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Atlas Culinaire · Vatican · Europe
Le vin des papes depuis la Renaissance — Malvasia sur terroir volcanique, servi à la table du Saint-Siège depuis Clément VII
La grande controverse du Frascati est ampélographique et réglementaire : sous l'ancienne DOC de 1966, les producteurs pouvaient incorporer jusqu'à 35 % de Trebbiano Toscano, un cépage de haut rendement mais de personnalité quasi nulle, qui donnait un vin banal, dilué et sans tension minérale — ce qui valut au Frascati sa réputation de « vin de carafe à boire sans y penser » jusqu'aux années 1990 et l'enfonça dans le marché de masse (7 €/bouteille grande distribution). Le tournant décisif fut le passage en DOCG en 2011 (disciplinare approuvé le 20 septembre 2011, JO du 14 octobre) : la Malvasia bianca di Candia et/ou la Malvasia del Lazio (Malvasia puntinata) deviennent obligatoires à minimum 70 %, reléguant le Trebbiano Toscano à un rôle complémentaire dans les 30 % restants. Ce « retour à la Malvasia » fut salué par le Gambero Rosso (Tre Bicchieri 2026 accordés à Villa Simone et Gabriele Magno sur des cuvées 100 % Malvasia puntinata) et par Slow Food Lazio, mais contesté par les producteurs de l'ancienne école, le Trebbiano Toscano étant moins capricieux à cultiver et moins sensible au botrytis. Stefano Asaro, président de Slow Food Frascati e Terre Tuscolane, tranche nettement : seule la Malvasia del Lazio (dite « puntinata » pour ses points dorés sur la baie) exprime le minéral volcanique des Colli Albani — le Trebbiano Toscano, lui, l'efface. Source : https://www.agraria.org/vini/disciplinarefrascati-superiore.htm
Le Frascati Superiore DOCG s'accorde avec la cuisine romaine pontificale : fettuccine alla papalina (créées vers 1935 pour le cardinal Pacelli, futur Pie XII), baccalà alla romana, stracciatella in brodo, abbacchio al forno, poissons grillés des trattorie du bord du lac Albano. À la table vaticane moderne, il accompagne les repas officiels avec les antipasti romani et les pasta al burro e salvia. Option sobre non alcoolisée : une eau gazeuse de source du Latium avec rondelle de citron sur les mêmes accords fromage frais et légumes grillés.
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Vérifiez impérativement la mention "DOCG" et "Superiore" sur l'étiquette — le simple "Frascati DOC" est une dénomination inférieure aux exigences moins strictes. Cherchez les noms de producteurs reconnus : Villa Simone (Vigneto Falconieri), Gabriele Magno (La Torretta di Valle Marciana), Casale Marchese, Poggio Le Volpi. Le millésime est obligatoire sur l'étiquette selon le disciplinare — un signe de sérieux. Évitez les bouteilles sans millésime ou les conditionnements en carton : la Malvasia est fragile à l'oxydation.
ni trop froid, ni chambre — La plage idéale de service est 10-12 °C : assez frais pour préserver la vivacité et la tension acide, mais pas trop froid pour laisser s'exprimer les arômes floraux et fruités de la Malvasia. Si vous sortez la bouteille du réfrigérateur (4 °C), attendez 10 à 15 minutes à température ambiante. Si la bouteille est à température ambiante estivale (20-22 °C), mettez-la 45 minutes au réfrigérateur. Un verre d'eau glacé versé sur la bouteille descend la température de 3-4 °C en 5 minutes.
Un verre tulipe à bord médian (type Riedel Vinum Chardonnay ou équivalent de 400-450 ml) est idéal : large assez pour concentrer les arômes floraux et fruités, mais pas trop ouvert pour ne pas accélérer l'oxydation. Remplissez au tiers maximum (environ 10-12 cl). Évitez les verres à eau larges et bas qui dispersent les arômes, et les verres à dégustation trop petits qui concentrent excessivement l'alcool (12 % vol. minimum selon le disciplinare).
jaune paille aux reflets verts ou dorés — Inclinez le verre sur fond blanc : le Frascati Superiore DOCG présente une couleur jaune paille (giallo paglierino) plus ou moins intense selon le millésime et l'assemblage. Un reflet vert léger signale un vin de jeunesse expressif ; des reflets dorés indiquent un peu d'élevage ou une année chaude favorisant la concentration. La limpidité doit être parfaite — le disciplinare exige une absence de défaut. Un voile trouble peut signaler une mauvaise conservation ou une bouteille défectueuse.
fleurs blanches, pêche, amande, minéral volcanique — Au nez : premiers arômes de fleurs blanches (acacia, fleur d'oranger), pêche blanche, pomme, et une note d'amande caractéristique de la Malvasia. Après quelques secondes en verre, le fond minéral volcanique émerge — une sensation de pierre à fusil ou de silex humide, signature des Colli Albani. La Malvasia del Lazio puntinata apporte souvent une touche de camomille et d'herbes fraîches. Dans les versions Riserva, des notes plus complexes de miel, cire et agrumes confits se développent sans masquer la minéralité.
frais, légèrement gras, finale amère — En bouche, le Frascati Superiore présente une attaque fraîche et vive, une texture légèrement grasse et veloutée (sapido, morbido, vellutato selon le disciplinare), et une finale caractéristique légèrement amère — signature de la Malvasia qui distingue ce vin de tous les autres blancs italiens. L'acidité totale minimum est de 4,5 g/l et l'alcool minimum de 12 % vol. : un équilibre classique, ni trop léger ni trop lourd. La persistance aromatique (longueur en bouche) est modérée sur le standard, longue sur les meilleures cuvées Riserva.
la table de Rome — Le Frascati Superiore accompagne naturellement la cuisine romaine et de la campagne ciociari : poissons grillés ou au four, pâtes alla papalina (fettuccine prosciutto-pois-parmesan, créées vers 1935 pour le cardinal Pacelli, futur Pie XII), baccalà alla romana, stracciatella in brodo vaticane, artichokes alla giudia, carciofi romani, fromages frais du Latium. Évitez les plats trop forts en épices ou les viandes rouges braisées qui écraseront la délicatesse de la Malvasia. Un filet de citron sur le poisson grillé est un accord classique testé depuis des siècles sur les terrasses des fraschette des Castelli Romani.
Paolo III, Sante Lancerio et Grégoire XVI — La connexion entre le Frascati et la papauté est documentée depuis au moins le XVIe siècle : le pape Paolo III Farnese (1534-1549) adopta les vins des Castelli Romani comme pilier de sa cave pontificale, et son sommelier Sante Lancerio — reconnu comme « le premier sommelier de l'histoire » dans une lettre adressée au cardinal Guido Ascanio Sforza vers 1550 — dressa un inventaire des 53 meilleurs vins goûtés à la cour, incluant les productions de Frascati, Marino et Grottaferrata. Au XIXe siècle, le pape Grégoire XVI (1831-1846) fut surnommé par le peuple romain "Gregorio Bevo" pour son amour déclaré du Frascati. Le Saint-Siège possédait jusqu'en 1870 (fin des États pontificaux) plusieurs vignobles dans les Castelli Romani — Castel Gandolfo, la résidence d'été papale, se trouve au cœur de l'appellation, et les papes font encore cultiver deux hectares de vignes dans ses jardins.
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