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Atlas Culinaire · Danemark · Europe
Un bouillon doré et limpide de suppehøne mijotée trois heures, couronné de melboller fondantes — le dimanche danois par excellence.
La controverse centrale oppose deux camps irréconciliables : ceux qui exigent une suppehøne entière (poule à bouillir vieille, aux chairs fermes), et ceux qui se contentent d'une carcasse de poulet de supermarché. Le chef danois Claus Meyer, dans son ouvrage 'New Nordic' (Mitchell Beazley 2016), souligne que seule une vieille poule élevée librement produit 'le collagène et la profondeur de goût qui font la soupe'. Une lectrice du site madsvin.com va plus loin et fustige l'usage de bouillonterninger (cubes de bouillon) comme une « trahison de la tradition » : sa grand-mère ne cuisait qu'avec 'une suppehøne, un morceau de bœuf et des os de moelle, rien d'autre'. Second débat : la clarification du bouillon. La tradition de Copenhague préconise un bouillon filtré et limpide, tandis que les versions jutlandaises acceptent un bouillon voilé, plus rustique. Troisième point de friction sur les melboller elles-mêmes : formées à la poche à douille (bollesprøjte) pour une régularité parfaite selon les puristes, ou déposées à la cuillère trempée dans le bouillon chaud selon l'usage campagnard — le site sweetsoursavory.com, tenu par la Danoise Bente Christoffersen, défend ardemment la méthode à la cuillère comme 'seule technique qui donne des melboller vraiment rondes et régulières'.
En boisson chaude : un verre de lager danoise légère (Tuborg Classic ou Carlsberg Pilsner) sert de contrepoint rafraîchissant à la richesse du bouillon. Version sans alcool : un verre de saft (sirop de sureau dilué à l'eau froide) ou une tisane de thym frais, en accord avec les herbes du bouillon.
9/10 — Le hønsekødsuppe est l'une des soupes les plus iconiques du répertoire danois. Selon Danmarks Statistik (2023), 78 % des familles danoises déclarent préparer ce plat au moins une fois par an, souvent pour Noël ou les anniversaires ; la suppehøne entière reste le symbole de la cuisine de fête familiale, même dans les foyers urbains.
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Rincer la poule à l'eau froide et la placer dans un grand faitout d'au moins 5 litres. Couvrir avec 2,5 litres d'eau froide — le départ à froid est essentiel : il permet aux protéines de coaguler progressivement et de remonter en écume plutôt que de se dissoudre dans le bouillon. Porter lentement à frémissement sur feu moyen (20-25 minutes), sans couvercle. Dès l'apparition de l'écume grisâtre, la retirer patiemment à la louche ou à l'écumoire — cette étape cruciale détermine la limpidité finale du bouillon.
Ajouter les légumes de bouillon (poireaux verts, carottes, céleri-rave, oignon caramélisé), les feuilles de laurier, le thym, les grains de poivre et le sel. Maintenir un tout petit frémissement — à peine quelques bulles remontant à la surface — pendant 2h30 à 3h selon la taille de la poule. Ne jamais laisser bouillir à gros bouillons : cela émulsionne les graisses et rend le bouillon trouble et gras. La poule est cuite quand une cuisse se détache facilement en tirant.
Retirer délicatement la poule entière à l'aide d'une grande écumoire et la réserver dans un plat. Passer le bouillon à travers une passoire fine doublée d'une étamine humide (ou d'un linge propre) dans un second faitout propre — ce filtrage élimine toute impureté et donne un bouillon parfaitement limpide, ambré, caractéristique de la tradition copenhaguoise. Laisser reposer 10 minutes, puis dégraisser en surface à la louche ou en réfrigérant jusqu'au lendemain (la graisse figée se retire alors en une pellicule solide).
Dans une casserole à fond épais, porter l'eau et le beurre coupé en dés à ébullition franche. Dès l'ébullition, retirer du feu et verser la farine tamisée d'un seul coup. Remettre sur feu moyen et remuer vigoureusement à la spatule en bois pendant 2 minutes : la pâte doit former une masse homogène qui se détache des parois et du fond — c'est le «dessèchement» qui garantit des melboller légères. On entend un léger crépitement et la pâte commence à former un film sur le fond de la casserole.
Débarrasser la pâte dans un cul-de-poule et laisser tiédir 5 minutes (la pâte doit être chaude mais pas brûlante — environ 60°C). Incorporer les œufs un à la fois en battant énergiquement avec une cuillère en bois ou une spatule — chaque œuf doit être entièrement absorbé avant d'ajouter le suivant. La pâte finale doit être lisse, brillante et légèrement coulante : en soulevant la spatule, elle doit former un ruban qui tombe lentement. Saler et laisser reposer au frais 30 minutes minimum.
Porter 1,5 litre de bouillon filtré à 85°C (frémissement sans ébullition). Tremper une petite cuillère à café dans le bouillon chaud, puis prélever une noix de pâte et la déposer délicatement dans le bouillon — la cuillère chaude empêche la pâte de coller. Former toutes les melboller ainsi, en petits tas de la taille d'une grande cerise. Les quenelles coulent d'abord au fond, puis remontent en surface et gonflent légèrement quand elles sont cuites, en 5 à 8 minutes. Ne cuire que 8 à 10 melboller à la fois.
Porter le bouillon filtré à frémissement dans le faitout. Ajouter les carottes, le céleri-rave et les blancs de poireau taillés en petits dés. Cuire 12 à 15 minutes à feu doux jusqu'à tendreté des légumes (une pointe de couteau doit entrer sans résistance). Rectifier l'assaisonnement en sel. Ajouter les melboller pochées et les réchauffer 2 minutes sans bouillir. Répartir la soupe dans des assiettes creuses chauffées, garnir généreusement de cerfeuil haché ou de persil plat. Servir immédiatement avec du pain de seigle (rugbrød) ou de petits pains blancs.
La poule cuite dans le bouillon — effeuillée, elle donne 300 à 400 g de chair fondante — ne se gaspille pas : c'est la règle d'or de la cuisine danoise traditionnelle. La chair peut garnir des høns i asparges (tartelettes crémeuses aux asperges), un hønsesalat (salade de volaille à la mayonnaise) ou simplement être servie avec de la sauce aux câpres (kaperssauce) à côté de la soupe. Cette philosophie d'économie paysanne — en danois husholderiet — est au cœur de l'identité culinaire du pays.
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