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Atlas Culinaire · Maurice · Afrique
La grande crêpe dentelée de la communauté tamoule de Maurice — une pâte de riz et de lentilles noires fermentée toute la nuit, étalée en spirale sur la plaque brûlante jusqu'au croustillant doré, servie avec sambar fumant et chutney de coco
Avant d'être mauricienne, la dosa — dosai en tamoul — est l'une des plus anciennes crêpes du monde. L'historien de l'alimentation K.T. Achaya la fait remonter au pays tamoul de l'ère Sangam, vers le premier siècle de notre ère, et les premières mentions écrites apparaissent au VIIIe siècle au Tamil Nadu. Son principe n'a pas bougé depuis : du riz et des lentilles noires décortiquées (urad dal) trempés, broyés, puis laissés fermenter jusqu'à ce que la pâte bulle et s'aigrisse doucement. C'est cette fermentation qui donne à la crêpe sa dentelle croustillante et son parfum lacté-acidulé, impossible à imiter avec une simple pâte de farine.
Comme partout où vit la dosa, deux débats traversent les cuisines.
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Faites tremper le riz et l'urad dal séparément pendant 6 heures. Mixez-les finement chacun de leur côté, l'urad dal avec son eau de trempage jusqu'à obtenir une mousse blanche, puis mélangez les deux pâtes. Couvrez et laissez fermenter 8 à 10 heures à température ambiante tropicale. Salez seulement ensuite, puis détendez avec un peu d'eau pour obtenir une pâte coulante, plus fluide qu'une pâte à crêpe française.
Le pourquoiLa fermentation naturelle fait travailler bactéries lactiques et levures sauvages : elle acidifie la pâte, la gonfle de bulles et rend les légumineuses plus digestes. Ce sont ces bulles qui donneront la texture criblée et croustillante de la dosa — sans fermentation, on obtient une simple galette plate.
Faites cuire les pommes de terre à l'eau salée, égouttez-les et écrasez-les grossièrement. Dans une poêle, faites crépiter les graines de moutarde dans l'huile chaude, ajoutez les feuilles de cari (caripoulé), le piment haché et le curcuma, puis incorporez les pommes de terre. Salez, mélangez et gardez au chaud.
Le pourquoiFaire éclater les graines de moutarde et infuser le caripoulé dans l'huile chaude libère leurs arômes liposolubles : c'est ce tempérage qui parfume toute la farce. L'écrasement grossier garde des morceaux, pour une farce moelleuse et non une purée compacte.
Chauffez une grande poêle antiadhésive ou un tawa en fonte à feu vif jusqu'à ce qu'il soit très chaud. Huilez à peine, en essuyant quelques gouttes d'huile avec un papier. Versez une grande louche de pâte au centre et étalez-la immédiatement en spirale, du centre vers l'extérieur, avec le dos de la louche, en trois ou quatre mouvements rapides. Laissez cuire 2 à 3 minutes à feu vif.
Le pourquoiSur une plaque très chaude, la couche mince de pâte se déshydrate en dentelle dorée au lieu de cuire en crêpe molle. La fine pellicule d'huile essuyée est le juste milieu : assez pour empêcher d'accrocher, assez peu pour que la pâte adhère le temps d'être étalée.
Pour la version nature, pliez la dosa en demi-lune et servez-la immédiatement avec le sambar et le chutney de coco. Pour la masala dosa, déposez la farce chaude sur une moitié avant de plier. Servez dans une assiette chaude, une dosa à la fois : on ne prépare pas des piles de dosas qui attendent.
Le pourquoiLa dosa est un plat de l'instant : sa vapeur interne ramollit la dentelle en quelques minutes. La servir une par une, à la sortie de la plaque, est la seule façon d'offrir le contraste croustillant-moelleux qui fait tout le plat.
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L'autre grande crêpe indienne de Maurice : le farata feuilleté à la farine de blé, sans fermentation, contre la dosa de riz et lentilles fermentée. Même tawa, même service avec caris et satinis, deux traditions régionales de l'Inde qui se croisent sur l'île.
Voir la recette →CousineDeux pains-couverts hérités de l'engagisme indien : la dosa tamoule fermentée sur la plaque, le dholl puri bhojpuri fourré de pois cassés. Deux grammaires indiennes différentes qui remplissent le même office — envelopper cari et chutney.
Voir la recette →CousineMême pâte fermentée de riz et d'urad dal, deux destins : cuite à la vapeur en petits disques moelleux pour l'idli, étalée en crêpe fine et dorée à la plaque pour la dosa. Les deux piliers du tiffin tamoul, à Maurice comme au Tamil Nadu.
Voir la recette →CousineMême principe fondateur de part et d'autre de l'océan Indien : une pâte de riz fermentée à la levure naturelle, cuite sur plaque chaude au matin. La dosa mauricienne vient de l'Inde du Sud, le mokary du socle austronésien malgache.
Voir la recette →CousineCousine transîle par la technique : de part et d'autre de l'océan Indien, une pâte de riz fermentée toute une nuit, cuite le matin sur une surface chaude. La dosa est arrivée à Maurice avec l'engagisme indien, le mofo gasy tient au fonds rizicole malgache — deux routes différentes pour un même principe de galette de riz levée.
Voir la recette →Le plat mère : la dosai sud-indienne, attestée par écrit dès le VIIIe siècle au Tamil Nadu, arrivée à Maurice avec les engagés tamouls du XIXe siècle. Même pâte, même geste de spirale, mêmes accompagnements de sambar et chutney.
Pas encore dans l'AtlasLa même pâte fermentée riz-urad dal, mais versée épaisse et garnie d'oignons et de tomates au lieu d'être étalée en dentelle : l'uttapam est la cousine moelleuse de la dosa, servie elle aussi dans les comptoirs sud-indiens de Maurice.
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