vers 1663
Premiers colons français et cultures vivriÚres
Les premiĂšres installations permanentes françaises Ă Bourbon (La RĂ©union) s'accompagnent de l'introduction de cultures vivriĂšres â manioc, maĂŻs, lĂ©gumes â et d'animaux d'Ă©levage (cabris, volailles) apportĂ©s de Madagascar et des comptoirs africains de la Compagnie française des Indes orientales. L'Ăźle, jusqu'alors inhabitĂ©e, n'a pas de tradition culinaire autochtone : la cuisine rĂ©unionnaise se construit ex nihilo par sĂ©dimentation des apports de chaque vague de peuplement. Cette pĂ©riode fondatrice dĂ©termine la structure de base de l'alimentation crĂ©ole Ă venir.
début XVIIIe siÚcle
La traite négriÚre façonne la cuisine créole
L'introduction massive d'esclaves en provenance d'Afrique de l'Est, de Madagascar et de la cÎte africaine entre la fin du XVIIe et le début du XIXe siÚcle apporte des techniques culinaires, des ingrédients et des pratiques alimentaires qui s'intÚgrent profondément dans la cuisine locale. Le terme et le concept de rougail, d'origine malgache, ainsi que l'usage des épices, du gingembre et de certains légumes tropicaux entrent dans le répertoire créole par ces échanges forcés mais culturellement déterminants. Cette période voit naßtre la cuisine du quotidien des classes populaires réunionnaises.
1841
Edmond Albius révolutionne la culture de la vanille
En 1841, Edmond Albius, esclave de 12 ans travaillant sur l'habitation Bellier-Beaumont à Sainte-Suzanne, découvre la technique de pollinisation manuelle de la fleur de vanille, permettant pour la premiÚre fois sa culture à grande échelle hors du Mexique. Cette découverte transforme La Réunion en premier producteur mondial de vanille et donne naissance à l'appellation « vanille Bourbon », reconnue internationalement comme référence de qualité. L'histoire d'Albius, longtemps occultée, est aujourd'hui réhabilitée et constitue l'une des contributions scientifiques les plus importantes de l'histoire agricole et culinaire mondiale.
Ă partir de 1828
Les engagés indiens enrichissent la table créole
à la suite de l'abolition de l'esclavage (1848), La Réunion fait appel à des travailleurs engagés venus du sous-continent indien (Tamil Nadu principalement) entre 1828 et la fin du XIXe siÚcle, apportant avec eux le curcuma frais, les lentilles, les techniques de carry et les épices qui redéfinissent durablement la cuisine locale. L'introduction du safran péi (curcuma local), du colombo et des pratiques de pilage des épices transforme le carry réunionnais en un plat distinct de ses modÚles indiens, hybridé par les produits locaux disponibles. Cette influence indienne est aujourd'hui considérée comme la plus structurante dans la formation de l'identité culinaire réunionnaise.
Ă partir de 1946
Départementalisation et modernisation alimentaire
La départementalisation de La Réunion en 1946 entraßne une profonde transformation des habitudes alimentaires : l'accÚs aux produits métropolitains, la grande distribution et les politiques alimentaires françaises modifient les pratiques traditionnelles tout en suscitant un mouvement de revalorisation de la cuisine créole à partir des années 1980-1990. Des chefs réunionnais comme Jacqueline Layraud et des institutions culturelles commencent à documenter et à promouvoir le patrimoine culinaire local face à la standardisation alimentaire. Aujourd'hui, la cuisine réunionnaise fait l'objet d'une reconnaissance croissante, portée notamment par le label « cuisine créole réunionnaise » défendu auprÚs de l'UNESCO.