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Atlas Culinaire · Roumanie · Europe
La ratatouille des jardins de monastère : aubergine, courgette, poivron et tomates mêlés sans recette figée, soutenus sur le feu puis finis au four — 100 % végétal, le plat de carême qui fait oublier qu'on jeûne.
La ligne de fracture est double. D'abord de post contre à la viande : selon Radu Anton Roman, la version légumière călugăresc n'emploie que ce qui pousse dans les jardins des monastères, tandis que les versions à la viande dérivent des traditions d'abattage d'hiver, les deux coexistant sous le même mot ghiveci (de güveç, le pot de terre turc). Ensuite au four contre à la casserole : pour Laura Laurențiu et Savori Urbane, ce qui fait le ghiveci călugăresc, par opposition à un banal ragoût de légumes, c'est précisément qu'il n'est pas cuit uniquement sur la plaque — on soutient l'oignon sur le feu puis on finit au four à 180 °C, à découvert sur la fin, pour la croûte de surface. Enfin la version roumaine se démarque de sa famille balkanique (gyuvech bulgare, giouvetsi grec à la viande et au riz, türlü güveç turc) par l'absence totale de viande, de riz et de produit animal, et par le libre mélange de saison — « il n'y a pas de bonne ou mauvaise recette, seulement ce qui nous plaît » (cumvaplace.ro).
Un vin blanc sec roumain léger ou, en carême strict, une eau parfumée ; le plat se suffit à lui-même, servi chaud ou froid avec du pain de campagne.
Plat-star des tables de carême orthodoxe roumaines et moldaves, surtout au jeûne des saints Pierre-et-Paul en juin, il est repris chaque année par la presse comme le plat de post « qui fait oublier qu'on jeûne ». On le mange aussi bien chaud que froid ; sain, végan et joyeux par sa mosaïque de couleurs, il est en Moldavie revendiqué comme plat national.
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Préparation — Dégorger l'aubergine — Pelez l'aubergine en zébrures, une bande sur deux, coupez-la en cubes de trois à quatre centimètres, salez-la et laissez-la dégorger dans une passoire pendant que vous préparez le reste. Le sel tire l'eau et l'amertume : une aubergine non dégorgée boit l'huile et rend le ghiveci spongieux et amer. Des perles d'eau ambrée doivent suinter et la chair virer légèrement au brun. Si vous avez oublié, pressez les cubes dans un torchon.
Le pourquoiL'aubergine est une éponge à huile ; le sel en tire l'eau et l'amertume.
Préparation — Tailler les légumes en gros morceaux — Émincez l'oignon en julienne, coupez courgette, poivrons et tomates en gros dés, et pelez puis coupez les pommes de terre en dernier. Un ghiveci doit rester varié et irrégulier : des morceaux fins bouilliraient en purée. On veut un saladier bariolé de cubes de trois à quatre centimètres. Les pommes de terre coupées trop tôt qui brunissent se plongent dans l'eau froide.
Le pourquoiDe gros morceaux tiennent à la cuisson longue au four.
Cuisson — Soutenir l'oignon — Chauffez l'huile dans une cocotte allant au four, ajoutez l'oignon avec une cuillère à café de sel et faites suer cinq à six minutes en remuant. On « soutient » l'oignon (călește), on ne le colore pas : fondu, il pose la base sucrée-douce du plat. Il devient translucide et brillant, dégageant un parfum sucré. S'il attache, déglacez d'un filet d'eau chaude.
Le pourquoiLe sel fait suer l'oignon plus vite ; fondu, il donne la douceur du plat.
Cuisson — Raidir les pommes de terre — Ajoutez les cubes de pomme de terre crus et poursuivez sept à huit minutes en remuant, en versant un peu d'eau chaude si ça accroche. On démarre les féculents, les plus lents à cuire, pour qu'ils prennent de l'avance ; au four, tout le reste sera plus tendre. Les arêtes des cubes deviennent translucides. Si les pommes de terre restent dures en fin de cuisson, prolongez le four couvert de dix minutes.
Le pourquoiLa pomme de terre est le légume le plus lent : elle a besoin d'une avance.
Assemblage — Réunir légumes et aromates — Retirez la cocotte du feu et ajoutez l'aubergine égouttée, la courgette, les poivrons, les tomates, l'ail écrasé, le thym, le sel, le poivre et le laurier. Mélangez, puis versez l'eau chaude. Ces légumes cuiront doucement au four sans se déliter : on obtient une mosaïque de couleurs au parfum de thym et d'ail. Trop sec, ajoutez cent millilitres d'eau ; trop liquide, vous ajusterez à découvert.
Le pourquoiLe liquide diffuse le sel dans l'ensemble des légumes.
Cuisson — Cuire couvert au four — Couvrez et enfournez à cent quatre-vingts degrés, chaleur haut et bas sans ventilateur, à mi-hauteur, quarante minutes. Cette cuisson douce à l'étouffée attendrit tout en concentrant les sucs des tomates : ça bout doucement, le parfum emplit la cuisine. C'est la signature monastique du plat fini au four. Si le four chauffe trop, baissez à cent soixante-dix degrés — ce n'est pas un plat à croûte agressive.
Le pourquoiL'étouffée donne des légumes fondants sans dessèchement.
Finition — Réduire à découvert et servir — Retirez le couvercle et poursuivez vingt minutes : le jus réduit et la surface prend une croûte appétissante. C'est ce gratiné qui distingue le călugăresc du ragoût de plaque. Parsemez de persil au service. Le dessus est légèrement doré, le jus sirupeux et brillant. Encore trop liquide, prolongez de dix minutes à découvert. Servez chaud ou froid.
Le pourquoiLa réduction à découvert concentre le goût des tomates.
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Sourcer ou se taire
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