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Atlas Culinaire · Maurice · Cuisine indo-mauricienne
Le festin des grandes cérémonies hindoues de Maurice — riz, sept préparations végétariennes et puris gonflés sur une feuille de banane fraîche, cuits par une bandari.
« Quel est le Mauricien qui n'a pas, au moins une fois dans sa vie, dîné lors d'un safran, une veille de mariage hindou ? » La question ouvre le portrait que Le Mauricien consacrait en août 2011 à une bandari de Montagne Blanche, et elle dit l'essentiel : le sept cari n'est pas un plat qu'on commande, c'est un repas auquel on est invité. Un dôme de riz blanc, sept préparations strictement végétariennes et des puris gonflés à la friture, le tout posé sur une feuille de banane fraîche et mangé à la main droite.
Quels sont les sept ? Aucune liste ne fait loi, et c'est la première chose à comprendre.
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La veille au soir, mettez les gros pois à tremper dans un litre et demi d'eau froide. Le matin du repas, rincez huit feuilles de banane fraîches à l'eau claire et passez-les rapidement au-dessus d'une flamme pour les assouplir. Sortez ensuite tous les ingrédients et rangez-les en sept piles, une par cari : c'est la mise en place des bandaris.
Le pourquoiSept préparations sur un seul feu de service exigent un ordre militaire : tout doit être prêt avant que la première casserole ne chauffe. C'est exactement ainsi que travaillent les bandaris, ces spécialistes du repas de noce — hommes ou femmes — qui nourrissent trois à cinq cents convives debout auprès de foyers en plein air. [Le Mauricien, « PORTRAIT : Babita, la bandari de Montagne Blanche », 21 août 2011]
Faites chauffer le ghee dans une casserole. Jetez-y l'asafoetida cinq secondes, puis les tomates concassées et le masala deux minutes. Incorporez les gros pois trempés et égouttés, couvrez d'eau à un centimètre au-dessus, et laissez cuire quarante-cinq minutes à feu doux. Salez seulement en fin de cuisson.
Le pourquoiLe cari gros pois est le seul presque invariable des sept : c'est la base nourrissante du festin, et le sel ajouté trop tôt durcirait la peau des pois. [Le cari gros pois « avec des calebasses » est cité par Le Mauricien parmi les plats emblématiques de la bandari]
Coupez les aubergines en cubes de deux centimètres et les gombos en rondelles d'un centimètre. Faites éclater les graines de moutarde dans une cuillère de ghee, ajoutez les feuilles de cari, puis les aubergines trois minutes et les gombos cinq. Couvrez et laissez étuver dix minutes à feu doux, sans eau : les légumes rendent leur jus. Salez.
Le pourquoiL'étuvée sans eau concentre les goûts : aubergines et gombos cuisent dans leur propre jus, et le plat garde sa tenue sur la feuille.
Faites sauter les dés d'aubergine dans deux cuillères de ghee pendant cinq minutes. Ajoutez le concentré de tomate, le garam masala et cent millilitres d'eau, couvrez et laissez mijoter douze minutes, jusqu'au fondant. La sauce doit rester courte et napper les morceaux.
Le pourquoiDeux caris d'aubergine sur la même feuille ne font pas doublon : celui-ci est fondant et saucé, l'autre étuvé et ferme — le contraste des textures fait partie du repas.
Faites sauter les rondelles de gombo dans une cuillère de ghee pendant sept minutes, sans remuer fort. Ajoutez une pincée de curcuma et, si vous l'utilisez, le yaourt en toute fin de cuisson, à feu doux, sans jamais laisser bouillir.
Le pourquoiLa chaleur vive saisit le mucilage du gombo et l'empêche de filer ; le yaourt, lui, caille dès qu'il bout.
Lavez et hachez les brèdes. Faites revenir l'ail et le piment dans une cuillère de ghee trente secondes, jetez les brèdes et sautez à feu vif quatre minutes : elles doivent flétrir en gardant leur éclat de vert. Salez et servez aussitôt.
Le pourquoiLes brèdes sont la respiration du festin : entre deux caris riches, cette verdure à peine tombée nettoie le palais. [Le Mauricien, portrait d'une bandari, 21 août 2011 : la cueillette des brèdes songes et des feuilles de banane au bord des rivières]
Blanchissez trente secondes à l'eau bouillante les juliennes de carotte, de chou et de haricots. Égouttez, séchez, puis mélangez avec la moutarde pilée, le curcuma, l'huile de moutarde, le vinaigre et le sel. Laissez mariner trente minutes au moins.
Le pourquoiSur la feuille, les achards jouent le rôle du trait acide qui relance l'appétit entre deux bouchées de riz : ils se mangent en touches, pas en plat.
Au mortier ou au petit mixeur, broyez la noix de coco fraîche râpée avec la coriandre, le piment, le jus de citron et le sel. Visez une texture humide et grossière, jamais lisse. Il se prépare et se mange le jour même.
Le pourquoiLe chatini coco est la douceur fraîche qui éteint le feu des autres caris : broyé trop fin, il devient une pâte grasse et perd son croquant.
Lavez le riz et cuisez-le par absorption dans 900 millilitres d'eau salée, dix-huit minutes puis dix de repos. Pour les puris, pétrissez la farine avec le sel et l'eau en pâte ferme et lisse, laissez reposer vingt minutes sous un linge, divisez en vingt-quatre boules et étalez en disques de dix centimètres. Frites-les à 180 °C, trente secondes par face : chaque puri doit gonfler en ballon. Égouttez sur grille.
Le pourquoiLe puri gonflé est la fierté du ti puri sept cari : c'est la vapeur emprisonnée entre deux peaux de pâte qui fait le ballon. Et il n'est pas seulement bon à manger — sur la feuille, où l'on n'a droit qu'à la main droite, c'est lui qui sert de couteau et de fourchette. [Témoignage direct du Jour du Safran, Charlotte Martinez, 2012 : « Ce pain nous sert de couteau et de fourchette »]
Posez une feuille de banane fraîche devant chaque convive. Au centre bas, dressez un dôme de riz blanc arrosé de ghee chaud. Disposez les caris autour en petites portions, achards et chatini coco toujours en bordure, jamais mélangés au riz. Empilez les puris à part. On mange à la main droite, la gauche restant au-dessus de la table, et la feuille ne ressert jamais.
Le pourquoiChaque chose a sa place sur la feuille : les caris se prennent un à un avec le riz ou le puri, et c'est le mangeur qui compose chaque bouchée, jamais le serveur. Sept goûts distincts, une seule feuille. [Charlotte Martinez, témoignage du Jour du Safran, 2012]
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Le seul presque invariable des sept : le cari gros pois est la colonne du festin, et il a sa propre page pour le cuisiner seul, au quotidien.
Voir la recette →VarianteLa morsure acide du festin : les achards tiennent la bordure de la feuille de banane, et se préparent aussi en bocal pour toute l'année.
Voir la recette →CousineLe beignet de rue invité au banquet. Dans l’une des listes de sept caris relevées à Maurice, le gato pima figure nommément parmi les sept — ce qui dit assez que « cari » désigne ici une préparation posée sur la feuille, pas nécessairement un plat en sauce. Le roi du trottoir a sa place sur la feuille de banane des noces.
Voir la recette →CousineLe ti puri des sept caris est le cousin cérémoniel du dholl puri : la même famille de galette, mais servie ouverte, avec les caris disposés autour lors des repas de fête. L'un se mange debout dans la rue, l'autre assis sur une feuille.
Voir la recette →CousineLe cari jacques appartient au répertoire végétarien des grands repas servis sur feuille de banane, et il figure nommément dans l’une des listes de sept caris relevées à Maurice. Même famille de caris de légumes sans viande que le ti puri sept cari met à l’honneur.
Voir la recette →CousineDans les grands repas servis sur feuille de banane, les caris de légumes comme le giraumon composent la palette végétarienne des sept caris — le giraumon est d’ailleurs cité dans les listes relevées sur place. Le geste du quotidien y trouve sa version de fête.
Voir la recette →CousineMême héritage tamoul mauricien et même registre végétarien : l'idli tient le petit-déjeuner du quotidien, les sept caris sur feuille de bananier tiennent le banquet des fêtes religieuses.
Voir la recette →CousineLa bringelle compte parmi les légumes qui reviennent le plus souvent dans les sept caris végétariens servis sur feuille de banane aux noces hindoues de Maurice. Aucune liste des sept ne fait loi, mais l’aubergine y figure presque toujours, sous une forme ou une autre.
Voir la recette →CousineL’autre grand plat végétarien de fête indo-mauricien : là où le briani légumes vient de la table musulmane, les sept caris tiennent les noces hindoues, servis sur feuille de banane par une bandari.
Voir la recette →CousineDeux banquets, un même métier. Le mot bandari désigne à Maurice le cuisinier de noce, et l'île l'emploie des deux côtés : chez les musulmans de Plaine-Verte pour diriger les degs de briani, chez les hindous pour les sept caris servis sur feuille de banane. Dans les deux cas il commande une équipe, nourrit des centaines de convives et gouverne le feu de bois. Deux tables que tout sépare, tenues par le même savoir-faire.
Voir la recette →Le troisième repas, celui qu’on oublie toujours. La bandari cuit trois fois pour une même noce : au safran la veille, le jour de la cérémonie, puis au chowtari le lendemain. C’est ce dernier service, plus intime et réservé aux proches restés sur place, qui clôt vraiment le mariage — et il épuise ce qui reste des sept caris.
Pas encore dans l'AtlasLe grand cousin indien : au Kerala, le sadya déploie lui aussi son festin végétarien sur feuille de banane, riz au centre et préparations tout autour, mangé à la main droite.
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♛ COURONNE — ENLUMINURE V4 · or en attente du test
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