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Atlas Culinaire · Maurice · Afrique
Les gros pois â haricots de Lima, dits aussi pois du Cap â trempĂ©s la veille puis mijotĂ©s crĂ©meux dans un masala tomate au curcuma, au thym et au caripoulĂ© : les « grains » rĂ©confortants du service mauricien, aussi Ă l'aise contre le riz blanc qu'enroulĂ©s dans un dholl puri ou un farata.
Ă Maurice, ne vous fiez pas au nom : le « gros pois » n'est pas un petit pois dodu mais le haricot de Lima (Phaseolus lunatus), grand haricot blanc et plat que les Mascareignes appellent aussi pois du Cap. NĂ© dans les AmĂ©riques, il a voyagĂ© par les routes marchandes de l'ocĂ©an Indien jusqu'aux marmites crĂ©oles ; chez la voisine malgache, on le cultive et on le mijote sous le nom de kabaro. Sur l'Ăźle, il a trouvĂ© sa grammaire avec les engagĂ©s indiens arrivĂ©s Ă Maurice Ă partir de 1834 â dont l'Aapravasi Ghat de Port-Louis, dĂ©pĂŽt bĂąti en 1849, garde la mĂ©moire : leurs currys de lĂ©gumineuses, transposĂ©s aux produits locaux, ont donnĂ© ce cari jaune-or oĂč le massalĂ© et le curcuma s'Ă©panouissent dans l'huile, oĂč le thym et le caripoulĂ© crĂ©pitent avec les oignons, oĂč la pĂąte fraĂźche d'ail et de gingembre fait le fond. Le cari gros pois tient la place des « grains » dans le trio sacrĂ© du service mauricien â riz, grains, cari ou rougaille, satini Ă cĂŽtĂ© â et c'est lui qui rend un dholl puri inoubliable quand on l'y Ă©tale, tiĂšde et crĂ©meux. Chaque pois doit fondre sous la langue, la sauce napper sans peser ; et comme tous les caris de lĂ©gumineuse, il est encore meilleur rĂ©chauffĂ© le lendemain.
Le cari gros pois nourrit de vrais débats de cuisine.
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La veille, rincez les gros pois et couvrez-les largement d'eau froide ; laissez tremper toute la nuit (au minimum 2 Ă 3 heures). Le lendemain, Ă©gouttez, couvrez d'eau fraĂźche non salĂ©e et cuisez Ă frĂ©missement 1 h Ă 1 h 30, jusqu'Ă ce qu'un pois s'Ă©crase sans rĂ©sistance entre deux doigts : il doit ĂȘtre franchement tendre et crĂ©meux Ă cĆur, jamais al dente. Ăcumez la mousse en dĂ©but de cuisson et gardez un bol de l'eau de cuisson pour ajuster la sauce ensuite.
Le pourquoiLe trempage réhydrate l'amidon et raccourcit la cuisson ; le geste mauricien cuit à l'eau non salée et ne sale qu'en fin, pour viser le fondant sans rien laisser au hasard.
Pendant la cuisson des pois, émincez finement les oignons, écrasez l'ail, rùpez le gingembre, mondez et concassez les tomates, effeuillez le caripoulé et le thym. Mesurez le massalé, le curcuma et le cumin dans un bol et délayez-les avec 3 cuillerées à soupe d'eau en une pùte lisse : ce masala mouillé évitera de brûler les épices tout à l'heure. Réservez chaque élément à portée de main.
Le pourquoiLa phase des épices ne dure que quelques instants et ne pardonne pas l'hésitation : une mise en place complÚte est ce qui sépare un cari maßtrisé d'un cari improvisé.
Chauffez l'huile dans une marmite à feu moyen. Faites-y revenir les oignons émincés avec le thym et les feuilles de caripoulé 6 à 8 minutes, jusqu'à ce que les oignons soient blonds et fondants. Ajoutez l'ail, le gingembre et le piment fendu, poursuivez 2 minutes sans laisser brûler l'ail. Si ça accroche, baissez le feu plutÎt que d'ajouter de l'eau.
Le pourquoiCette base oignon-caripoulé est la colonne vertébrale du cari indo-mauricien : les sucres des oignons caramélisent doucement et l'huile se charge du parfum des feuilles, ce qui donne le fond que rien d'autre ne remplacera.
Versez la pùte d'épices sur les oignons, ajoutez le concentré de tomate et remuez 1 à 2 minutes à feu moyen : l'huile doit se teinter d'orange profond et les épices embaumer sans accrocher. Ajoutez alors les tomates concassées et laissez fondre 5 minutes en écrasant, jusqu'à obtenir un masala épais et brillant. Si ça attache, un filet d'eau de cuisson des pois remet tout d'aplomb.
Le pourquoiLes arÎmes du massalé et du curcuma sont liposolubles : ils ne se révÚlent qu'en cuisant dans le gras. L'eau de la pùte fait tampon et laisse aux épices le temps de s'épanouir sans brûler.
Versez les gros pois égouttés dans le masala avec une à deux louches de leur eau de cuisson. Mélangez, portez à frémissement et laissez mijoter à couvert 15 à 20 minutes pour que les pois boivent la sauce. Ajustez en eau de cuisson au fil du mijotage, pour une sauce ni sÚche ni soupe. C'est seulement maintenant que vous salez et goûtez.
Le pourquoiLes pois déjà tendres n'ont plus qu'à s'imprégner : un frémissement doux les laisse absorber le masala sans les défaire, et saler en fin, sur des pois déjà fondants, permet d'ajuster juste sans rien compromettre.
à mi-mijotage, prélevez une grosse louche de gros pois avec un peu de sauce, écrasez-la à la fourchette ou contre la paroi de la marmite en purée grossiÚre, puis reversez-la dans le cari. Mélangez et jugez la consistance : elle doit napper, rester onctueuse, ni soupe ni sÚche. Ajustez avec l'eau de cuisson réservée si besoin.
Le pourquoiLes pois écrasés libÚrent leur amidon, qui épaissit naturellement la sauce : c'est le liant crémeux du cari de grand-mÚre, sans crÚme ni farine.
Hors du feu, parsemez généreusement de cotomili (coriandre fraßche) ciselé et mélangez. Couvrez et laissez reposer 5 minutes : le cari se détend, la coriandre infuse et les pois finissent de s'imprégner. Goûtez une derniÚre fois pour le sel et le piment. Servez chaud sur du riz blanc, ou tiÚde pour garnir un dholl puri ou un farata roulé, avec un satini de tomate à cÎté.
Le pourquoiLes arĂŽmes de la coriandre sont volatils : ajoutĂ©e hors du feu, elle parfume au lieu de cuire, et le repos couvert laisse la sauce se resserrer d'elle-mĂȘme.
Marquez-la cuisinée : elle entre dans votre journal, vous rapporte des points d'explorateur.
â Cette recette n'a jamais Ă©tĂ© testĂ©e par la communautĂ©. Soyez le premier Ă fermer la couronne.
MĂȘme lĂ©gumineuse exactement â le pois du Cap EST le gros pois (haricot de Lima) â dans l'autre registre mauricien : fricassĂ© crĂ©ole en sauce tomate douce, sans masala ni curcuma, lĂ oĂč le cari monte sur massalĂ© et curcuma. Deux grammaires pour un mĂȘme haricot, que chaque famille tranche Ă sa façon.
Voir la recette âCousineLes deux piliers des « grains » du service mauricien : mĂȘme place dans le trio riz-grains-cari, mĂȘme grammaire de lĂ©gumineuse mijotĂ©e au curcuma, mais familles distinctes â on ne confond pas le dholl de lentilles cassĂ©es et le gros pois entier et crĂ©meux.
Voir la recette âCousineLe frĂšre transĂźle : Ă La RĂ©union, les « grains » (chevriers, pois du Cap) mijotent dans la mĂȘme logique crĂ©ole pour escorter le riz et le cari. MĂȘme place Ă table, mĂȘme geste de haricot fondant, grammaires sĆurs des deux Ăźles.
Voir la recette âCousineLe cari de gros pois n'est pas un accompagnement du dholl puri : c'est ce qu'on roule dedans. La galette a Ă©tĂ© amincie prĂ©cisĂ©ment pour envelopper ce cari, et c'est cette bascule â de l'accompagnement Ă l'enveloppe â qui a fait du dal puri indien un plat mauricien.
Voir la recette âVarianteLe seul presque invariable des sept : le cari gros pois est la colonne du festin, et il a sa propre page pour le cuisiner seul, au quotidien.
Voir la recette âCousineDeux caris vĂ©gĂ©taux de la mĂȘme table : protĂ©ine des jours sans viande, masala identique, service dans le trio riz-grains-satini. Le gros pois apporte la lĂ©gumineuse, le ti-jacques la texture carnĂ©e.
Voir la recette âCousineLe gros pois du Cap est l'autre lĂ©gumineuse fĂ©tiche des zembrocals : la variante « zembrocal gros pois » remplace les haricots rouges par ces gros haricots de Lima, les mĂȘmes qui mijotent dans ce cari mauricien. Deux grammaires (riz Ă l'Ă©touffĂ©e contre cari en sauce) pour la mĂȘme lĂ©gumineuse.
Voir la recette âCousineMĂȘme famille des grains du trio mauricien : le gros pois (haricot de Lima) mijotĂ© en masala rend le mĂȘme service que les lentilles rouges, en plus charnu et plus long Ă cuire.
Voir la recette âCousineLe geste transĂźle de l'ocĂ©an Indien : Ă Maurice, le gros pois (le kabaro malgache, Phaseolus lunatus) mijote lui aussi en sauce tomate-ail-gingembre et se sert sur le riz, dans la mĂȘme logique de lĂ©gumineuse nourriciĂšre.
Voir la recette âCousineTissage transĂźle : le « gros pois » mauricien est le mĂȘme Phaseolus lunatus que le kabaro malgache. MĂȘme lĂ©gumineuse crĂ©meuse mijotĂ©e en sauce, signature partagĂ©e de l'ocĂ©an Indien.
Voir la recette âVarianteLe gros pois mauricien et le kabaro malgache sont exactement la mĂȘme lĂ©gumineuse, Phaseolus lunatus, dont Madagascar est un producteur historique. MĂȘme geste de fond : trempage long, mijotage dans une base oignon-tomate-Ă©pices, service sur fĂ©culent. Le cari mauricien pousse le curseur masala plus loin, le kabaro saosy reste sur un curry doux dominĂ© par le curcuma â deux dialectes d'une mĂȘme phrase transĂźle.
Voir la recette âCousineTissage transĂźle par la graine : le « gros pois » mauricien est le mĂȘme Phaseolus lunatus que le kabaro malgache, surnommĂ© ailleurs « haricot de Madagascar », cuisinĂ© Ă Maurice en masala.
Voir la recette âCousineLa cousine mauricienne du laoka de lĂ©gumineuses : Ă Maurice, le gros pois (le kabaro malgache, Phaseolus lunatus) mijote en cari et se sert sur le riz, exactement comme le voanjobory nappe le vary sur les Hautes-Terres. Deux graines diffĂ©rentes, une mĂȘme grammaire crĂ©ole du grain mijotĂ©.
Voir la recette âCousineTissage transĂźle : Ă Maurice, le gros pois (Phaseolus lunatus, le kabaro malgache) mijote lui aussi en sauce sur le riz. Autre espĂšce de lĂ©gumineuse, mĂȘme geste de l'ocĂ©an Indien.
Voir la recette âSourcer ou se taire
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