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Atlas Culinaire · Maurice · Afrique
La sauce qui tient toute la table mauricienne â tomate, gingembre, thym et caripoulĂ© mijotĂ©s jusqu'Ă l'orangĂ©, saucisses crĂ©oles fumĂ©es dedans, riz et lentilles Ă cĂŽtĂ©.
Il faut commencer par la sauce, parce qu'Ă Maurice la rougaille est d'abord une sauce. Une base de tomate qu'on fait tomber lentement avec de l'oignon, de l'ail, du gingembre, du thym, du piment et des feuilles de caripoulĂ©, jusqu'Ă ce que le jus s'Ă©vapore et que le rouge vire Ă l'orangĂ©. Une fois cette base tenue, on y met ce qu'on veut. L'office du tourisme mauricien le dit dans ces termes : maĂźtrisez la sauce de base, et vous y ajoutez ensuite viande, poisson, fruits de mer, Ćufs, lĂ©gumes ou tofu. La saucisse est la garniture la plus aimĂ©e, elle n'est pas la dĂ©finition du plat.
Commençons par ce qui n'est pas vrai, parce que ça se répÚte beaucoup.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
Portez une casserole d'eau Ă frĂ©missement et plongez-y les saucisses entiĂšres cinq minutes. Ăgouttez, laissez tiĂ©dir, puis tranchez-les en biais en rondelles Ă©paisses d'un bon centimĂštre.
Le pourquoiLe pochage fait deux choses à la fois : il dégorge une partie du gras et du sel de la saucisse fumée, qui sans cela saturerait la sauce, et il raffermit la chair, si bien qu'elle se tranche net au lieu de s'écraser sous le couteau. [Le pochage préalable est le geste que retiennent les recettes mauriciennes de la diaspora, qui font bouillir les saucisses cinq minutes avant de les trancher en biais.]
Chauffez une cocotte à feu moyen-vif, SANS matiÚre grasse, et jetez-y les rondelles de saucisse. Laissez-les colorer trois à quatre minutes en les retournant, le temps qu'elles rendent leur gras et prennent une belle croûte. Retirez-les et réservez, en laissant le gras fondu dans la cocotte.
Le pourquoiC'est le gras fumĂ© de la saucisse crĂ©ole qui va parfumer toute la rougaille, et il ne sortira jamais si vous ajoutez de l'huile par-dessus. En les saisissant Ă sec, vous rĂ©cupĂ©rez ce gras et les sucs collĂ©s au fond : votre sauce est dĂ©jĂ assaisonnĂ©e avant d'avoir commencĂ©. [Faire revenir les saucisses Ă la poĂȘle sans graisse et rĂ©server est la premiĂšre instruction des recettes mauriciennes de rougaille saucisse.]
Dans le gras rendu, ajoutez l'huile si nécessaire et faites tomber les oignons émincés à feu moyen. Quand ils deviennent translucides, ajoutez l'ail, le gingembre rùpé, les branches de thym, les feuilles de caripoulé et le piment. Remuez deux à trois minutes, jusqu'à ce que la cuisine sente franchement.
Le pourquoiVoilà la signature mauricienne, et elle tient dans une liste. L'office du tourisme de Maurice définit la rougaille par la tomate plus « oignons, ail, gingembre, thym, piment, coriandre et feuilles de cari ». Le caripoulé est le marqueur indien de la base : il ne se remplace pas par du laurier, son parfum n'a pas d'équivalent. [La base canonique est donnée à l'identique par la Mauritius Tourism Promotion Authority et par le portail mauricien Restaurants.mu, qui écrit que ce n'est pas un rougaille sans tomate.]
Ajoutez les tomates concassées et la cuillerée de concentré, salez, mélangez. Laissez mijoter à découvert et à feu doux vingt à vingt-cinq minutes, en remuant de temps à autre. La sauce doit perdre son eau, épaissir, et passer du rouge vif à un orangé profond et luisant.
Le pourquoiC'est le point de bascule de toute la recette. Tant que la sauce est rouge et liquide, elle a encore le goût cru de la tomate. Le virage vers l'orangé signale que l'eau est partie et que le gras est remonté en surface : le goût est concentré, et la sauce va enrober au lieu de couler. [Le repÚre de la sauce « qui devient orangée » quand le jus s'est évaporé est celui que donne la cheffe mauricienne Kristel pour sa base de rougaille.]
Remettez les rondelles réservées dans la cocotte avec leurs sucs, mélangez délicatement pour les enrober, et laissez mijoter dix minutes de plus à couvert et à petit feu.
Le pourquoiLa saucisse est déjà cuite depuis le pochage : ce dernier temps ne sert pas à la cuire mais à faire l'échange. Elle donne son fumé à la sauce, la sauce lui donne sa tomate et son gingembre. Dix minutes suffisent, au-delà elle se dessÚche.
Retirez les branches de thym, jetez la coriandre hachée et l'oignon cru réservé, mélangez hors du feu. Dressez un lit de riz blanc, une bonne cuillerée de lentilles à cÎté, la rougaille par-dessus, et un satini au bord de l'assiette.
Le pourquoiLa coriandre se met à la fin et hors du feu, sinon sa fraßcheur cuit et il ne reste qu'une note d'herbe fanée. Quant à l'assiette, elle n'est pas décorative : à Maurice la rougaille est une sauce, et c'est le riz avec les lentilles qui en fait un repas. [L'assiette riz, lentilles, rougaille et chatini est celle que décrivent les sources mauriciennes, du portail Restaurants.mu au livre de Jean-Pierre Reymond sur Maurice paru chez Marcus en 1997, qui parle d'un cari accompagné d'une variété de rougails, de brÚdes, de riz blanc, d'achards et de piments.]
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â Cette recette n'a jamais Ă©tĂ© testĂ©e par la communautĂ©. Soyez le premier Ă fermer la couronne.
La mĂȘme rougaille, une autre viande. Le bĆuf demande un mijotage bien plus long que la saucisse et donne une sauce plus profonde ; les saucisses apportent leur gras fumĂ©, qui parfume toute la tomate. Le geste et les aromates sont identiques.
Voir la recette âVarianteLa rougaille au thon est la version de bord de mer, plus courte Ă cuire et plus vive. Celle aux saucisses est la version de la maison, du dimanche et de l'enfance. MĂȘme sauce, deux places Ă table.
Voir la recette âCousineIls ne se ressemblent pas, ils s'accompagnent. Le dholl et la rougaille arrivent ensemble dans l'assiette mauricienne, avec le riz : la douceur des lentilles rĂ©pond Ă l'aciditĂ© de la tomate, et l'un sans l'autre laisse le repas bancal.
Voir la recette âVarianteLe mĂȘme plat des Mascareignes, sĂ©parĂ© par une lettre et une Ă©pice. Maurice Ă©crit « la rougaille » au fĂ©minin et met du curcuma et du gingembre frais ; La RĂ©union Ă©crit « le rougail » au masculin et pousse l'oignon jusqu'au tabac sans safran. Les deux descendent du mĂȘme mot tamoul Ć«áčukÄy, « pickles », arrivĂ© avec les engagĂ©s indiens, et chaque Ăźle tient sa version pour l'originale.
Voir la recette âVarianteLa mĂȘme sauce mĂšre, deux garnitures : la rougaille mauricienne accueille aussi bien la saucisse que le poisson salĂ© â c'est la sauce qui fait la famille.
Voir la recette âVarianteLa mĂȘme sauce mĂšre â tomates Ă©crasĂ©es, oignon roussi, ail, thym, piment â appliquĂ©e Ă l'archĂ©type mauricien : la rougaille change de protĂ©ine sans changer de grammaire.
Voir la recette âCousineMĂȘme sauce mĂšre mauricienne â pomme d'amour fondue sur oignon-ail-gingembre-thym â mais l'emblĂšme de la famille y couche la saucisse plutĂŽt que la crevette ; la rougaille saucisses se rĂ©chauffe et se bonifie, la crevette exige la minute.
Voir la recette âCousineL'emblĂšme de la famille rougaille mauricienne : mĂȘme sauce tomate mijotĂ©e Ă l'oignon, l'ail, le thym et le caripoulĂ©, avec la saucisse Ă la place du camaron sec.
Voir la recette âCousineĂ Maurice aussi, la saucisse crĂ©ole grillĂ©e puis mijotĂ©e en rougaille est un pilier populaire : mĂȘme geste de la saucisse fraĂźche locale passĂ©e Ă la braise ou Ă la sauce tomate pimentĂ©e, dans les trois Ăźles sĆurs de l'ocĂ©an Indien.
Voir la recette âSourcer ou se taire
â COURONNE â ENLUMINURE V4 · or en attente du test
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