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Atlas Culinaire · Maurice · Cuisine indo-mauricienne
La galette-totem de Maurice — gram dholl moulu sec au cumin et au curcuma, pâte étirée à un millimètre, roulée brûlante autour du cari. On l'achète par deux, jamais à l'unité.
Il faut avoir vu un marchand de dholl puri à l'œuvre pour comprendre le plat. La boule de pâte est aplatie d'un coup de paume, roulée en un disque presque translucide, jetée sur le tawa brûlant où elle se couvre de cloques en quelques secondes, puis retirée, garnie, roulée autour du cari, et tendue encore chaude dans son papier. L'opération dure moins d'une minute, et elle se répète des centaines de fois par matinée. Chez Dewa and Sons, à Rose-Hill, la journée commence à trois heures et demie du matin.
La première querelle est botanique, et elle change la recette.
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La version des marchands et du meunier national : gram dholl (pois chiche cassé), farine faratha, eau de cuisson salée et safranée réutilisée dans la pâte. Farce franchement sèche et granuleuse, celle qui tient à un millimètre d'épaisseur.
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Rincez le gram dholl à l'eau claire jusqu'à ce qu'elle cesse de blanchir, puis versez-le dans un grand saladier et couvrez-le de cinq bons centimètres d'eau froide. Laissez-le six heures, une nuit entière si vous le pouvez. Il va doubler de volume et doit rester immergé jusqu'au bout.
Le pourquoiLe pois chiche cassé est une graine dure, bien plus dure que le pois cassé jaune. Sans un long trempage, sa peau se déferait à la cuisson pendant que le cœur resterait crayeux, et vous n'obtiendriez jamais cette farce sableuse qui fait tenir la galette à un millimètre d'épaisseur. [Le gram dholl est le choix des professionnels mauriciens : Les Moulins de la Concorde, le meunier national, l'écrivent noir sur blanc, et Dewa and Sons en achète par sacs de vingt-cinq kilos.]
Égouttez, mettez le gram dholl dans une casserole et couvrez d'un bon litre d'eau froide. Ajoutez la cuillerée de curcuma et la cuillerée de sel. Portez à ébullition, écumez la mousse grise, puis baissez à petit frémissement pour quarante minutes environ. Égouttez, et surtout GARDEZ L'EAU DE CUISSON.
Le pourquoiCette eau n'est pas un déchet, c'est le second ingrédient de la pâte. Elle porte le sel, le curcuma et l'amidon du dholl. C'est elle, et non du curcuma ajouté à la farine, qui donnera son jaune et son parfum à la galette. Les marchands ne la jettent jamais. [Les Moulins de la Concorde font cuire le dholl dans une eau salée et safranée, et leur pâte ne contient aucun curcuma : seulement la farine, le sel, la matière grasse et cette eau.]
Étalez la légumineuse égouttée sur un linge propre et laissez-la refroidir et sécher complètement, une bonne heure. Passez-la ensuite au mixeur avec le cumin moulu, par petites quantités et TOUJOURS PAR À-COUPS, jamais en continu. Vous cherchez une farine grossière, sèche et parfumée, pas une pâte.
Le pourquoiToute la finesse de la galette se joue ici. Une farce humide colle à la pâte, l'alourdit et la perce au moment du laminage. En mode continu, la lame chauffe et fait suer la légumineuse, qui s'agglomère aussitôt. Les à-coups brefs gardent la mouture aérée. [Le cumin et le curcuma sont les deux seuls aromates de la farce : c'est vrai chez le meunier national comme chez tous les marchands, et c'est ce qui distingue la farce mauricienne des versions caribéennes, plus épicées.]
Mélangez la farine et le sel dans un grand saladier, puis incorporez la matière grasse du bout des doigts jusqu'à obtenir une texture de sable grossier. Creusez un puits et versez progressivement l'eau de cuisson, tiède, en pétrissant. Comptez dix minutes, jusqu'à une pâte souple et lisse, puis couvrez et laissez reposer trente minutes au moins.
Le pourquoiLe sablage préalable enrobe la farine de gras et bride le réseau de gluten juste ce qu'il faut : la pâte restera extensible sans se rétracter sous le rouleau. Et l'eau tiède du dholl la détend, la colore et la parfume d'un seul geste. [La séquence est celle des Moulins de la Concorde, qui pèsent chaque élément séparément et sablent la matière grasse avant d'ajouter l'eau de cuisson.]
Divisez la pâte en douze portions égales et roulez-les en boules. Aplatissez-en une en un disque épais d'environ huit centimètres, déposez au centre une grosse cuillerée de farce, puis remontez la pâte tout autour comme on ferme une bourse, en chassant l'air, et pincez fermement la soudure. Reboulez délicatement, soudure en dessous.
Le pourquoiLa farce doit être enfermée dans une poche close et parfaitement centrée. La moindre soudure mal pincée s'ouvrira sous le rouleau, et une bulle d'air emprisonnée fera éclater la galette sur la plaque brûlante.
Sur un plan de travail à peine fariné, aplatissez d'abord la boule avec la paume, doucement, jamais directement au rouleau. Passez ensuite au rouleau en tournant d'un quart de tour à chaque passe, et retournez la galette après chaque coup de rouleau. Descendez jusqu'à un disque d'environ vingt centimètres et un millimètre d'épaisseur.
Le pourquoiLa paume répartit la farce vers les bords avant que le rouleau n'exerce sa pression ; attaquer d'emblée au rouleau concentre la force sur le centre et perce la poche. Le retournement à chaque passe, lui, équilibre l'étirement des deux faces et empêche la farce de migrer d'un seul côté. [Le retournement systématique et la cible du millimètre viennent de la recette mauricienne de Ti Karaii, qui insiste sur le fait de retourner après chaque coup de rouleau.]
Chauffez un tawa ou une plaque à feu moyen-vif, jusqu'à ce qu'une goutte d'eau y danse et s'évapore en deux secondes. Graissez très légèrement, déposez une galette, laissez trente à quarante-cinq secondes le temps que des cloques se forment, puis retournez et cuisez autant. Empilez au fur et à mesure sous un linge propre.
Le pourquoiLa plaque doit être franchement chaude : la vapeur enfermée entre les deux couches de pâte gonfle d'un coup et c'est elle qui fait la souplesse de la galette. Sur une plaque tiède, l'eau s'évapore lentement et vous obtenez un carton. Le film d'huile, lui, empêche la surface de se dessécher avant que le cœur ne soit cuit. [Le tawa est documenté dans la case de l'engagé, ce cercle épais en fonte que l'historienne Vina Ballgobin relève parmi les ustensiles hérités. Pour l'huile, Les Moulins de la Concorde disent poêle préalablement huilée, Le Mauricien dit poêle huilée : la plaque n'est pas sèche, contrairement à ce qu'on lit souvent.]
Servez sans attendre. Posez DEUX galettes l'une sur l'autre, étalez au centre une louche de cari gros pois, ajoutez le rougail tomate et une cuillerée de satini, puis roulez le tout et enveloppez de papier. Les sauces les plus fortes se servent à part, dans un sachet.
Le pourquoiC'est ici que le plat mauricien se sépare de son ancêtre indien : la galette n'accompagne pas le repas, elle le contient. Et la paire n'est pas une coquetterie, c'est l'unité du plat. Deux galettes fines tiennent la sauce là où une seule se perce. [Toutes les sources de prix consultées, de la presse mauricienne au Guardian, cotent la paire et jamais l'unité, depuis les quinze cents des débuts jusqu'aux vingt roupies de juillet 2022. Le Guardian le formule ainsi : elles sont toujours vendues par deux, enveloppées dans du papier comme un fish and chips.]
Marquez-la cuisinée : elle entre dans votre journal, vous rapporte des points d'explorateur.
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Le cari de gros pois n'est pas un accompagnement du dholl puri : c'est ce qu'on roule dedans. La galette a été amincie précisément pour envelopper ce cari, et c'est cette bascule — de l'accompagnement à l'enveloppe — qui a fait du dal puri indien un plat mauricien.
Voir la recette →CousineLes deux pains de Maurice, et deux philosophies. Le dholl puri est fourré de pois cassés secs avant d'être étalé, cuit à sec sur le tawa et roulé autour du repas ; le farata est feuilleté, cuit au gras et servi à côté pour saucer. On les trouve chez les mêmes marchands, souvent au même comptoir, et les Mauriciens choisissent selon l'humeur du matin.
Voir la recette →CousineLe ti puri des sept caris est le cousin cérémoniel du dholl puri : la même famille de galette, mais servie ouverte, avec les caris disposés autour lors des repas de fête. L'un se mange debout dans la rue, l'autre assis sur une feuille.
Voir la recette →CousineDeux légumineuses que le créole appelle toutes deux « dholl », et c'est là tout le piège. Le cari de lentilles se fait au dholl proprement dit, le pois cassé jaune, qu'on laisse fondre en sauce épaisse pour le riz. La farce du dholl puri, elle, se fait au gram dholl, le pois chiche cassé, cuit ferme puis moulu à sec. Même mot, deux graines, deux textures visées.
Voir la recette →CousineL'escorte et son navire : une pincée d'achards dans le pli du dholl puri est l'un des gestes les plus quotidiens de la rue mauricienne.
Voir la recette →CousineLe couple inséparable de la rue mauricienne : le satini coco étalé dans le pli du dholl puri fait partie du goût même de la galette.
Voir la recette →CousineLe même curcuma, la même rue, deux légumineuses différentes. La dholl soup se boit avec le pois cassé jaune fondu ; le dholl puri se farcit au gram dholl, le pois chiche cassé, cuit ferme et moulu à sec pour ne surtout pas rendre d'eau dans la pâte.
Voir la recette →CousineDeux pains-couverts hérités de l'engagisme indien : la dosa tamoule fermentée sur la plaque, le dholl puri bhojpuri fourré de pois cassés. Deux grammaires indiennes différentes qui remplissent le même office — envelopper cari et chutney.
Voir la recette →CousineLes deux totems de la rue mauricienne, et une différence de graine que le nom commun masque. Le gato pima se fait au dholl jaune, trempé cru puis broyé et jeté dans la friture. Le dholl puri se fait au gram dholl, le pois chiche cassé, cuit avant d'être moulu à sec et enfermé dans la pâte. L'un est frit, l'autre cuit sur plaque : c'est exactement l'économie d'huile qui, selon la famille Ramsahye Maraz, a fait naître le second.
Voir la recette →CousineDeux piliers du dholl dans la rue mauricienne, hérités du même engagisme bhojpuri, mais pas de la même graine. Le baja se fait au pois cassé jaune moulu cru et frit ; la farce du dholl puri se fait au gram dholl, le pois chiche cassé, cuit puis réduit en farine sèche. Le créole nomme les deux « dholl », le marché les vend séparément.
Voir la recette →L'ancêtre, apporté par les engagés du Bihar et de l'Uttar Pradesh à partir de 1834. Le dal puri indien est plus épais, accompagne le repas et ne l'enveloppe pas. La galette mauricienne s'est amincie pour la cuisson de rue au point de devenir un autre plat sous le même nom.
Pas encore dans l'AtlasLe chaînon documenté, celui que les archives attestent quand la légende des malles ne dit rien. L'historienne mauricienne Vina Ballgobin relève le litti dans l'alimentation quotidienne des engagés indiens à Maurice : une galette épaisse à base de farine, de manioc râpé et de dholl ou de pois cassé moulu. Le principe du dholl puri, farine et légumineuse moulue cuites ensemble sur le tawa, vivait donc déjà dans la case de l'engagé, sous un nom bihari, avant de s'affiner en galette de rue.
Pas encore dans l'AtlasL'ancêtre revendiqué, et le plus beau récit d'origine du plat. Le tekwa est un beignet rond sucré fourré de pois cassés, plongé dans la friture. Selon la famille Ramsahye Maraz, qui tient un étal au marché central de Port-Louis depuis trois générations, c'est le coût de l'huile qui a tout déclenché : Ramawahh Ramsahye Maraz aurait croisé le tekwa avec le roti, cuit à sec sur la plaque, et le dholl puri serait né de ce calcul. La galette nationale descendrait donc d'une économie de friture.
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♛ COURONNE — ENLUMINURE V4 · or en attente du test
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