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Atlas Culinaire · Sainte-Hélène · Afrique
La tartlette d'un Premier ministre — née du Cap Malais pour soutenir un homme politique, adoptée par les Saints pour son croustillant-moelleux et le parfum du coco grillé
Le Hertzoggie porte en lui une controverse politique gravée dans sa pâte. La recette est née au Cap (Afrique du Sud) dans les années 1920, créée par la communauté Cap-Malaise pour soutenir le Premier ministre J.B.M. Hertzog (au pouvoir de 1924 à 1939) après qu'il eut promis le droit de vote aux femmes et l'égalité à la communauté métisse. L'encyclopédie Wikipedia sur le Hertzoggie documente ensuite la chute : quand Hertzog tint sa promesse pour les femmes blanches (1930) mais abandonna la communauté métisse, les boulangers du Cap recommencèrent à préparer la recette avec un glaçage brun et rose baptisé "twee gevreetjie" — "hypocrite" en afrikaans. À Sainte-Hélène, la tartlette a perdu sa charge politique en traversant l'Atlantique via la route maritime du Cap : les "Saints" ont adopté la pâtisserie comme les bons souvenirs voyagent, en gardant le goût et en oubliant l'histoire. Demeure cependant un débat bien saint-hélénien : la confiture d'abricot (l'originale du Cap) contre la confiture de tungi ou de goyave fabriquée sur l'île depuis les fruits locaux. Les partisans de la confiture locale arguent que la version abricot "importe" une saveur étrangère ; les défenseurs de la tradition répondent que les marchands du Cap apportaient justement des abricots séchés et des confitures de la péninsule dans leurs cargaisons à destination de Jamestown — ce qui fait de l'abricot une saveur "du commerce de l'île" au même titre que le sucre ou la farine.
Thé fort (English Breakfast ou Ceylon), tradition insulaire absolue pour les thés de l'après-midi. Pour les enfants : lait froid ou limonade maison. Les Hertzoggies ne s'accordent pas avec l'alcool — la meringue coco et le vin s'affrontent plutôt qu'ils ne se complètent.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
Pâte — Sabler le beurre et la farine — Tamiser la farine avec la levure, le sucre, la muscade et le sel dans un grand bol. Ajouter le beurre froid en dés et travailler rapidement du bout des doigts (ou par impulsions courtes au robot) en émiettant le beurre dans la farine jusqu'à obtenir une texture de chapelure grossière — on doit encore voir des petits morceaux de beurre de la taille d'un pois. Ces petits morceaux créent la texture sablée et feuilletée à la cuisson. Ne pas trop travailler la pâte à cette étape : le beurre ne doit pas fondre dans la chaleur des mains.
Le pourquoiLa technique "sablage" à froid maintient le beurre en petites poches distinctes qui, en fondant à la cuisson, créent des poches d'air et une texture friable caractéristique de la pâte sablée.
Pâte — Lier avec les jaunes et réfrigérer — Ajouter les jaunes d'œufs sur la chapelure de beurre-farine et mélanger à la fourchette jusqu'à ce que la pâte commence à s'agglomérer. Si elle reste trop sèche et s'émiette sans tenir, ajouter une cuillère à soupe d'eau froide et mélanger à nouveau. La pâte doit se rassembler en boule sans être collante ni trop humide. Former un disque plat, envelopper dans du film alimentaire et réfrigérer 30 minutes minimum — cette étape est obligatoire pour que la pâte s'abaisse sans coller.
Le pourquoiLe repos au réfrigérateur détend le gluten développé pendant le mélange (ce qui réduit le rétrécissement à la cuisson) et refroidit à nouveau le beurre (ce qui facilite l'abaissage).
Fonçage — Abaisser et foncer les moules — Préchauffer le four à 175 °C. Sur un plan de travail légèrement fariné, abaisser la pâte réfrigérée à 3-4 mm d'épaisseur. Découper des cercles légèrement plus grands que vos moules à tartelettes (environ 8 cm de diamètre) et les foncer délicatement dans 12 moules beurrés (ou moules en silicone). Presser la pâte contre les parois sans l'étirer. Piquer le fond de chaque tartelette 3 fois avec une fourchette pour éviter le gonflement à la cuisson.
Le pourquoiLe piquage du fond empêche la vapeur d'eau de la pâte de gonfler sous la surface et de créer des cloques qui feraient déborder la confiture.
Garniture — Garnir de confiture — Déposer une cuillère à café rase de confiture d'abricot (ou de tungi) au centre de chaque fond de tartelette. La confiture ne doit pas couvrir toute la surface — laisser un bord de 5 mm de pâte nue autour. Une confiture trop abondante déborde sur les bords pendant la cuisson, caramélise et brûle. Si la confiture est trop liquide (gelée), la faire chauffer 1 minute à feu doux pour la réduire légèrement avant usage.
Le pourquoiLa confiture froide et épaisse reste en place pendant la mise en place de la meringue ; une confiture liquide coule sous la meringue et crée des zones sans garniture.
Meringue — Monter la meringue coco — Dans un bol parfaitement propre et sec (toute trace de gras empêche les blancs de monter), battre les blancs d'œufs à température ambiante au fouet électrique jusqu'à obtenir des pics mous. Incorporer le sucre progressivement en 3 additions, en battant 30 secondes entre chaque ajout, jusqu'à obtenir une meringue ferme, brillante et qui forme des pics droits quand on retire le fouet. Arrêter le fouet et incorporer délicatement la noix de coco râpée et la vanille à la spatule en quelques mouvements de pliage — ne pas battre après l'ajout du coco.
Le pourquoiLa meringue italienne (sucre à chaud) serait plus stable, mais la meringue française directe (sucre à froid, fouet progressif) est la technique d'origine du Cap — elle donne une surface plus dorée à la cuisson avec le coco qui caramélise légèrement.
Dressage — Garnir de meringue coco et enfourner — À l'aide d'une cuillère à café ou d'une poche à douille, déposer une généreuse cuillerée de meringue coco sur chaque tartelette, en couvrant bien la confiture jusqu'aux bords de la pâte. Lisser légèrement le dessus ou faire une petite pointe en pic. Placer les moules sur une plaque de cuisson et enfourner à 175 °C (chaleur tournante) pour 20 à 25 minutes, jusqu'à ce que la meringue soit dorée, le coco légèrement caramélisé et les bords de la pâte biscuités.
Le pourquoiLa cuisson à 175 °C (pas plus chaud) permet à la pâte de cuire sans que la meringue ne brûle — à 200 °C, le sucre de la meringue caramélise avant que le fond soit cuit.
Refroidissement — Laisser refroidir sur grille — Sortir du four et laisser refroidir dans les moules 10 minutes avant de démouler. Les Hertzoggies sont fragiles à chaud — la pâte sablée ne retrouve sa solidité qu'en refroidissant. Démouler délicatement sur une grille et laisser refroidir complètement 20 minutes. La meringue se fixe en refroidissant et gagne en croustillant. Servir à température ambiante ou légèrement tiède, pas froids du réfrigérateur.
Le pourquoiLe refroidissement cristallise le sucre de la meringue et consolide la pâte sablée ; un Hertzoggie chaud se défait en miettes, froid il retrouve sa texture feuilletée-ferme.
Service — Servir avec le thé de l'après-midi — Disposer les Hertzoggies sur un plat de service et servir avec un thé fort infusé 4 minutes — la tradition insulaire du "thé de l'après-midi" hérité de la garnison britannique, à laquelle s'ajoutent ces tartelettes venues du Cap. Sur l'île, elles accompagnent les réunions familiales du dimanche, les rassemblements communautaires et les ventes de pâtisseries des associations. Se conservent 2 jours dans une boîte hermétique à température ambiante — elles sont meilleures le jour même.
Le pourquoiLe thé fort tempère la douceur intense de la meringue sucrée et du coco ; le tanin du thé crée un équilibre gustatif que les bières ou vins sucrés ne peuvent pas atteindre.
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Sourcer ou se taire
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