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Atlas Culinaire · Maurice · Cuisine indo-mauricienne
Le gajak indo-mauricien de tous les coins de rue : des pois cassés jaunes (dholl) trempés puis moulus en pâte grossière, relevés d'oignon, de coriandre, de piment et de cumin, façonnés et frits — croustillant dehors, moelleux dedans, le beignet qu'on attrape chaud chez le marchand avec une lichette de sauce piment.
Devant les bazars de Port-Louis, aux abords des plages et des arrêts d'autobus, le baja grésille dans les grandes marmites d'huile des marchands de gajaks, ces en-cas frits qui rythment la journée mauricienne, de la récréation des écoliers à l'heure du thé. Le mot viendrait du bengali « bahja », « tout ce qui est frit après avoir été pétri dans une pâte à base d'eau » : un héritage direct des engagés indiens débarqués à partir de 1834 par l'Aapravasi Ghat, qui ont apporté dans leurs bagages l'art des beignets de légumineuses et l'ont replanté dans la rue créole. Dans cette version aux pois cassés, tout part du dholl : les pois jaunes gonflent une nuit dans l'eau, puis passent au moulin sans une goutte de liquide, jusqu'à une pâte granuleuse comme un sable humide. On y écrase de l'oignon, de la coriandre fraîche (le cotomili), du piment, du cumin, et l'on plonge des boulettes irrégulières dans l'huile bouillante. Elles remontent dorées, la croûte qui croque, le cœur qui fume, à manger brûlantes au cornet ou glissées dans un morceau de pain, avec un satini pour la fraîcheur. C'est la petite monnaie du bonheur mauricien : quelques roupies, quatre beignets, et la rue entière sent la friture et le cumin.
Le baja mauricien vit un vrai débat d'identité.
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Rincez les pois cassés jaunes puis couvrez-les largement d'eau froide et laissez-les tremper au moins 3 heures, idéalement une nuit. C'est l'étape non négociable : un dholl mal trempé reste crayeux au cœur et donne un beignet dur et farineux, alors qu'un dholl bien gonflé se moud en pâte souple et frit moelleux. Égouttez-les ensuite très soigneusement — toute eau résiduelle rendra la pâte trop liquide.
Le pourquoiLe trempage réhydrate l'amidon et les protéines du dholl : c'est lui qui permet ensuite de moudre les pois sans ajouter d'eau et qui donne le cœur moelleux. Un pois resté sec au centre restera crayeux, quelle que soit la qualité de la friture.
Mixez les pois cassés égouttés par petites quantités, au robot ou au mixeur, SANS ajouter d'eau, jusqu'à une pâte granuleuse — surtout pas une purée lisse. C'est le grain qui donne la texture croustillante-moelleuse signature une fois frit. Si le mixeur peine, raclez les bords et relancez plutôt que d'ajouter du liquide. La pâte doit se tenir quand vous la pressez dans la main. Trop sèche pour tourner ? Un tout petit filet d'eau, à contrecœur, et le moins possible.
Le pourquoiC'est le grain qui fait le baja : une pâte granuleuse emprisonne de l'air, se tient d'elle-même et frit croustillant, quand une purée lisse et mouillée se délite dans le bain ou boit l'huile.
Dans un saladier, mélangez la pâte de pois avec l'oignon émincé, l'oignon vert, la coriandre hachée (le cotomili), le piment, le cumin, l'ail et les feuilles de cari (caripoulé). Salez franchement, environ une cuillère à café — le dholl est neutre et en demande. Amalgamez bien à la main. Si la pâte est trop humide et ne se tient pas, saupoudrez un peu de fécule (maïzena, ou tapioca pour rester sans gluten). Une pincée de bicarbonate ici pour qui aime le moelleux — étape débattue. Goûtez une miette pour rectifier le sel et le piquant.
Le pourquoiIncorporés crus, l'oignon et la coriandre libèrent leurs sucs directement dans la pâte, et la friture torréfie le cumin. Le dholl ne porte aucun goût par lui-même : tout le caractère du baja se joue dans ce saladier.
Façonnez la pâte en petites boulettes de la taille d'une noix ou en galettes légèrement aplaties, les mains mouillées ou à l'aide de deux cuillères pour des quenelles régulières. Le baja de bord de route est souvent un peu irrégulier, c'est son charme. Tassez légèrement pour que la pièce se tienne, sans la compacter. Si la pâte colle trop aux mains, c'est qu'elle est trop humide : un voile de fécule règle ça. Posez les pièces sur une assiette et enchaînez vers la friture sans traîner.
Le pourquoiDes pièces de la taille d'une noix cuisent à cœur exactement dans le temps que met la croûte à dorer. Plus grosses, l'extérieur brûle avant que le centre ne soit cuit.
Chauffez l'huile à 175-180 °C : un peu de pâte doit grésiller et remonter vivement. Plongez les beignets par petites fournées sans surcharger — trop de pièces d'un coup font chuter la température, et le beignet boit l'huile au lieu de croustiller. Faites frire 4 à 5 minutes en retournant, jusqu'à un doré profond. Le cœur doit être cuit et moelleux, pas pâteux. Égouttez sur du papier absorbant. La pâte de pois cuit vite : inutile de pousser la coloration trop loin.
Le pourquoiÀ 175-180 °C, la croûte se forme dans la seconde et scelle le beignet ; en dessous, la pâte s'imbibe d'huile avant même de commencer à croustiller.
Servez IMMÉDIATEMENT, tant que c'est croustillant — le baja, comme tous les gajaks, est un en-cas de l'instant qui ramollit en refroidissant. Accompagnez-le d'une pâte de piment (mazavaroo) ou d'un satini pomme d'amour (chutney de tomate). À Maurice, on le mange tel quel au cornet, ou glissé dans un morceau de pain pour un casse-croûte. Parfait pour le quatre-heures avec un thé, ou à l'apéritif avec une Phoenix bien fraîche.
Le pourquoiDès qu'il refroidit, la vapeur emprisonnée dans le cœur ramollit la croûte de l'intérieur : le beignet de dholl ne connaît qu'un seul bon moment, la sortie du bain.
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Même socle exactement : dholl jaune trempé une nuit, moulu sans eau en pâte granuleuse, frit en boulettes dorées. Le gato pima est la version boule au piment franc, le baja de pois cassés la version beignet plus irrégulier où l'oignon et la coriandre mènent la danse — deux visages du même geste indo-mauricien.
Voir la recette →CousineLe frère réunionnais du beignet de pois cassés : mêmes engagés indiens, même dholl (ou pois du Cap) trempé-moulu, même friture de rue. Ce que Maurice appelle gato pima ou baja, La Réunion le nomme bonbon piment — la parenté transîle la plus directe de l'océan Indien.
Voir la recette →CousineCompagnon de marmite chez tous les marchands de gajaks : samoussa, baja et gato pima frient dans la même huile et se vendent dans le même cornet, avec le même satini. La sainte trinité de la friture de rue indo-mauricienne.
Voir la recette →CousineDeux piliers du dholl dans la rue mauricienne, hérités du même engagisme bhojpuri, mais pas de la même graine. Le baja se fait au pois cassé jaune moulu cru et frit ; la farce du dholl puri se fait au gram dholl, le pois chiche cassé, cuit puis réduit en farine sèche. Le créole nomme les deux « dholl », le marché les vend séparément.
Voir la recette →CousineMême famille des beignets salés de la rue mauricienne : pâte façonnée à la main, friture au marron profond, sauce piment obligatoire. Le baja lie des pois cassés là où le gato arouille lie du taro râpé.
Voir la recette →CousineMême famille de pâte frite aux légumineuses, même étal de gajaks : le baja est la pâte qui se suffit à elle-même, le du pain frire est cette pâte devenue manteau pour le pain rassis.
Voir la recette →Sourcer ou se taire
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