, lard, saucisses). Ajouter les haricots noirs Ă©gouttĂ©s et rincĂ©s. Couvrir d'eau froide Ă hauteur plus 5 cm supplĂ©mentaires. Ajouter les feuilles de laurier, la tige de coriandre entiĂšre et le piment wiri-wiri entier. Porter Ă Ă©bullition Ă feu vif en Ă©cumant rĂ©guliĂšrement la mousse grise qui remonte en surface pendant les 10 premiĂšres minutes â cette mousse contient des protĂ©ines coagulĂ©es et des impuretĂ©s qui troubles le bouillon si on ne les retire pas. RĂ©duire ensuite Ă feu doux (frĂ©missement rĂ©gulier visible en surface) et couvrir partiellement.
phase principale â Laisser mijoter Ă couvert (avec une lĂ©gĂšre ouverture pour laisser s'Ă©chapper la vapeur) pendant 1 heure 30 Ă feu doux. Ă mi-cuisson (45 minutes), ajouter le poulet boucanĂ© ou l'acoupa boucanĂ© guyanais effilochĂ©. Retirer l'orange Ă ce mĂȘme moment. Les haricots doivent progressivement passer de fermes Ă fondants : tester en Ă©crasant un haricot entre deux doigts â au bout de 1 h 30, il doit s'Ă©craser sans rĂ©sistance avec une texture crĂ©meuse. Ajouter de l'eau chaude si le niveau de liquide baisse au-dessous des haricots. Ne jamais ajouter d'eau froide pendant la cuisson : le choc thermique durcit les haricots. Corriger le sel Ă mi-cuisson (goĂ»ter avant d'ajouter â la carne seca et le boucanĂ© sont dĂ©jĂ salĂ©s).
En fin de cuisson, retirer le piment wiri-wiri entier, les feuilles de laurier et la tige de coriandre. Ă l'aide d'une louche, sortir 4 Ă 5 grosses louches de haricots et les Ă©craser contre les parois du faitout ou dans un bol sĂ©parĂ© avec un pilon. RĂ©incorporer cette purĂ©e de haricots dans le ragoĂ»t en remuant bien : les haricots Ă©crasĂ©s Ă©paississent naturellement le bouillon en une sauce noire brillante et veloutĂ©e. La consistance idĂ©ale est celle d'une sauce qui nappe lĂ©gĂšrement le dos d'une cuillĂšre sans ĂȘtre liquide. Si trop Ă©pais, allonger avec un peu d'eau chaude. Si trop liquide, dĂ©couvrir et faire rĂ©duire Ă feu moyen 10 Ă 15 minutes supplĂ©mentaires.
Dans une poĂȘle sĂšche antiadhĂ©sive, faire chauffer Ă feu moyen. Verser le couac et remuer constamment Ă la spatule en bois pendant 3 Ă 4 minutes jusqu'Ă ce qu'il soit lĂ©gĂšrement grillĂ© et dĂ©gage son arĂŽme de manioc toastĂ©. Ajouter le beurre ou l'huile de coco, mĂ©langer rapidement 1 minute et retirer du feu. Le couac revenu doit avoir une consistance sableuse-lĂ©gĂšre, couleur lĂ©gĂšrement dorĂ©e, avec une odeur de noisette-manioc. Servir dans un bol sĂ©parĂ© Ă table, comme la farofa au BrĂ©sil. La diffĂ©rence de texture avec la farofa est notable : le couac reste plus granuleux et moins collant, absorbant le bouillon de la feijoada de façon plus progressive.
SimultanĂ©ment, prĂ©parer le riz blanc en cuisson absorption et faire revenir le chou vert en chiffonnade avec une gousse d'ail et un filet d'huile, 5 minutes Ă feu vif. Sortir le faitout de la feijoada directement sur la table (ou dans un plat de service creux). Disposer autour : le bol de couac revenu, le plat de riz, le chou sautĂ© et les rondelles d'orange. Ă Saint-Georges, la tradition brĂ©silienne du repas de feijoada est un repas du dimanche midi, convivial, oĂč le faitout trĂŽne au centre et oĂč chaque convive se sert lui-mĂȘme Ă volontĂ© â les piroguiers de l'Oyapock l'ont rendu populaire comme "repas de ticket" : un aller-retour BrĂ©sil/Guyane se payait parfois en assiette de feijoada.
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