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Atlas Culinaire · Danemark · Europe
L'oie farcie aux pruneaux et aux pommes qu'on rôtit toute la nuit de la Saint-Martin pour venger le saint trahi par ses gardiennes.
La grande controverse du Mortensaften oppose depuis les années 2000 les tenants de l'oie danoise d'élevage fermier — toujours plus rare et coûteuse — aux pragmatiques qui se contentent d'une oie polonaise ou française importée. Bettina Buhl, conservatrice au Dansk Landbrugsmuseum (Musée national de l'agriculture danoise), rappelle que l'oie était historiquement "un plat d'exception réservé aux grandes fermes prospères" : les paysans pauvres vendaient leurs oies plutôt que de les manger, ce qui explique le glissement précoce vers le canard plus accessible (kristeligt-dagblad.dk/religion/derfor-fejrer-kristne-mortensaften). Aujourd'hui, Torvehallerne KBH, le marché gastronomique de Copenhague, propose chaque novembre des oies "dansk, französk" côte à côte : les bouchers Slagter Lund et Cleaver's Meat Market vendent des oies françaises Label Rouge à un prix deux fois inférieur à l'oie danoise bio de la Jutland, créant un débat entre amateurs de terroir et cuisiniers pragmatiques (torvehallernekbh.dk/hojtid/mortensaften/). Second débat : la farce sucrée-salée traditionnelle (pruneaux + pommes + oignons rouges) contre une farce marinée au porto portée par gastromand.dk, qui revendique une cuisson basse température à 125 °C pendant 5 à 6 heures là où les recettes de grand-mères visaient 175 °C sur 3 heures — méthode qui assèche invariablement la viande selon les chefs contemporains.
Pinot noir du Danemark ou un Côtes-du-Rhône charnu ; sans alcool : jus de pomme chaud épicé aux clous de girofle (æblecider varm)
7/10 — Le Mortensaften est la deuxième fête culinaire danoise après Noël (julaften) : 600 000 canards sont vendus avant le 10 novembre chaque année, contre seulement quelques milliers d'oies (da.wikipedia.org/wiki/Mortensdag). L'oie entière reste un plat festif et social : une pièce de 5,5 kg nourrit 6 à 8 personnes, ce qui en fait le plat idéal pour réunions familiales élargies.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
Si l'oie est congelée, la déplacer au réfrigérateur 3 jours avant. La veille de Mortensaften, tremper les 300 g de pruneaux dans le porto rouge pendant au moins 8 heures — ils gonflent et absorbent les arômes tanniques qui contrebalanceront le gras de l'oie. Préparer le fond : faire rissoler les abats, les carottes, le poireau, les oignons et le céleri dans un filet de graisse d'oie récupérée, puis couvrir d'eau froide et laisser mijoter 2 heures à feu doux sans couvercle pour un fond clair. Filtrer et réserver au réfrigérateur.
Farcir et assaisonner l'oie — Sortir l'oie du réfrigérateur 1 heure avant cuisson. Retirer l'excès de graisse interne (réserver dans un bol — elle servira pour la sauce et les pommes de terre sautées). Mélanger les pruneaux égouttés, les quartiers de pommes, les oignons rouges et le thym. Saler et poivrer l'intérieur de l'oie, garnir généreusement de farce sans trop tasser — la farce gonfle. Fermer la cavité avec des piques à brochette ou ficeler les cuisses. Masser l'extérieur de l'oie d'une fine couche de sel.
Placer les légumes du fond et les abats dans le fond de la lèchefrite. Poser l'oie poitrine vers le haut sur la grille au-dessus. Enfourner à 250 °C (chaleur conventionnelle, JAMAIS chaleur tournante) pendant 20 minutes en retournant une fois à mi-course pour dorer les deux faces. Ce brunissage maillardise la peau et construit la couleur dorée finale sans sécher l'intérieur. Verser 300 ml d'eau dans la lèchefrite pour éviter que les sucs ne brûlent.
Réduire immédiatement le four à 125 °C. Cuire l'oie poitrine vers le bas pendant 3 heures en arrosant toutes les 30 minutes avec les jus de la lèchefrite. Au bout de 3 heures, retourner l'oie poitrine vers le haut. Poursuivre 1h30 à 150 °C, toujours en arrosant. Viser une température à cœur de 72–74 °C mesurée dans la partie la plus épaisse de la cuisse (ne jamais toucher l'os). Égoutter régulièrement l'excès de graisse de la lèchefrite dans un bol — elle est précieuse.
Lorsque la température interne atteint 72 °C, monter le four à 230 °C pendant les 10 à 15 dernières minutes pour rendre la peau dorée et croustillante (sprød skind). Surveiller attentivement — à cette température, la peau peut brunir en quelques minutes. Sortir l'oie, la couvrir d'une feuille d'aluminium et d'un torchon chaud et laisser reposer 20 minutes minimum. La température interne atteindra les 75–76 °C pendant ce repos.
Verser le fond de la lèchefrite dans une passoire fine. Laisser reposer 5 minutes et dégraisser en surface (le gras d'oie remontera). Faire un roux dans une casserole : faire fondre 40 g de graisse d'oie récupérée, ajouter 40 g de farine et cuire en remuant 2 minutes jusqu'à coloration blonde. Incorporer le fond filtré progressivement en fouettant vigoureusement pour éviter les grumeaux. Ajouter le fond préparé la veille si nécessaire pour atteindre 500 ml. Réduire, ajuster l'assaisonnement, ajouter la gelée de groseilles et optionnellement la crème. La sauce doit napper la cuillère.
Lever les cuisses et les ailes, découper la poitrine en tranches épaisses. Disposer la farce de pruneaux et pommes dans un plat séparé — elle fait office d'accompagnement sucré-salé. Servir avec les accompagnements canoniques du Mortensaften : rødkål (chou rouge braisé au vinaigre de pomme et sucre brun), brunede kartofler (pommes de terre caramélisées dans le sucre fondu et le beurre) et la sauce brune. Poser la lèchefrite sur la table : chaque convive se sert de sauce directement.
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