1638
Colonisation hollandaise et introduction de la canne
Les Hollandais établissent le premier établissement permanent à Maurice et introduisent la canne à sucre, originaire de Java, ainsi que le cerf de Java pour la chasse. Cette période voit également l'importation des premiers esclaves malgaches et africains, posant les bases du métissage culinaire qui caractérisera l'ßle. Les Hollandais contribuent aussi à l'extinction du dodo, espÚce endémique qui figurait dans les premiers récits alimentaires des navigateurs.
1715
Colonisation française et cuisine créole naissante
La France s'empare de l'Ăźle, rebaptisĂ©e Ăle de France, et dĂ©veloppe massivement les plantations sucriĂšres avec une main-d'Ćuvre servile africaine et malgache. C'est durant cette pĂ©riode que se forge la cuisine crĂ©ole mauricienne, synthĂšse entre les techniques françaises, les ingrĂ©dients africains et malgaches, et les Ă©pices des routes commerciales de l'ocĂ©an Indien. La Compagnie des Indes orientales favorise l'afflux d'Ă©pices, de riz et de lĂ©gumineuses qui s'intĂšgrent durablement dans l'alimentation locale.
1810
ConquĂȘte britannique et maintien des traditions françaises
La Grande-Bretagne prend le contrĂŽle de l'Ăźle aprĂšs la bataille de Grand Port, mais les colons français conservent leurs droits, leur langue et leurs habitudes alimentaires par le traitĂ© de capitulation. La cuisine mauricienne continue de s'articuler autour du modĂšle crĂ©ole français, avec le rougail, les achards et les currys de poisson, mĂȘme sous administration britannique. Ce paradoxe historique explique pourquoi la gastronomie mauricienne demeure profondĂ©ment francophone malgrĂ© l'hĂ©ritage colonial britannique.
1834â1924
Arrivée des travailleurs indiens sous contrat
à la suite de l'abolition de l'esclavage (1835), plus de 450 000 travailleurs sous contrat indiens arrivent à Maurice sur prÚs d'un siÚcle, majoritairement du Bihar, du Bengale et du Madras. Ils importent avec eux le riz basmati, les lentilles, les épices (cumin, cardamome, curcuma), les techniques de cuisson au tawa et au karahi, transformant radicalement la palette aromatique de l'ßle. Le dal puri, le biriani, le brÚde mouroum et les currys secs deviennent progressivement des éléments centraux de la cuisine nationale mauricienne.
1968
Indépendance et codification d'une cuisine nationale
L'indĂ©pendance de Maurice marque le dĂ©but d'une affirmation identitaire qui passe aussi par la cuisine : les recettes mĂ©tissĂ©es crĂ©oles, indiennes, chinoises et franco-mauriciennes sont progressivement revendiquĂ©es comme patrimoine commun d'une nation plurielle. Les marchĂ©s comme celui de Port-Louis deviennent des lieux symboliques oĂč coexistent dholl puri, dim sum, rougail saucisses et bol renversĂ©, reflĂ©tant la diversitĂ© harmonieuse cĂ©lĂ©brĂ©e par le concept local de « vivre ensemble ». Des chefs et anthropologues mauriciens commencent Ă documenter ces traditions pour en prĂ©server la mĂ©moire face Ă la mondialisation.