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Atlas Culinaire · Maurice · Afrique
Le dholl quotidien des familles indo-mauriciennes : pois cassés jaunes mijotés au curcuma et au cumin jusqu'à une soupe dorée veloutée, finie d'un cari grésillé de graines de moutarde et de feuilles de cari (caripoulé), versé brûlant sur le riz blanc ou saucé au farata.
Ă Maurice, le dholl ne fait pas de bruit et pourtant il est partout. C'est le plat que l'on ne prĂ©sente pas : la casserole dorĂ©e qui frĂ©mit chaque midi dans les cuisines de Triolet, de Rose-Hill ou de Flacq, celle qui attend l'Ă©colier comme le planteur. Son histoire commence sur les quais de l'Aapravasi Ghat, Ă Port-Louis, oĂč dĂ©barquent Ă partir de 1834 les engagĂ©s indiens venus remplacer les esclaves affranchis dans les champs de canne. Dans leurs maigres bagages, les familles bhojpuri, tamoules et tĂ©lougoues emportent leur geste le plus ancien : le dal, la lĂ©gumineuse mijotĂ©e qui nourrit l'Inde depuis des millĂ©naires. Sur l'Ăźle, le mot se crĂ©olise en « dholl » et dĂ©signe d'abord les pois cassĂ©s jaunes, cuits jusqu'Ă fondre en un bouillon soyeux teintĂ© de curcuma. Le dholl est devenu le pilier du trio mauricien : riz blanc, grains, cari ou rougaille, avec un satini ou des achards pour rĂ©veiller le tout. Sa signature, c'est la finition : un cari grĂ©sillĂ©, huile brĂ»lante oĂč sautent graines de moutarde, cumin, ail et feuilles de caripoulĂ©, versĂ© en pluie crĂ©pitante sur la marmite au moment de servir. Le parfum monte d'un coup et toute la maison sait que c'est prĂȘt. De l'autre cĂŽtĂ© de la mer, La RĂ©union mijote ses lentilles en cari avec la mĂȘme tendresse : deux Ăźles sĆurs, un mĂȘme rĂ©confort Ă la louche.
Le dholl mauricien porte trois lignes de fracture bien réelles.
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Rincez les pois cassĂ©s sous l'eau claire en les frottant Ă la main jusqu'Ă ce que l'eau sorte limpide. Couvrez-les d'eau tiĂšde et laissez tremper 20 Ă 30 minutes : ils gonflent, cuiront plus vite et seront plus digestes. Pendant ce temps, Ă©mincez l'oignon, hachez l'ail et le gingembre, concassez la tomate (pomme d'amour). Ăgouttez les pois aprĂšs trempage.
Le pourquoiLe rinçage retire l'amidon de surface et les poussiĂšres, le trempage rĂ©hydrate le grain Ă cĆur : moins d'Ă©cume Ă la cuisson, un bouillon plus net et un temps de mijotage raccourci.
Dans une casserole, chauffez 2 cuillerées à soupe d'huile à feu moyen. Faites blondir l'oignon émincé 5 minutes jusqu'à ce qu'il soit translucide et doré. Ajoutez l'ail, le gingembre, puis le cumin et la coriandre moulus et le curcuma : remuez 30 à 40 secondes. Ajoutez la tomate concassée et le piment fendu, écrasez à la cuillÚre 2 minutes jusqu'à ce que la tomate fonde en sauce.
Le pourquoiLes arĂŽmes du curcuma, du cumin et de la coriandre sont liposolubles : quelques secondes dans l'huile chaude les libĂšrent bien mieux qu'un long mijotage dans l'eau. C'est ce fond qui parfume tout le dholl.
Versez les pois cassĂ©s Ă©gouttĂ©s dans la casserole et mĂ©langez pour les enrober du masala. Ajoutez environ 1 litre d'eau, portez Ă Ă©bullition puis baissez Ă frĂ©missement. Ăcumez la mousse blanche des premiĂšres minutes. Couvrez partiellement et laissez mijoter 25 Ă 30 minutes en remuant de temps en temps pour que rien n'accroche. Salez seulement en fin de cuisson.
Le pourquoiUn frémissement doux laisse le grain s'attendrir sans se déliter d'un coup, et le sel ajouté tard évite de raffermir l'enveloppe des légumineuses, ce qui rallongerait la cuisson.
Quand les pois sont fondants, écrasez une à deux louches contre la paroi de la casserole, ou donnez quelques tours de fouet, ou un bref coup de mixeur plongeant. Gardez des grains entiers pour la mùche. La cible mauricienne est soupeuse : versable à la louche, le dholl doit arroser le riz, pas former une purée compacte. Rectifiez l'eau et le sel.
Le pourquoiL'amidon libéré par les grains écrasés est le liant naturel du dholl : il épaissit le bouillon en velouté nappant sans farine ni crÚme, tout en laissant la texture vivante des grains entiers.
Avant le cari, Ă©quilibrez le dholl sur le fond. GoĂ»tez Ă la cuillĂšre : il doit ĂȘtre doux, rond, lĂ©gĂšrement Ă©picĂ© sans agresser. Ajustez le sel par petites pincĂ©es. Si vous aimez relever, ajoutez le piment fendu maintenant pour qu'il infuse 2 Ă 3 minutes. Si l'aciditĂ© manque, une pointe de jus de citron rĂ©veillera l'ensemble au service. Tenez le dholl au chaud, Ă frĂ©missement doux.
Le pourquoiLe cari final apporte le parfum, pas le sel ni le corps : un dholl sous-assaisonnĂ© Ă la base restera fade mĂȘme sous le plus beau grĂ©sillage. L'Ă©quilibre se joue maintenant.
Dans une petite poĂȘle, chauffez 2 cuillerĂ©es Ă soupe d'huile ou de ghee Ă feu vif. Quand elle ondule, jetez les graines de moutarde : elles doivent crĂ©piter et sauter en quelques secondes. Ajoutez aussitĂŽt les graines de cumin, l'ail Ă©mincĂ©, le piment sec cassĂ© et les feuilles de cari (caripoulĂ©) : elles grĂ©sillent et libĂšrent un parfum intense en 10 Ă 15 secondes. Retirez du feu dĂšs que l'ail est dorĂ©.
Le pourquoiLa chaleur vive extrait en quelques secondes les arÎmes liposolubles de la moutarde, du cumin et du caripoulé et les fixe dans l'huile : c'est ce concentré qui transforme un dal plat en dholl mauricien.
Versez le cari grésillant et son huile parfumée en pluie sur le dholl au moment de servir : le contact provoque un crépitement et un nuage de parfum de moutarde, d'ail et de caripoulé qui est la signature du dholl mauricien. Mélangez légÚrement ou laissez en surface. Parsemez de cotomili (coriandre fraßche) ciselé, une pointe de jus de citron si désiré. Servez brûlant sur un riz blanc fumant, avec rougaille et achards à cÎté.
Le pourquoiLes composĂ©s aromatiques du cari sont volatils et fugaces : versĂ© Ă la derniĂšre seconde sur le dholl chaud, le parfum explose Ă table ; prĂ©parĂ© d'avance, il s'Ă©teint dans la poĂȘle.
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â Cette recette n'a jamais Ă©tĂ© testĂ©e par la communautĂ©. Soyez le premier Ă fermer la couronne.
Le mĂȘme dholl de pois cassĂ©s portĂ© vers la soupe de rue : base identique, service plus liquide et autonome. La frontiĂšre entre les deux fiches est si mince qu'un doublon interne est suspectĂ© (voir signalement).
Voir la recette âCousineLe frĂšre transĂźle : Ă La RĂ©union, ce sont les lentilles corail (et les fameuses lentilles de Cilaos) qui jouent le rĂŽle de « grains » sur le riz, avec la mĂȘme racine indienne du dal mijotĂ© au curcuma. Deux Ăźles sĆurs, une mĂȘme louche de rĂ©confort.
Voir la recette âVarianteMĂȘme grammaire mauricienne du dal quotidien, avec des lentilles rouges Ă la place des pois cassĂ©s jaunes : masala curcuma-cumin, mijotage soupeux, place de « grains » dans le trio riz-grains-cari. Deux visages du mĂȘme geste indo-mauricien.
Voir la recette âCousineIls ne se ressemblent pas, ils s'accompagnent. Le dholl et la rougaille arrivent ensemble dans l'assiette mauricienne, avec le riz : la douceur des lentilles rĂ©pond Ă l'aciditĂ© de la tomate, et l'un sans l'autre laisse le repas bancal.
Voir la recette âCousineLes deux piliers des « grains » du service mauricien : mĂȘme place dans le trio riz-grains-cari, mĂȘme grammaire de lĂ©gumineuse mijotĂ©e au curcuma, mais familles distinctes â on ne confond pas le dholl de lentilles cassĂ©es et le gros pois entier et crĂ©meux.
Voir la recette âCousineLes deux grands « grains » du service mauricien : dholl, lentilles ou gros pois, versĂ©s sur le riz Ă cĂŽtĂ© du cari et du satini, ils apportent le fondant et la substance du repas quotidien.
Voir la recette âCousineĂ Maurice, le trio du service pose d'ordinaire le riz blanc et les grains cĂŽte Ă cĂŽte dans l'assiette : le dholl de lentilles en est le pilier quotidien. Le zembrocal applique la mĂȘme logique riz + grains, mais marie les deux dans la mĂȘme marmite au lieu de les servir sĂ©parĂ©s.
Voir la recette âCousineLes deux caris Ă©conomiques du quotidien indo-mauricien : protĂ©ine bon marchĂ©, sauce au massala et au curcuma, service sur riz avec satini. Ensemble ils composent le trio riz-grains-cari des tables de semaine.
Voir la recette âCousineDeux lĂ©gumineuses que le crĂ©ole appelle toutes deux « dholl », et c'est lĂ tout le piĂšge. Le cari de lentilles se fait au dholl proprement dit, le pois cassĂ© jaune, qu'on laisse fondre en sauce Ă©paisse pour le riz. La farce du dholl puri, elle, se fait au gram dholl, le pois chiche cassĂ©, cuit ferme puis moulu Ă sec. MĂȘme mot, deux graines, deux textures visĂ©es.
Voir la recette âSourcer ou se taire
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