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Atlas Culinaire · La Réunion · Afrique
Le vesou glacé, nectar de rue pressé à la minute sur les marchés forains de l'île.
La grande dispute du stand de marché réunionnais oppose les puristes du nature aux partisans de l'aromatisé : Fabrice Lamoly, agriculteur bio de Sainte-Rose (Kanéré de la Fournaise, Ecocert), défend le vesou brut sans aucun additif, affirmant que le sucre de la canne cristalline ou de la R570 fraîchement coupée se suffit à lui-même — tout rajout de gingembre ou de citron vert masque la palette aromatique végétale de la plante. À l'opposé, les vendeurs ambulants des marchés forains de Saint-Paul et Saint-Pierre proposent systématiquement une version pimentée au gingembre frais râpé et acidulée au citron vert, arguant que cette association est la tradition créole vivante transmise de génération en génération. Alexis Rivière, cofondateur de Payet & Rivière (relanceurs du galabé depuis 2014, Bel Air, Sainte-Suzanne), note une troisième fracture technique : le pressoir à trois cylindres mécaniques en inox, standard dans tous les stands actuels, livrerait un jus plus oxydé et moins aromatique que l'ancien fangourin à cylindres verticaux animé par mulets qui laissait le vesou s'écouler par gravité sans réchauffer la fibre — argument impossible à vérifier aujourd'hui car les derniers fangourins ont disparu dans les années 1960, le seul exemplaire conservé étant au jardin botanique de Pamplemousses à Maurice.
Nature : eau de coco fraîche ou thé de pays frais. Aromatisé gingembre-citron vert : accras de morue ou samoussas créoles chauds pour contraster le sucré végétal par le salé frit.
Le jus de canne frais est omniprésent sur les marchés forains de La Réunion, notamment au marché de Saint-Paul (le plus grand marché forain de l'île, bord de mer, vendredi et samedi) et au marché couvert de Saint-Pierre ; les stands de pressage mécanique y sont tenus majoritairement par des agriculteurs de la microrégion Est (Sainte-Rose, Saint-André) qui vendent leurs cannes en direct. L'île produit environ 1,7 million de tonnes de canne par an sur 25 000 hectares, principalement transformées en sucre blanc dans les usines de Bois-Rouge (nord-est) et du Gol (sud-ouest), mais une fraction croissante revient vers le circuit court artisanal — galabé, vesou, sirop lontan — grâce à des producteurs comme Fabrice Lamoly (Kanéré de la Fournaise, Sainte-Rose) et Alexis Rivière (Payet & Rivière, Sainte-Suzanne).
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Sélectionner des tiges de canne à sucre fraîchement coupées, fermes et lourdes, sans taches sombres ni odeur fermentée — une canne qui dégage une odeur aigre-douce alcoolisée est déjà en fermentation et doit être écartée. Retirer la couche externe fibreuse à l'aide d'un coutelas en effectuant des passages longitudinaux : cette première peau dure ne contient pas de saccharose et donne un goût amer si pressée. Couper les tiges en tronçons de 25 à 30 cm pour qu'ils s'introduisent facilement dans le pressoir sans forcer les cylindres.
Rincer soigneusement chaque tronçon sous un filet d'eau froide en frottant la surface avec les mains pour éliminer poussière, résidus de terre et insectes. Ne pas tremper : un trempage prolongé dilue la concentration en saccharose de la couche externe et appauvrit le rendement en jus. Égoutter sur un linge propre pendant une minute maximum ; l'humidité résiduelle sur la surface suffit à lubrifier le passage dans les cylindres.
Engager chaque tronçon de canne horizontalement entre les cylindres du pressoir en inox, en maintenant une légère pression guidante avec les mains sans jamais forcer les doigts près des rouleaux — risque d'écrasement. Le jus s'écoule par gravité dans le bac collecteur ; passer chaque tronçon une seconde fois après avoir retourné la bagasse (résidu fibreux) à 180° pour en extraire le maximum de vesou résiduel. Un second passage augmente le rendement de 15 à 20 % sans dégrader la qualité du jus.
Verser le vesou brut à travers un linge en coton fin ou une passoire à mailles très fines posée sur un récipient en verre ou inox — jamais de plastique, qui transmet des arômes indésirables. Les fibres, la mousse verte et les particules ligneuses sont retenues : un vesou bien filtré est de couleur vert pâle à ivoire, légèrement trouble, jamais opaque. La mousse qui se forme en surface est naturelle (saponines et protéines végétales) et n'affecte pas le goût ; on peut la laisser ou l'écumer selon la présentation souhaitée.
Si vous optez pour la version aromatisée traditionnelle des marchés forains, râper finement 10 g de gingembre frais péi directement au-dessus du vesou filtré et mélanger 15 secondes : le rhizome libère ses huiles essentielles (gingérol, shogaol) qui se fondent immédiatement dans le sucre du jus. Presser ensuite le jus d'un demi-citron vert et incorporer à la cuillère ; goûter avant d'ajouter l'autre moitié — l'acidité doit pointer sans dominer, le jus doit rester perceptiblement sucré. Ne jamais ajouter de sucre : la canne fraîche atteint 14 % de saccharose, c'est suffisant.
Remplir deux verres hauts (type tumbler ou bambou réunionnais) jusqu'à mi-hauteur de glaçons, verser le vesou filtré et servir dans la seconde — ne pas laisser reposer plus de 10 minutes avant dégustation au risque que les levures naturelles présentes dans le jus démarrent une fermentation visible par apparition de bulles et développement d'un goût légèrement alcoolisé et aigre. La couleur du vesou vire du vert pâle au brun-jaune en quelques dizaines de minutes sous l'effet des polyphénoloxydases : ce brunissement n'est pas toxique mais signale une dégradation aromatique.
Si le pressage a produit plus de vesou que prévu, congeler immédiatement dans des bacs à glaçons ou des petits contenants hermétiques — le jus de canne supporte la congélation jusqu'à 3 mois sans dégradation majeure des sucres ; seuls les arômes volatils les plus fins disparaissent partiellement. Ne jamais tenter de conserver le vesou frais au réfrigérateur plus de 4 heures : la fermentation se poursuit même à 4°C, simplement ralentie. La pasteurisation maison (chauffage à 72°C pendant 15 secondes) détruit les levures et permet une conservation de 48 heures, mais altère significativement les arômes végétaux frais que l'on recherche dans cette boisson.
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