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Atlas Culinaire · La Réunion · Les Hauts & Cirques
Le plat-totem de la table crĂ©ole â saucisses fumĂ©es au bois de goyavier, oignon roussi jusqu'au tabac, tomate et thym pĂ©i.
Il y a des plats qui nourrissent une ßle, et il y a celui qui la raconte. à La Réunion, le rougail saucisses est le plat du dimanche en famille comme celui du repas de semaine, on le trouve dans tous les snacks de Saint-Denis à Saint-Pierre, et il forme avec le cari poulet les deux piliers de la table créole. On le mange sans cérémonie et pourtant, à l'énoncé du nom, chacun a un avis.
La confusion la plus tenace n'est pas dans la casserole, elle est dans le mot.
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Piquez chaque saucisse Ă la fourchette en plusieurs endroits, puis plongez-les dans une casserole d'eau froide. Portez Ă Ă©bullition et laissez bouillonner trois Ă quatre minutes, pas davantage. Ăgouttez, rincez Ă l'eau tiĂšde, puis tranchez en rondelles Ă©paisses d'environ un centimĂštre et demi.
Le pourquoiCe bain rapide ne cuit pas la saucisse : il lui retire son excÚs de sel et de gras, qui rendraient la sauce lourde et immangeable. C'est un dégorgeage, pas une cuisson.
Au mortier, pilez ensemble l'ail, le gingembre et une bonne pincée de sel jusqu'à obtenir une pùte grossiÚre. à La Réunion, ce geste se fait traditionnellement sur une pierre plate de basalte.
Le pourquoiLe pilon Ă©crase les fibres et fait sortir les huiles essentielles, lĂ oĂč le couteau ne fait que trancher. La pĂąte se dissout ensuite dans le gras chaud et parfume toute la marmite, au lieu de rester en morceaux.
Dans une sauteuse à fond épais, chauffez l'huile à feu moyen-vif et versez les oignons émincés. Remuez souvent, puis laissez-les tranquilles trente secondes de temps à autre pour qu'ils accrochent. Comptez douze à quinze minutes : ils doivent virer au brun foncé, presque noir sur les bords.
Le pourquoiC'est ici que se fabrique le goût péi. Les sucres de l'oignon caramélisent puis commencent à torréfier, et cette amertume légÚre est précisément la signature du plat. Un oignon blond ne l'aura jamais.
Ajoutez les rondelles de saucisse aux oignons roussis et montez le feu. Saisissez quatre à cinq minutes en remuant, le temps qu'elles prennent une croûte ambrée. Leur gras fond et rejoint l'huile déjà chargée d'oignon noirci.
Le pourquoiLa saucisse a été dégorgée, donc adoucie ; la saisie lui rend du caractÚre par une croûte grillée. Et le gras fumé qu'elle lùche devient le véhicule du goût pour tout le reste du plat.
Versez la pùte ail-gingembre et remuez trente secondes : ça doit chanter dans le gras chaud. Ajoutez le curcuma et remuez encore trente secondes pour l'ouvrir, puis seulement les tomates en quartiers, le thym et les piments fendus. Salez trÚs peu, mouillez de deux cents millilitres d'eau chaude, couvrez et baissez le feu.
Le pourquoiL'ordre est ce qui compte. Le curcuma a besoin de quelques secondes dans le gras chaud pour libérer ses arÎmes ; jeté directement sur la tomate, il reste cru et donne un goût terreux et poussiéreux qu'on ne rattrape plus.
Laissez mijoter à feu doux, à demi couvert, vingt-cinq à trente minutes, en remuant toutes les cinq minutes. La sauce doit réduire et s'épaissir. Goûtez, rectifiez le sel, et retirez le piment avant de servir s'il a déjà tout donné.
Le pourquoiC'est le temps qu'il faut pour que le fumé de la saucisse passe dans la tomate et que l'oignon roussi se fonde en sauce. Avant cela, les goûts sont cÎte à cÎte ; aprÚs, ils sont ensemble.
Dans une assiette creuse, posez un dÎme de riz blanc fumant d'un cÎté, les grains de l'autre, et le rougail au centre avec sa sauce. Ajoutez des brÚdes si vous en avez, et servez le rougail cru à part, dans un petit bol.
Le pourquoiL'assiette créole se construit toujours ainsi : le riz porte, les grains rassasient, le rougail donne le goût et le condiment cru relÚve à la demande. Chaque élément garde sa place et son rÎle.
Marquez-la cuisinée : elle entre dans votre journal, vous rapporte des points d'explorateur.
â Cette recette n'a jamais Ă©tĂ© testĂ©e par la communautĂ©. Soyez le premier Ă fermer la couronne.
L'autre grand plat rĂ©unionnais bĂąti sur une charcuterie de porc fumĂ©e mijotĂ©e Ă la tomate. MĂȘme famille de produit et mĂȘme logique de dessalage, mais la grammaire change : le rougail plat mijote Ă la tomate lĂ oĂč le cari se construit sur l'oignon roussi et le curcuma.
Voir la recette âCousineLes deux piliers de la famille « rougail-plat » : mĂȘme grammaire exactement â oignon roussi, tomate fondue, thym, piment â avec la protĂ©ine seule variable. LĂ oĂč la saucisse fumĂ©e apporte son gras et sa fumĂ©e Ă la sauce, la morue apporte son sel et impose le dessalage de la veille. Le rougail saucisses se fait n'importe quel jour ; le rougail morue, lui, garde son ancrage dans les vendredis maigres.
Voir la recette âCousineMĂȘme logique d'assiette : le rougail saucisses, mijotĂ© Ă la tomate, est l'un des plats que le sosso accompagne le plus couramment, Ă la place du riz blanc du littoral.
Voir la recette âCousineL'autre grand plat de porc de l'Ăźle, et la meilleure façon de comprendre la frontiĂšre crĂ©ole : le cari se dĂ©finit par le curcuma, le rougail plat par la tomate mijotĂ©e sans safran pĂ©i. Attention, le rougail saucisses est un plat mijotĂ© â Ă ne pas confondre avec le rougail condiment cru servi Ă cĂŽtĂ© du riz.
Voir la recette âCousineLe grand faux-ami de la cuisine rĂ©unionnaise : mĂȘme mot, deux plats. Ici le rougail condiment, cru et pilĂ©, servi au bord de l'assiette ; lĂ le rougail marmite, mijotĂ© Ă la tomate avec de la saucisse fumĂ©e, qui est un plat principal. Les deux partagent le socle tomate-oignon-piment, mais l'un sert et l'autre est servi.
Voir la recette âCousineL'autre grand mijotĂ© de porc de l'Ăźle, du cĂŽtĂ© du rougail-plat : oignons roussis et tomate, pas de safran, une cuisson qui compte en heures. Le rougail saucisses part d'un porc dĂ©jĂ fumĂ© et salĂ©, la daube d'une viande fraĂźche qu'il faut mariner. Deux façons rĂ©unionnaises de faire durer le cochon.
Voir la recette âCousineLe modĂšle du rougail marmite, celui auquel ce plat emprunte toute sa structure : roussi d'oignons, ail-gingembre-piment pilĂ©s, tomates compotĂ©es jusqu'Ă concentration, protĂ©ine ajoutĂ©e dans la sauce. Seule la protĂ©ine change â saucisse fumĂ©e d'un cĂŽtĂ©, camaron de riviĂšre de l'autre â et avec elle le temps de cuisson.
Voir la recette âVarianteLe mĂȘme plat des Mascareignes, sĂ©parĂ© par une lettre et une Ă©pice. Maurice Ă©crit « la rougaille » au fĂ©minin et met du curcuma et du gingembre frais ; La RĂ©union Ă©crit « le rougail » au masculin et pousse l'oignon jusqu'au tabac sans safran. Les deux descendent du mĂȘme mot tamoul Ć«áčukÄy, « pickles », arrivĂ© avec les engagĂ©s indiens, et chaque Ăźle tient sa version pour l'originale.
Voir la recette âCousineLa saucisse fraĂźche fumĂ©e crĂ©ole de La RĂ©union appartient Ă la mĂȘme famille que la sĂŽsisy gasy, et le rougail saucisse existe aussi Ă la malgache : les boucheries de Tana vendent la saucisse porc-zĂ©bu qui finit mijotĂ©e aux tomates, oignon, gingembre et piment, miroir direct du plat emblĂšme rĂ©unionnais.
Voir la recette âSourcer ou se taire
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