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Atlas Culinaire · Maurice · Afrique
Les gros pois — le haricot de Lima passé par le cap de Bonne-Espérance — fondus dans une sauce pomme d'amour au thym et au cotomili : les « grains » beurrés du trio créole mauricien
Il faut suivre le voyage de ce haricot pour comprendre son nom. Né en Amérique tropicale — les botanistes l'appellent Phaseolus lunatus, le haricot de Lima —, il a gagné l'océan Indien par les routes maritimes qui doublaient le cap de Bonne-Espérance : de cette escale, il a gardé son nom créole de pois du Cap. Madagascar en a fait une culture du grand Sud-Ouest sous le nom de kabaro, et les Mascareignes l'ont adopté dans leurs marmites. À Maurice, on dit simplement « gros pois », et il tient sa place dans la grammaire la plus quotidienne de l'île : le trio riz, grains, cari, où les grains — dholl, lentilles, gros pois — apportent le fondant et la substance. Le fricassé en est la version claire : ni curcuma ni massala, juste une fondue de pommes d'amour montée sur l'oignon, l'ail, le gingembre et le thym, où les gros pois blanchis puis cuits doucement viennent s'imprégner avant une pluie de cotomili frais. À la cuillère, c'est un plat beurré sans beurre : la peau fine cède, le cœur crémeux du haricot lie la sauce, et le riz blanc fait le reste. Une frugalité noble, de celles qui nourrissent une tablée entière sans un gramme de viande — à moins qu'un morceau de porc salé ne vienne, certains jours, créoliser davantage la casserole.
Le vrai débat autour du gros pois est un débat de casserole : autocuiseur ou mijotage long.
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La veille, couvrez les gros pois secs d'un grand volume d'eau froide non salée, environ quatre fois leur volume. Laissez tremper au moins 8 heures à température ambiante, puis égouttez et rincez.
Le pourquoiLe trempage réhydrate l'amidon et assouplit la peau épaisse du haricot de Lima : c'est lui qui raccourcit la cuisson et donne un cœur crémeux au lieu d'un grain farineux.
Placez les pois trempés dans une grande casserole d'eau fraîche non salée. Portez à gros bouillon et maintenez une ébullition franche pendant 10 minutes, puis égouttez et rincez à l'eau froide.
Le pourquoiLe haricot de Lima cru contient des glycosides cyanogènes et des lectines que seule une vraie ébullition neutralise ; le blanchiment emporte aussi l'écume et une partie des sucres fermentescibles.
Couvrez de nouveau d'eau froide non salée, portez à frémissement et laissez cuire 30 à 40 minutes à feu doux, à couvert, jusqu'à ce que les pois soient tendres tout en se tenant. Égouttez en réservant l'eau de cuisson.
Le pourquoiLa cuisson douce laisse l'amidon gonfler sans que les peaux se déchirent : c'est elle qui donne au gros pois son fondant beurré caractéristique.
Dans une casserole, chauffez l'huile. Si vous mettez du lard ou du porc salé, faites-le revenir 3 minutes. Ajoutez l'oignon émincé et laissez-le fondre 5 minutes, puis l'ail, le gingembre, le thym et le piment ; remuez 2 minutes. Ajoutez enfin les pommes d'amour et laissez compoter 8 minutes, jusqu'à une sauce réduite.
Le pourquoiC'est la grammaire même du fricassé : une fondue de pomme d'amour au thym, sans curcuma ni massala — c'est elle qui le distingue du cari gros pois.
Ajoutez les pois cuits dans la sauce et mélangez délicatement. Détendez avec un peu d'eau de cuisson réservée pour bien les enrober, couvrez et laissez mijoter 10 à 15 minutes à feu doux. Salez seulement en fin de cuisson et terminez avec le cotomili ciselé.
Le pourquoiCe dernier mijotage fait passer le thym et la tomate jusqu'au cœur du pois ; saler tard préserve la souplesse des peaux.
Marquez-la cuisinée : elle entre dans votre journal, vous rapporte des points d'explorateur.
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Les deux grands « grains » du service mauricien : dholl, lentilles ou gros pois, versés sur le riz à côté du cari et du satini, ils apportent le fondant et la substance du repas quotidien.
Voir la recette →CousineTissage transîle : à La Réunion aussi, les « grains » mijotés sur base d'oignon-ail-tomate se versent sur le riz — le pois du Cap y est d'ailleurs cuisiné de la même façon que le chevrier.
Voir la recette →VarianteMême légumineuse exactement — le pois du Cap EST le gros pois (haricot de Lima) — dans l'autre registre mauricien : fricassé créole en sauce tomate douce, sans masala ni curcuma, là où le cari monte sur massalé et curcuma. Deux grammaires pour un même haricot, que chaque famille tranche à sa façon.
Voir la recette →CousineLe même mot « fricassé » appliqué à l'autre bout de l'assiette mauricienne : ici la volaille braisée, là les gros pois mijotés servis en grains à côté du riz. Deux plats différents, une même famille de mijotés créoles.
Voir la recette →VarianteLa Réunion cuisine le même pois du Cap en fricassé, troisième voix de la fratrie de l'océan Indien. Le pois y est revenu et mijoté dans une base créole oignon-ail-tomate très proche de la sauce du kabaro saosy — la parenté est directe, seule la main d'épices change d'une île à l'autre.
Voir la recette →CousineTissage transîle : le pois du cap réunionnais est botaniquement identique au kabaro. Même légumineuse, même famille de plats mijotés créoles, cousinage direct Réunion-Madagascar.
Voir la recette →CousineTransîle vers Maurice : le pois du Cap fricassé y joue le rôle du tsaramaso malgache — d'autant que ce Phaseolus lunatus est le kabaro de Madagascar, l'archipel entier mijote ses grosses légumineuses en sauce sur le riz.
Voir la recette →CousineLe versant réunionnais du même geste transîle : des pois du Cap fricassés servis sur le riz. Le pois du Cap lui-même porte un nom malgache, kabaro, témoin des allers-retours de graines entre la Grande Île et les Mascareignes.
Voir la recette →CousineÀ La Réunion, le pois du Cap fricassé tient exactement le même emploi : une grosse légumineuse mijotée en sauce qui fait le plat du jour posée sur le riz, dans la même famille créole de l'océan Indien.
Voir la recette →CousineTissage transîle vers Maurice : autre légumineuse (le kabaro malgache, Phaseolus lunatus) fricassée en sauce et servie sur riz, même logique créole du grain qui fait le repas.
Voir la recette →CousineL'autre rive du même pois : à La Réunion, le pois du Cap se fricasse en accompagnement créole ; à Madagascar, le kabaro entre dans la bouillie de manioc du Sud ou s'y sert en sauce.
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