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Atlas Culinaire · Maurice · Afrique
Rhum de canne mauricien, sirop de sucre roux et jus de fruits tropicaux â mangue, maracuja ou citron vert pĂ©i â simplement remuĂ©s sur glace : le verre des dimanches au bord du lagon
L'Ăźle Maurice est nĂ©e de la canne. Les Hollandais l'apportent de Java dĂšs 1639 et en tirent une eau-de-vie rustique, l'arak ; au milieu du XVIIIe siĂšcle, MahĂ© de La Bourdonnais lance les premiĂšres distillations autour de sa sucrerie de la Villebague ; en 1838, le docteur Pierre Charles François Harel perfectionne les techniques de distillation, et la distillerie de Grays, fondĂ©e la mĂȘme annĂ©e, tourne encore aujourd'hui. Pendant prĂšs de deux siĂšcles, le rhum mauricien fut surtout un rhum de mĂ©lasse, sous-produit des sucreries qui quadrillaient l'Ăźle. Puis, au tournant des annĂ©es 2000, la libĂ©ralisation du rhum de pur jus de canne a fait Ă©clore une nouvelle gĂ©nĂ©ration : Saint-Aubin distille son rhum agricole depuis 2003 sur un domaine sucrier ancrĂ© dans le Sud depuis 1819, Chamarel depuis 2008 dans sa vallĂ©e perchĂ©e du Sud-Ouest, Ă deux pas des terres colorĂ©es. Le punch, lui, est la façon mauricienne de boire ce rhum sans cĂ©rĂ©monie. Pas de rituel figĂ© comme le ti'punch antillais : ici, on marie le rhum au verger de l'Ăźle. Un sirop de sucre roux qui garde ses notes de mĂ©lasse, le jus d'une mangue mĂ»re de l'Ă©tĂ© austral, la pulpe acidulĂ©e d'un maracuja ou le trait vif d'un citron vert pĂ©i, beaucoup de glace, une cuillĂšre longue pour remuer sans brusquer. On le sert aux pique-niques du dimanche sous les filaos, aux mariages, au retour de la pĂȘche, quand le soleil descend sur le lagon. C'est le cousin du planteur antillais et le frĂšre du ti'punch rĂ©unionnais, avec cette gĂ©nĂ©rositĂ© fruitĂ©e qui n'appartient qu'Ă Maurice.
Le punch mauricien cristallise le débat qui traverse tout le rhum de l'ßle : pur jus de canne ou mélasse ? Les distilleries de Chamarel et de Saint-Aubin défendent le rhum agricole, distillé du jus de canne fraßchement pressé, comme le seul digne d'un vrai punch de terroir ; les maisons historiques comme Grays (New Grove) perpétuent le rhum de mélasse, héritier de deux siÚcles de tradition sucriÚre, moins cher et omniprésent dans les bars.
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Dissolvez le sucre roux de canne dans l'eau chaude (ratio 1:1) en remuant jusqu'à obtenir un sirop homogÚne, puis laissez refroidir complÚtement. Ce sirop se prépare à l'avance et se conserve une semaine en bouteille au réfrigérateur : c'est la base sucrante du punch, et le sucre roux non raffiné lui apporte une note caramélisée subtile.
Le pourquoiLe sucre dissous Ă chaud s'intĂšgre ensuite instantanĂ©ment dans un liquide glacĂ©, lĂ oĂč le sucre en poudre resterait en cristaux au fond du verre ; et le ratio 1:1 donne un sirop assez fluide pour se doser Ă la cuillĂšre.
Pressez les citrons verts juste avant de servir, car le jus perd vite son parfum. Pour la version maracuja, coupez les fruits de la passion en deux et filtrez la pulpe. Pour la version mangue, mixez la chair d'une mangue bien mûre jusqu'à obtenir un jus épais. Réservez les jus séparément.
Le pourquoiLes jus d'agrumes et de fruits tropicaux s'oxydent en quelques heures : leurs huiles volatiles, qui portent tout le parfum, s'évaporent ou tournent. Presser au dernier moment, c'est garder le fruit vivant dans le verre.
Dans un grand verre rempli de glaçons, versez le rhum, puis le sirop, puis les jus de fruits. Remuez délicatement à la cuillÚre longue : le punch mauricien se remue, il ne se secoue pas au shaker. Goûtez, ajustez, puis garnissez de menthe, d'une rondelle de citron vert et d'un trait de zeste.
Le pourquoiRemuer plutÎt que shaker préserve la limpidité du punch et maßtrise la dilution : la glace fond juste assez pour lier et rafraßchir, sans noyer le rhum ni troubler les jus.
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Deux punchs créoles des Mascareignes bùtis sur le rhum de canne et le sucre péi : La Réunion l'arrondit au lait de coco crémeux, Maurice l'acidule à la mangue, au maracuja et au citron vert.
Voir la recette âCousineLes deux visages du rhum de canne mauricien : le punch se monte Ă la minute sur glace avec les fruits pressĂ©s du jour, quand le rhum arrangĂ© fait macĂ©rer fruits et Ă©pices des semaines dans la bouteille. MĂȘme canne, mĂȘme Ăźle, deux temporalitĂ©s.
Voir la recette âCousineLe frĂšre transĂźle de l'ocĂ©an Indien : mĂȘme trinitĂ© crĂ©ole rhum-canne-citron vert, mais le ti'punch rĂ©unionnais se boit sec et concentrĂ©, sans glace ni jus de fruits, lĂ oĂč le punch mauricien s'ouvre gĂ©nĂ©reusement au verger tropical.
Voir la recette âLa mĂȘme construction sous drapeau antillais : rhum de canne, sirop de sucre, jus de fruits tropicaux versĂ©s sur glace et remuĂ©s. Le planteur des Antilles et le punch mauricien sont le mĂȘme geste colonial de la canne, adaptĂ© aux fruits de chaque Ăźle.
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