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Atlas Culinaire · Madagascar · Afrique
La bouillie de manioc du pays de la soif, relevée de pois du Cap et adoucie d'un filet de lait caillé de zébu
Dans le Grand Sud de Madagascar, le riz est un luxe. Sur les terres rouges et sĂšches de l'Androy et du pays mahafaly, lĂ oĂč la pluie se fait prier des mois durant, le socle du repas n'est pas le vary des Hautes-Terres mais le manioc, bouilli Ă l'eau avec la patate douce, le maĂŻs et le sorgho, cultures qui tiennent tĂȘte Ă la sĂ©cheresse. La bouillie que couvre cette fiche appartient Ă ce quotidien : des morceaux de manioc soigneusement Ă©pluchĂ©s, cuits longuement jusqu'Ă se dĂ©faire, Ă©crasĂ©s en une purĂ©e semi-Ă©paisse que l'on peut lier de farine de sorgho, servis avec des pois du Cap (kabaro, ce Phaseolus lunatus si liĂ© Ă l'Ăźle qu'on le surnomme ailleurs « haricot de Madagascar ») et, prĂšs du littoral, un peu de poisson sĂ©chĂ© effilochĂ©.
Deux dĂ©bats honnĂȘtes entourent ce plat.
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Si vous servez la bouillie avec des kabaro, faites tremper les pois du Cap dans un grand volume d'eau froide pendant 8 Ă 12 heures. Ăgouttez-les et rincez-les avant utilisation. Cette Ă©tape est facultative si vous prĂ©parez la bouillie sans pois.
Le pourquoiLe trempage rĂ©hydrate la graine Ă cĆur et raccourcit nettement la cuisson d'une lĂ©gumineuse aussi large et plate que le pois du Cap ; il entraĂźne aussi dans l'eau une partie des sucres responsables des inconforts digestifs.
Ăpluchez le manioc en retirant entiĂšrement la peau brune externe ET la couche rosĂ©e qui se trouve dessous. Coupez les racines en tronçons de 3 Ă 4 cm et fendez-les pour retirer la mĂšche fibreuse centrale. Rincez abondamment Ă l'eau froide.
Le pourquoiLa peau et la couche sous-jacente du manioc concentrent des glycosides cyanogÚnes, toxiques crus ; on les élimine par un épluchage complet, puis la cuisson longue neutralise le reste. C'est le geste de sécurité de toute la cuisine du manioc.
Faites mijoter les pois du Cap égouttés dans une eau légÚrement salée, à petit frémissement et à couvert, environ 1 h 15, jusqu'à tendreté complÚte. Réservez-les avec leur jus de cuisson.
Le pourquoiLe kabaro a son propre tempo, plus long et plus capricieux que celui du manioc : cuit à part, il atteint sa tendreté sans détremper la bouillie, et son jus de cuisson devient une petite sauce à part entiÚre.
Dans une grande marmite, portez l'eau Ă Ă©bullition avec une pincĂ©e de sel. Plongez-y le manioc, rĂ©duisez le feu et laissez cuire doucement de 45 minutes Ă 1 h 30 selon les racines, en remuant rĂ©guliĂšrement. Le manioc doit devenir trĂšs fondant et commencer Ă se dĂ©faire de lui-mĂȘme.
Le pourquoiLa cuisson longue et douce fait deux choses Ă la fois : elle achĂšve de neutraliser les composĂ©s cyanogĂ©nĂ©s et elle transforme l'amidon en cette texture fondante qui fait la bouillie, lĂ oĂč un feu vif durcirait l'extĂ©rieur avant que le cĆur soit cuit.
Ăcrasez partiellement le manioc cuit au pilon ou Ă la cuillĂšre en bois : on cherche une texture semi-Ă©paisse, entre la bouillie et la purĂ©e, avec encore quelques morceaux. Si vous utilisez la farine de sorgho, versez-la en pluie fine sur la bouillie chaude en remuant vivement et sans interruption, puis poursuivez la cuisson 10 minutes.
Le pourquoiL'écrasement partiel libÚre l'amidon qui lie la bouillie tout en gardant de la mùche ; la farine de sorgho, versée en pluie sur une masse déjà chaude, gonfle instantanément et épaissit sans cuire en paquets.
Dans les 15 derniÚres minutes, incorporez les pois du Cap cuits directement dans la bouillie si vous voulez un plat unifié, ou gardez-les en sauce à part avec leur jus. Ajoutez alors, si vous en utilisez, le poisson séché effiloché et préalablement dessalé.
Le pourquoiAjoutés en fin de cuisson, les pois restent entiers au lieu de se dissoudre, et le poisson séché a juste le temps de s'assouplir et de diffuser son sel et son fumé dans la masse sans se réduire en fibres sÚches.
Servez la bouillie bien chaude, en bol commun ou en bols individuels. Versez un filet de lait caillĂ© de zĂ©bu par-dessus au moment mĂȘme du service, et proposez les pois du Cap Ă part s'ils n'ont pas Ă©tĂ© incorporĂ©s. Traditionnellement, le plat se mange sans couverts, de la main droite.
Le pourquoiLe lait caillĂ© versĂ© hors du feu garde son aciditĂ© vive et sa fraĂźcheur : c'est ce contraste chaud-frais, dense-acide, qui allĂšge la bouillie et fait tout l'intĂ©rĂȘt du plat. ChauffĂ© avec elle, il perdrait son tranchant et grainerait.
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Le miroir des Hautes-Terres : lĂ oĂč le riz pousse, la bouillie du matin et des convalescents est le vary sosoa, riz trĂšs mouillĂ© ; dans le Sud aride oĂč le riz est un luxe, le manioc Ă©crasĂ© joue exactement ce rĂŽle de bouillie nourriciĂšre.
Voir la recette âCousineTissage transĂźle par la graine : le « gros pois » mauricien est le mĂȘme Phaseolus lunatus que le kabaro malgache, surnommĂ© ailleurs « haricot de Madagascar », cuisinĂ© Ă Maurice en masala.
Voir la recette âCousineL'autre rive du mĂȘme pois : Ă La RĂ©union, le pois du Cap se fricasse en accompagnement crĂ©ole ; Ă Madagascar, le kabaro entre dans la bouillie de manioc du Sud ou s'y sert en sauce.
Voir la recette âCousineLe compagnon naturel : les mĂȘmes pois du Cap (kabaro) en sauce, servis dans le Sud et l'Ouest malgaches sur le manioc ou le riz. Dans la bouillie du Grand Sud, ils entrent directement dans le plat.
Voir la recette âLa parentĂ© bantoue : le sorgho est arrivĂ© Ă Madagascar d'Afrique de l'Est, et les bouillies de manioc et de sorgho du Sud malgache retrouvent le geste des uji et porridges est-africains, jusqu'au lait fermentĂ© versĂ© dessus chez les peuples d'Ă©leveurs.
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