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Atlas Culinaire · Nicaragua · Amériques
Le fossile vivant dans la marmite du CarĂȘme : le gaspar â poisson cuirassĂ© du RĂo San Juan et du Cocibolca, salĂ© et sĂ©chĂ© au soleil selon la technique ancestrale â dessalĂ© un jour entier, cuit avec chiltoma et cĂ©leri, puis mariĂ© au riz aguado dans son propre bouillon. Un « art culinaire des jours saints ».
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La veille, rincez le gaspar seco sous l'eau courante en frottant, puis immergez-le dans un grand volume d'eau froide â un jour entier documentĂ©, en changeant l'eau deux Ă trois fois. Le poisson se rĂ©hydrate, s'assouplit, et rend son excĂšs de sel Ă chaque bain. Au terme, la chair doit plier sans casser et l'eau du dernier bain ne plus ĂȘtre saumĂątre au goĂ»t. C'est l'Ă©tape que personne ne voit et que tout le plat rĂ©compense.
Mettez le gaspar dessalĂ© dans une marmite avec la chiltoma, l'oignon en quartiers et la branche de cĂ©leri documentĂ©s, couvrez d'eau fraĂźche et menez au frĂ©missement. Laissez cuire 25 Ă 30 minutes : la chair ferme du gaspar se dĂ©tache alors de sa cuirasse et de ses arĂȘtes. Sortez le poisson, GOĂTEZ le bouillon â c'est lui qui cuira le riz : parfait s'il est savoureux-salĂ©, Ă couper d'eau s'il sale encore. Effeuillez la chair en morceaux gĂ©nĂ©reux en Ă©cartant peau cuirassĂ©e et arĂȘtes.
Dans la marmite rincĂ©e, chauffez l'huile et faites revenir tomate et oignon hachĂ©s, puis le riz lavĂ© â « se sofrĂe el arroz junto avec le gaspar » documentĂ© : ajoutez les morceaux de chair, enrobez deux minutes. Mouillez largement avec le bouillon de gaspar rĂ©servĂ© (coupĂ© d'eau si besoin), et menez l'aguado comme son cousin au poulet : feu moyen-doux, 18-20 minutes, en remuant du fond, liquide toujours en excĂšs â on vise le SOUPEUX. Ajoutez la naranja agria « al gusto » Ă mi-cuisson.
En fin de cuisson, goĂ»tez et rĂ©glez : la naranja agria « al gusto » documentĂ©e â l'acide amer de l'orange traverse la puissance du poisson sĂ©chĂ© et fait chanter l'aguado ; le sel, PRESQUE JAMAIS nĂ©cessaire, ne s'ajoute qu'aprĂšs ce dernier goĂ»t. Coupez le feu et laissez reposer cinq minutes couvert : la consistance « sopladita » se fait, les pĂ©tales de gaspar remontent leur parfum. Le plat des jours saints est prĂȘt.
Servez Ă la louche en assiettes creuses, pĂ©tales de gaspar apparents, avec tortillas et un quartier de naranja agria pour les amateurs d'acide. Puis racontez â parce que ce plat ne va pas sans son rĂ©cit : le poisson cuirassĂ© venu du fond des Ăąges, qui ne vit qu'entre le grand lac et le fleuve, la pĂȘche de saison sĂšche, le sel et le soleil, la marmite des vendredis saints. C'est une assiette de patrimoine en dĂ©clin documentĂ© : la servir, c'est la transmettre. Les restes Ă©paississent â dĂ©tendez au bouillon ou Ă l'eau chaude, jamais au lait.
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Sourcer ou se taire
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